I. On doit toujours séparer les rênes dans la défense
PREMIÈRES DÉFENSES. loi
chevaux qui se renversent volontairement. A mon sens, ils perdent simplement l'équilibre.
Voici généralement ce qui se passe : le cheval, en se mettant debout brusquement, jette le corps du cavalier en arrière ; il suffit de ce déplacement pour renverser l'animal.
Le cheval debout est comparable à l'aiguille d'une balance en équilibre, et le moindre mouvement du corps du cavalier, soit en avant, soit en arrière, entraîne forcément le cheval dans un sens ou dans l'autre.
Aussi faut-il qu'il retombe en avant lorsque le cavalier, se penchant sur l'encolure, pèse de tout son poids sur ses épaules.
J'ai dit que Je ne crois pas aux chevaux qui se renversent volontairement. J'entends que le cheval ne se renverse pas de parti pris, et n'use pas de ce moyen comme défense : l'instinct seul de la conservation suffit pour l'en empêcher. Mais je reconnais que les chevaux immobiles ou pris de vertige se renversent très bien d'eux-mêmes, comme aussi parfois ils se jettent la tête contre le mur.
Nous n'avons pas à nous en occuper ici : ces animaux, atteints d'une maladie qui correspond à la folie chez l'homme, sont impropres à tout service.
J'ai cependant dressé et vu dresser, par d'autres écuyers, des chevaux soi-disant pris de vertigo. Mais ce n'étaient que des animaux violents, prompts à la colère, dont le sang, à la moindre défense, injectait l'œil : en somme, ils n'avaient que l'apparence du
vertige. De ceux-là on vient à bout à la condition d'avoir toutes les qualités de récu3'er et du bon cavalier, entre autres celle qui les complète toutes : de n'être pas poltron.
Quelques chevaux atteints seulement d'un certain degré dCimmobilité peuvent aussi être dressés.
Gaulois, superbe cheval hanovrien, était réputé immobile; j'en ai fait un excellent cheval d'école que j'ai monté pendant plusieurs années. Il est vrai que Gaulois, comme beaucoup de chevaux réputés immobiles, n'avait de l'immobilité que dans la défense.
Une des choses qui me surprend le plus, c'est que, de tous les auteurs qui ont écrit sur l'équitation, bien peu ont parlé des luttes que l'on a toujours plus ou moins à soutenir avec les chevaux. A entendre beaucoup d'entre eux, l'écuyer serait sur un lit de roses, et pour peu qu'il applique leur méthode, l'obéissance du cheval est certaine.
Pourquoi ce silence ? Craignent-ils d'effra3^er le lecteur, ou voudraient-ils faire croire que l'on n'a pas de luttes? Je l'ignore; mais, en tout cas, il me semble préférable de dire toute la vérité et de prévoir les éventualités qui peuvent se produire pendant le dressage, de telle sorte qu'on ne soit pas surpris quand l'animal ne se soumet pas immédiatement à toutes les exigences.
J'ai vu travailler un grand nombre de bons écuyers; tous avaient des luttes à soutenir, Baucher plus que les autres, parce qu'il exigeait davantage.
Le véritable talent de l'écuyer consiste précisément
PREMIÈRES DÉFENSES. loj
à arriver, par les assouplissements et par une méthode rationnelle, à se rendre maître de son cheval, même et surtout dans la lutte; car, il ne faut pas l'oublier, le cheval lutte toujours, plus ou moins ouvertement, contre son cavalier, tant que son éducation n'est pas complète.
Mais on n'arrive pas à ce résultat sans avoir passé par des luttes plus ou moins violentes. Ceux qui n'ont pas l'expérience de ces conflits, de l'issue desquels dépend la soumission du cheval et par conséquent l'avenir du dressage, commencent par provoquer la défense, puis n'osent plus continuer l'attaque. Le cheval, dans ce cas, a bien vite fait de comprendre qu'il est le maître. Il renouvellera, toutes les fois qu'il lui plaira, la défense qui lui a si bien servi et grâce à laquelle il est sûr d'avoir le dernier mot. Le dressage est irrémédiablement compromis.
Ma pratique est tout autre. Aussitôt que le cheval entre en défense, j'attaque vigoureusement, mais rationnellement ^ Il ne s'agit pas de chatouiller de l'éperon, ce serait perpétuer, aggraver la défense. L'attaque, au contraire, doit être à ce moment plutôt brutale, pour faire sentir immédiatement à l'animal que son énergie doit céder à une énergie supérieure. Il faut bien le dire, la difficulté, c'est d'avoir le courage d'attaquer avec vigueur. Très peu de gens s'y résolvent,
I. Quand vous attaquez dans la défense, portez le corps en arrière et baissez les mains. Élever les mains, c'est-à-dire élever le centre de gravité, c'est amener la chute certaine.
et pourtant c'est là seulement qu'est la sécurité, car le cheval, étonné de la brutalité de l'attaque, se soumettrait, tandis que, légèrement chatouillé par l'éperon, il augmentera sa défense et aura vite raison du cavalier.
Il est bien clair que, pour être vigoureuse, l'attaque n'en doit pas moins être rationnelle autant que possible, c'est-à-dire faite de façon à contrarier la défense en y répondant par des oppositions ^ Mais, je le répète, ce qui importe par-dessus tout, c'est la vigueur, c'est l'énergie supérieure du cavalier. Quant à moi, une fois dans la lutte, il m'importe peu de faire de l'équitation latérale ou diagonale, il m'importe peu d'augmenter le désordre; mon grand point, c'est qu'il faut que je sois le maître et que le cheval sente bien que toute défense est superflue. Pour arriver à ce résultat capital, quand un cheval se borne à indiquer, à esquisser une défense, je n'hésite pas à jeter le désordre, à provoquer la défense complète pour en avoir raison. C'est là le vrai secret du dressage pour obtenir la soumission absolue du cheval. Tant qu'un cheval ne s'est pas défendu, son dressage n'est pas définitif, car il y a des luttes en perspective. Tant qu'un écuyer hésite à provoquer des luttes qu'il sent prochaines,
I. Faire une opposition, c'est déterminer une action contraire à celle que veut faire le cheval. On y arrive simplement en combinant les aides de manière à oppose?- Tavant-main à l'arrière-main ou l'arrière-main à l'avant-main, c'est-à-dire à porter l'un d'un côté pour jeter l'autre à l'opposé.
LE PAS. los
qu'il sait inévitables, il n'y a pas de dressage complet. Il faut dire d'ailleurs d'une façon générale que le tact de récu3^er doit consister, dans tout le cours du dressage, à sentir les défenses qui se préparent, à les prévoir et à y parer avant qu'elles ne se produisent.
Le pas.
Il est de toute nécessité que le cheval ait un bon pas allongé, régulier et franc. On ne l'obtient qu'en laissant une grande liberté à la tête et à l'encolure. Si le cheval est paresseux ou mou, il faut le pousser en serrant les jambes; s'il est chaud, impatient ou inquiet, il faut le caresser et le rassurer de la voix.
Arrêtez immédiatement tout trottinement; il ne doit y avoir aucune confusion entre le pas et le petit trot : les deux allures sont absolument distinctes. Le trottinement, qui est assez fréquent, est très difficile à corriger lorsqu'il est devenu une habitude. Il détruit le pas allongé, et rien n'est plus énervant et fatigant pour le cavaHer.
Lorsque le cheval est mis dans la main, au pas, son allure devient forcément plus courte. L'encolure s'élevant et la position de la tête se rapprochant de la verticale, il s'allonge moins et s'élève davantage. II
io6 DEUXIÈME PARTIE.
en est de même au trot et au galop. Le cheval rassemblé est plus beau, mais il embrasse moins de terrain.
Arrêt et stationnement.
Il faut absolument pouvoir arrêter son cheval quand on veut. En général, l'arrêt doit s'effectuer progressivement et non brusquement. Mais il peut se produire, il se produit même souvent des cas où l'arrêt subit est indispensable quelle que soit l'allure.
Le moyen est toujours le même : élever le filet en tirant en arrière également des deux rênes, pour reporter le poids sur l'arrière-main; en même temps, exercer une pression des deux jambes pour amener les jarrets sous le centre; enfin, recevoir le cheval sur le mors.
Je ne peux pas dire que ces trois mouvements doivent être absolument simultanés. Ils sont assurément successifs, mais tellement rapprochés l'un de l'autre que le temps qui les sépare est imperceptible. Ils se tiennent pour ainsi dire, et doivent être exécutés dans l'ordre que je viens d'indiquer. Si le mouvement des jambes, par exemple, précédait, si peu que ce soit celui du filet, l'effet qui en résul-