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V. — CONCLUSION

Si incomplet que soit cet aperçu comparatif, il suggère quelques remarques. Il y a quelque chose d'essentiellement géographique dans la répartition de ces formes diverses d'habitat rural que nous avons rencontrées en Europe autour de la Méditerranée, en Qiine, au Tonkin, dans l'Inde, et que nous pourrions sans doute rencontrer aiUeurs. Ces exemples montrent que la répartition s'orgamse régionalement. ^

Ce n'est pas le hasard qui a implanté ici le type de villages a^omérés, ^

là celui de hameaux dispersés, ailleurs celui de petites maisons ou cases semées comme une poussière. Cependant, il serait chimérique de pré- J^

tendre établir des classifications générales en rapport avec les drcons- ?

tances géographiques. Certaines conditions seulement de sol et de r

climat sont compatibles avec le mode disséminé, dispersé, ou aggio* ^

méré ; d'autres y sont réfractaires. Le groupement dispersé convient aux régions où, par suite du morcellement du relief, du sol et de l'hy- *

drographie, la terre arable est elle-même morcelée. Le village a^omérè est chez lui, au contraire, dans les contrées où cette surface '

arable est continue, d'un seul tenant, permettant une exploitation uniforme. Sous l'empire de nécessités communes se sont formées des associations collectives. Le creusement et l'entretien de puits, d'étangs et de mares, la nécessité de construire des murailles, contribue à resserrer et à agglomérer l'habitat.

n serait vain de né^iger l'influence de la question de sécurité et de défense. Au contact de la steppe et des domaines d'autres genres de vie, tout prend un aspect de forteresse : le village lui-mtoie, aux confins du Sahara, de l'Arabie, du Turkestan, de la Mongolie, devient une prison et un refuge. Par contre, là où la sécurité, longtemps absente, commence à renaître, nous assistons à un mouvement de dispersion. L'habitat se délie en quelque sorte. Du vieux village fortifié, d'aspect méfiant, de plus en plus déserté sur sa montagne, se détachent, comme

1. V. table de la population des vUlages, Cenaus, 1S91, p. 40.

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une bande d'éoolien émancipés, des groupes de maisons s*éparpillant à leur guise.

Mais, dans le groupement de l'habitat ruial, la considération de défense, de refuge, n'est pas la principale. Lé site exprime une combinaison d!influences physiques, où la pente, le niveau d'eau jouent leur rAIe, avec une association de cultures artificiellement assemblées. Ces combinaisons se coordonnent différemment, suivant que le noyau est un village, un hameau, une ou deux fermes isolées ; mais dles existent du fait de l'homme. Elles modifient profondément le paysage, et sont par là un desr objets essentiels de la géographie humaine. De grandes différ^ices sociales sont nées de différences d'habitat. Le village réalise un type de communauté dépassant le cadre de la famille et du dan. Lies vieilles orgeinisations villageoises ont leur rfile dans nos I anciennes sociétés d'Europe, sans parier même de celui qu'elles con-

servent en Russie. Si eUes l'ont perdu, cela tient à l'importance croist santé des villes, au développement des communications et de la vie

commerciale qui ont fait naître de toutes parts des ^rmes nouveaux. Les industries villageoises cmt en grande partie péri dans nos contrées ; l'industrie moderne t^nd à se distribuer d'après des lois nouvelles. Mais il y a de vastes contrées où le village est resté et reste encore l'organisme essentiel : l'Inde, l'Indochine et une grande partie au moins de la Chine. Le village continue à réaliser dans l'Inde ce qui partout ailleurs est le privilège des villes : division du travail, satisfaction des besoins, même du superflu. C'est un petit monde fermé et dont la prise est si forte qu'il étouffe tout autre sentiment de com- .'^"* munauté, qu'il bouche l'horizon. « Nous Annamites, écrit le mandarin

Tl^ TVan Than Binh, à cause de la grande variété des institutions conmiu-

nales, nous nous croyons en Chine ou en Amérique aussitôt sortis de notre village K »

Le village ainsi, dans ces contrées orientales, absorbe une plus forte part de vie sociale, au détriment des fonûes plus vastes d'orgianisation, ville ou état. L'antithèse est forte vis-à-vis de l'Europe ; elle apparaît plus forte encore si l'on songe aux États-Unis d'Amérique. Mais tout cela est matière qui participe à la vie, s'assouplit et s'adapte aux circonstances. L'insécurité, l'état de piraterie et de guerre modifient plus ou moins temporairement l'habitat. Aucun État ne saurait être considéré comme définitif et immuable. Le lien qui tenait autour de la Méditerranée les habitations étroitement groupées sur les hauteurs s'est relâché. Les types de groupements évoluent comme toutes

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