Voir planche II, fi
Planche III
Fiq. II
En raison de leur construction, tous les chevaux oni une tendance à être sur les épaules. La plupart y sont. La cause en est dans l'éloignement de la tête de la base de sustentation. Plus la tête est loin du centre de gravité, plus elle est basse, plus les épaules seront chargées. L'élévation de l'encolure, en rapprochant la tête du centre de gravité, a pour résultat de répartir plus également le poids. Comme toute i'équitation, ainsi qu'on le verra plus loin, réside dans des translations de poids, le premier acte du dressage doit être de répartir également ce poids, afin que le bon équilibre, maintenu dans le mouvement, assure plus tard la légèreté dans toutes les actions.
L'élévation de Tencolure, chargeant également l'avant-main et l'arrière-main, leur laisse toute leur liberté et toute leur énergie. Elle ^lace le cheval; il ne restera plus tout à l'heure qu'à l'animer. L'encolure haute, c'est les jarrets s'engageant aisément sous le centre, c'est la hauteur des actions de l'avant-main ^ En un mot, c'est le bon équilibre, c'est la grâce par la légèreté.
Mais il y a des chevaux qui sont sur l'arrièremain, et l'on pourrait croire que, s'il est bon d'élever l'encolure chez le cheval qui est sur les épaules, il doit
I. Dans les courses, loin de chercher la hauteur des actions, on s'attache uniquement à gagner en longueur. Voilà pourquoi on n'a garde de relever l'encolure à l'entraînement; il n'y a qu'un principe, c'est que le cheval s'étende le plus possible dans un équilibre naturel, en rasant le tapis.
être nécessaire de l'affaisser chez le cheval qui est sur l'arrière-main. Il n'en est rien. Comme je l'ai expliqué tout à l'heure, la construction du cheval et les rapports de ses leviers entre eux sont tels que l'équihbre de la masse ne peut être obtenu que par l'élévation de l'encolure.
Le cheval qui a reporté le poids de sa masse sur l'arrière-main, c'est le cheval acculé, dont les jarrets sont trop éloignés ou trop rapprochés du centre. Dans le premier cas, le cheval est braqué ; dans le second, la croupe s'abaisse et la ligne des fesses dépasse notablement celle des jarrets ^ Mais ici ce n'est plus une mauvaise répartition naturelle du poids de la masse, comme pour le cheval sur les épaules, c'est une mauvaise répartition volontaire des forces chez un animal qui se retient, qui ne veut pas se porter en avant. Les jarrets ne font pas leur office, qui est de pousser la masse en avant. En surchargeant l'avant-main par l'affaissement de l'encolure, on le rendrait plus lourd, et par conséquent on augmenterait la difficulté du travail qu'on veut obtenir des jarrets ^ Il faut donc élever l'encolure pour alléger l'avant-main, mais l'élever de bas en haut, non d'avant en arrière, sans d'ailleurs exagérer le mouvement et en conservant
I. Cette seconde position est d'ailleurs la plus dangereuse, parce que le cheval est prêt pour la cabrade. Le danger de l'acculement est la rétivité se manifestant par le reculer ou par la cabrade, qui peut amener le renversement de l'animal.
2. Sans compter que l'encolure affaissée, si on l'obtenait, ne ferait que donner plus d'élan à la cabrade.
Fig.I -FlexiOT! Vicieuse
Planrh:: ]Y.
Flexion correcte
toujours la main très légère. L'encolure haute, c'est la première condition du bon équilibre. Ce point obtenu, c'est par des flexions de la tête bien placée, par des flexions de la mâchoire, et surtout par les jambes, qu'il faut chercher à libérer l'arrière-main en l'actionnant, en portant le cheval franchement en avant. Le cheval qui est sur l'arrière-main, qui est acculé, ou simplement qui se retient, est un cheval derrière les jambes, il faut, par une très grande légèreté de la main et par une grande énergie des jambes, arriver à changer son équilibre en le jetant sur- la main^. Ce n'est pas par l'encolure basse qu'on obtiendrait ce résultat, puisqu'elle est le principal obstacle à la légèreté.
2° D'affermi!^ rencoliu'e dans l'axe du corps en liant aux épaules la tête rendue légère par la flexion.
La tête non fléchie est lourde à l'extrémité de l'encolure devenue trop mobile -. La tête fléchie se meut, au contraire, avec légèreté sur l'encolure haute, affermie, sans raideur, dans l'axe du corps par le seul effet du bon équilibre des leviers. Tête, encolure, épaules, liées dans l'axe du corps bien équilibré et faisant de l'ensemble un tout souple et homogène, voilà l'effet de la flexion.
1. En pareil cas, la chambrière qui oblige le cheval à se porter en avant est une bonne préparation à l'action des jambes.
2. D'où le proverbe : 0 Tète lourde, encolure molle. » C'est comme si on tenait une canne à pêche par le petit bout.
J" De faire la légèreté par la décontractîon on flexion de la mâchoire.
Le corps une fois équilibré et lié dans toutes ses parties, la flexion de la mâchoire permet de régler d'ensemble, avec une extrême légèreté, tous les mouvements d'arrière en avant et d'avant en arrière, en recevant sur la main l'impulsion de la masse que les jambes jettent sur le mors et que la main à son tour renvoie, pour une partie, aux jambes^.
La flexibilité d'avant en arrière du bras de levier coudé et articulé, constitué par l'encolure, la tête et la mâchoire, va progressivement croissant d'arrière en avant, c'est-à-dire des épaules à l'encolure, de l'encolure à la tête et de la tête à la mâchoire. En d'autres termes, on tient la canne à pêche par le gros bout.
Ainsi toute la force développée par le cheval vient aboutir à la main, dont le moindre effort sur les barres fléchit : 1° la mâchoire, — d'autant plus facilement que l'impulsion est plus grande; — 2° par la mâchoire, la tête^; 3° par la tête, l'encolure qui, en raison de sa
1. La main ne retient et ne renvoie au centre que la quantité d'impulsion nécessaire au maintien de l'équilibre. La plus grande partie est naturellement employée à gagner du terrain en avant.
2. La tête doit osciller de la position un peu au delà de la verticale jusqu'à la verticale, sans jamais être ramenée en deçà. La position que j'ai indiquée permet donc d'obtenir la moindre course de l'extrémité du bras de levier et d'arriver ainsi par l'effet le plus faible à l'action la plus grande.
position, réagit avec son maximum d'efficacité sur les épaules. L'expression employée pour définir la situation réciproque du cavalier et du cheval est des plus exactes. On a vraiment son cheval dans la main.
Il faut remarquer à ce propos que la position de la tête favorise singulièrement l'action des rênes. En effet, le mors, qui n'agirait guère que comme un second filet si la tête était basse, se pose franchement sur les barres et développe toute sa puissance dès que la tête se relève, à la condition, toutefois, qu'elle soit maintenue un peu au delà de la verticale. Dès que l'axe de la tête arrive en deçà de la verticale, l'action du mors est faussée, puisqu'il agit alors de bas en haut. C'est l'encapuchonnement qui commence.
Telle est, pour moi, la flexion directe et tel est son but.
On voit que cette flexion, telle que je l'exécute, n'est pas faite au hasard et par simple routine. J'en ai, au contraire, décrit les raisons avec soin et Je me suis appliqué en toutes choses à justifier ma pratique.
Malheureusement, Baucher, qui a le premier mis les flexions en valeur, en en faisant la base de sa méthode, ne s'est pas complètement rendu compte de leur mécanisme.
Peu importait pour lui, parce que son merveilleux tact équestre remédiait à tout. Là où la théorie était fausse, les mains et les jambes rectifiaient d'ellesmêmes, plus ou moins consciencieusement, l'erreur de la doctrine.
Seulement, Baucher ne pouvait pas mettre son tact dans ses livres, et il y a laissé ses doctrines bonnes et mauvaises. Je crois que c'est encore rendre hommage au grand écuyer que d'en faire la critique et de montrer là où il s'est trompé.
A mon sens, la flexion telle que l'a décrite Baucher, et telle surtout qu'on la pratique journellement*, a puissamment contribué à discréditer, auprès des hommes de cheval, cet exercice précieux que je considère comme la condition première de toute bonne équitation.
Cette flexion vicieuse, si commune aujourd'hui, se fait au garrot au lieu de se faire à la nuque. Elle affaisse l'encolure, achève de mettre le cheval sur ses épaules, c'est-à-dire aggrave le défaut naturel du cheval, le prépare aux chutes par la tête basse, et à l'encapuchonnement en ramenant la tête en deçà de la verticale.
Il faut reconnaître que cette faute vient de Baucher, qui, pendant la plus grande partie de sa carrière, a fait des flexions au garrot en affaissant l'encolure'.
Vers la fin de sa vie, il a reconnu ce défaut (voir sa dernière édition, 1874); mais il se bornait à relever
1. Hélas! les défauts des maîtres s'acquièrent plus facilement que leurs qualités.
2. Comparez planche III, fig. i , préparation à la flexion telle que je l'ai décrite avec la fig. 2, préparation à la flexion Baucher. — Gravure empruntée à son ouvrage.
Il est bon de noter que le cheval de la planche III, tel que Va fait dessiner Baucher, est arc-bouté sur les jambes de
la tête du cheval et ne faisait pas la flexion dans la hauteur. Quoi qu'il fît et quelles que fussent ses erreurs, il demeurait un écuyer incomparable, tandis que ceux qui font des flexions vicieuses n'aboutissent aujourd'hui qu'à abîmer leurs chevaux ^
C'est ce qui explique comment tant de gens s'en vont répétant qu'ils ont fait faire des flexions à leur cheval sans qu'il en soit résulté aucune amélioration. Cela ne doit pas surprendre. D'après ce qu'on vient de voir, la flexion est chose si délicate, qu'un écuyer inhabile aboutira souvent à un résultat préjudiciable au cheval qu'il aura voulu améliorer. Si, au contraire, on se pénètre des principes et de la pratique exposés dans ce chapitre, on est assuré d'obtenir toujours de la flexion les résultats avantageux qu'on est en droit d'en attendre.
Pour bien faire comprendre le mécanisme de la flexion, j'ai été obligé de supposer le cheval arrêté. Mais je dois dire que, contrairement à ce qui se pra-
devant et que, par conséquent, le mouvement en avant est impossible. Il ne peut rien se concevoir de plus mauvais.
Comparez ensuite planche IV, fig. 2,1a flexion correcte avec la mauvaise flexion (fig. i), qui est la plus fréquemment pratiquée.
I . Une fois dans cette voie, il n'y a pas de raison pour s'arrêter. Certains auteurs n'ont-ils pas imaginé d'affaisser systématiquement l'encolure ! Il n'y a pas de meilleur moyen d'abîmer un clieval. Je reproduis plus loin (planche V), à titre de haute curiosité, deux figures publiées dans des ouvrages parus récemmjnt, et montrant la leçon d'affaissement de l'encolure. Cela pourrait s'appeler l'art de préparer le couronnement.
tique partout, je fais commencer la flexion directe dans la marche en avant.
Pour cela , je me place à l'épaule du cheval que je stimule par un appel de langue, en même temps que je l'entraîne en avant par l'action prédominante du fileta
La flexion se fait d'ailleurs exactement comme il a été indiqué plus haut.
Lorsque j'ai obtenu un certain nombre de flexions de la mâchoire, je laisse le cheval marcher librement près de moi pendant quelques instants. J'évite soigneusement de prolonger les flexions. En revanche, je les recommence très souvent.
Quand le cheval aura pris l'habitude de faire aisément la flexion directe à la première indication des rênes, en décontractant la mâchoire, l'écuyer devra modifier sa méthode, pour rapprocher autant que possible l'animal des conditions du cheval monté. C'est un nouveau travail.
L'écuyer, toujours dans la même position, tient dans la main droite (le cheval étant à main gauche) les rênes du filet et du mors, à quinze centimètres environ de la mâchoire. La main gauche tient l'extrémité du filet et la cravache, dont la pointe est à la hauteur du flanc.
Dans ces conditions, au moment où la main droite exige la flexion directe, comme le filet n'est plus là
:. Voir planche VI, fig. i.
Planclie V.
MISE EN MAIN, FLEXION DIRECTE. y^
pour porter le cheval en avant ^ainsi que cela se pratiquait précédemment), c'est la cravache qui doit remplir cet office^
Nous sommes alors placés dans les conditions mêmes de l'équitation. Ce n'est plus comme tout à l'heure l'avant-main qui entraîne l'arrière-main, c'est l'arrière-main qui s'engage et pousse l'avant-main sur la tête retenue par les rênes-, c'est-à-dire par la main de l'ecuyer.
C'est ainsi que le cheval arrive à marcher sans s'appuj'er sur le mors. Il est alors d'une légèreté parfaite. C'est cette même légèreté que l'on doit plus tard s'efforcer d'obtenir quand on est monté. Le travail que nous venons d'exposer y prépare d'ailleurs admirablement la bouche du cheval, en même temps qu'il rend habile la main de l'ecuyer.
Il n'est pas douteux que l'on obtient plus facilement la mobilisation de la mâchoire en restant en place. Mais, dans ce cas, on court le risque d'acculer le cheval, tandis qu'en marchant on évite cet inconvénient ou, pour mieux dire, ce danger ^