‹ Principes de géologie transformiste: application de la théorie de lChapitre 8 sur 58 · FRANCE · texte numérisé non relu

FRANCE

Nous sommes très-embarrasséspoiir mentionner les opinions d'un grand nombre de savants géologues contemporains qui n'ont jamais fait connaître leurs idées sur les questions théoriques qui nous occupent ; nous en sommes réduits le plus souvent à des conjectures basées sur des conclusions d'observation, et nous les prions de nous excuser si nous n'avons pas su retracer leurs pensées aussi fidèlement qu'eux-mêmes auraient pu le faire. Nous prions également ceux dont nous donnons des extraits de ne pas nous accuser si nos citations ne sont pas les mieux choisies, ou du moins celles qu'ils auraient préféré voir figurer ici. Nous avons agi pour chacun avec bonne volonté et la plus entière bonne foi.

En France, en particulier, il nous est impossible de rien citer du plus grand nombre ; M. Hébert, un de nos meilleurs maîtres et l'un de nos plus éminents statigraphes n'a rien écrit à notre connaissance dont nous puissions déduire des probabilités d'opinion.

Dans les leçons qu'il professe, il se montre partisan de la spécification de l'espèce dans la large mesure où les premiers descripteurs la comprenaient, et opposé

pour le moment au transformisme; en stratigraphie il enseigne d'une façon prononcée le cantonnement des espèces dans des zones qu'elles ne quittent pas et dont elles seraient caractéristiques sur des étendues immenses . Gomme beaucoup d'autres habiles observateurs français il attend une démonstration de la théorie de l'évolution pour l'adopter, craignant non sans quelque raison de se lancer dans des théories aventureuses bientôt abandonnées. 11 est inutile d'insister, sur cette opinion, que notre livre tout entier est destiné à réfuter.

Parmi ceux qui se sont nettement prononcés nous citerons pour la netteté de ses opinions, M. Gaudry, qui a succédé à d'Archiac,dans la chaire de paléontologie au Muséum de Paris ; il établissait en 1869 les deux propositions suivantes (1) : « 1° A mesure que les géoce logues dissèquent avec plus d'habileté l'écorce ter- « restre, ils la voiei^t se décomposer en un grand nom- « bre d'assises caractérisées chacune par des formes « particulières. 2** A mesure que les paléontologues « profitant des lumières des géologues séparent avec « plus de soin les animaux fossiles suivant l'âge au- « quel ils ont vécu, ils trouvent plus rarement des « formes identiques, ils rencontrent des formes ana- « logues ou représentatives, comme si chaque mouve- « ment qui s'est produit au chronomètre des âges « géologiques avait correspondu à un changement « de nuances dans la coloration des paysages du « monde. »

(J) R'nme des cours scienlifiques^ t. VI, p. 20.

Plus récemment, il disait (1) : « Ces quelques « exemples paraissent indiquer que les espèces fos- « siles n'ont pas été immuables et que leur plasticité « s'est révélée par la formation des races naturelles. « Assurément il est très-difficile d'établir la séparation « de ce qui a été race et de ce qui a été espèce dans « les temps passés ; cependant l'étude de cette sépa- « ration me semble digne d'attirer l'attention des part léontologues, car à mesure que nous portons nos « regards sur les horizons des temps géologiques, « nous voyons apparaître des nuances infinies. La di- « vine sagesse a su coordonner ces nuances et vouloir « distinguer chacune d'elles par un nom spécial, c'est « préparer des catalogues sans limite où l'humaine « faiblesse se perdra. »

On peut dire que si MM. Lory, Dieulafait, Leymerie inclinent vers les idées de M. Hébert, MM. Gervais, Tournouër, L. Lartet, etc., se rapprochent des opinions de M. Gaudry ; mais, nous le répétons, les opinions des chercheurs locaux, des stratigraphes monographistes sont très-difficiles à établir.

Parmi les géologues exclusivement stratigraphes, comme M. Élie de Beaumont et son école, il est de tradition de ne pas croire d'une façon absolue aux renseignements paléontologiques et de n'admettre même qu'avec une certaine réserve l'usage des fossiles. Comme stratigraphie pure il est impossible de passer sous silence le grand travail du Système des Mon-tagnes couronné par le Réseau pentagonaL 11 est bien

(1) Congrès de Lyon, 1873. Revtte scientifique, 5« année, p. 227.

évident que les montagnes se sont soulevées vers certaines époques différentes, ou que des failles en ont déterminé le relief, comme avait essayé de le démontrer M. G. Bleicher dans son Parallèle des Vosges et des Pyrénées (1). Par l'âge relatif des couches releyées et restées en place, il est possible de déterminer à peu près à quelle époque a pu se faire le soulèvement (quoiqu'il y ait bien des réserves à faire sur ce point). Il est vrai aussi que ces soulèvements affectent souvent pour le même âge des directions quelque |)eu semblables ; mais faire de cela une loi générale de fracture et comme de cristallisation du globe, selon cinq divisions et grands cercles, il y a loin, si loin même, que nous avouons humblement ne pas savoir suffisamment généraliser et surmonter les difficultés locales pour oser l'admettre.

Nous devons ajouter cependant que cette théorie toute mécanique de l'histoire du globe n'est pas contradictoire à la théorie de l'évolution, qu'elle pourrait être adoptée par nombre de transformistes, mais qu'elle est en contradition avec la théorie des causes ' actuelles et des mouvements lents du sol.

, Dans le corps des savants ingénieurs des mines il y aurait certainement beaucoup d'intéressantes opinions à classer -et à discuter, mais les travailleurs de cette école écrivent peu sur les questions discutées, et nous ne nous sentons pas autorisé à exprimer leurs pensées.

(I) Mémoires de la Soc. (thist. naL de Colmar, 1870.

MM. Bayle et Bayan, les paléontologues distingués de rÉcole des mines, ont pris cependant position contre ■M. Hébert dans la querelle du Tithonique que nous verrons plus loin, semblant par là incliner vers des idées nouvelles en stratigraphie moins absolues que les anciennes. Mais MM. Bayle et Bayan sont partisans de la fixité absolue de Tespèce, ils disent que : « lorsque les espèces nous semblent passer de F un à l'autre, c'est que nous les avons mal délimitées ; ils affirment que si nous connaissions la vraie caractéristique de chaque espèce, le vrai spécilège à apprécier, l'espèce apparaîtrait immuable. » Nous ne pouvons partager cette manière de voir qui rejette chaque jour plus loin la solution du problème de la variabilité à mesure qu'on s'en approche et qui au fond part à /)rior/ de la fixité de l'espèce pour démontrer qu'elle n'est muable que dans certaines limites ; affirmant la constance du type sans pouvoir même démontrer son existence.

Ajoutons que la collection de l'École des mines actuellement la plus belle et la mieux soignée de Paris et qui vient de s'enrichir par legs de la collection de M. de Verneuil manque de place, et que les richesses s'y accumulent si bien qu'il n'est plus possible de les étaler toutes dans un si étroit local.

Les zoologistes français, depuis Lamarck et les deux Geoffroy Saint-Hilaire, ont été tous de l'école de Cuvier et depuis plus de quarante ans toutes les recherches ont été faites sous cette direction puissante et absolue.

Ce n'est que depuis peu d'années qu'on trouve en France quelques professeurs revenus à des idées moins systématiques ; en tête de ces novateurs il faut citer M. de Lacaze Duthiers, l'un des créateurs de la zoologie expérimentale et dont les élèves se distinguent entre tous dans la jeune génération par l'ardeur avec laquelle il ont adopté les explications nouvelles.

M. Milne Edwards est à la tête d'un parti plus réservé, plus conservateur, qui attend des preuves et des faits matériels nombreux avant de penser autrement que la tradition ne l'a indiqué, mais qui n'est pas arrêté pour cela dans le chemin des découvertes importantes et du travail assidu.

On a beaucoup parlé depuis quelques années de la décadence du Muséum, il y a là en effet une certaine déchéance qu'il est impossible de nier, mais qui tient à notre avis bien plus à un vice d'organisation administrative intérieure, qu'à un affaiblissement général des études. Un savant ne saurait à la fois enseigner les principes, rechercher des faits originaux et entretenir, emmagasiner des collections ; des travaux si divers se nuisent nécessairement, et il serait étrange qu il n'en soit aucun en souffrance. Ce sont pour le moment les collections qui souffrent des travaux originaux méritoires des professeurs et de leurs aides, la partie matérielle succombe devant la recherche intellectuelle. Tout est à refaire dans les collections, étiquettes, classification, etc., mais il faut avouer que la place et l'ameublement convenable font surtout défaut.

di PRINCIPES DE GÉOLOGIE.

Près des zoologistes, il faut placer les médecins, parmi lesquels les divisions sont profondes; mais, il faut bien le reconnaître, ce sont les maîtres, les chefs d'école : MM. Broca, Robin, etc., hommes avant tout de progrès, qui ont été les plus favorables aux idées d'évolution.

C'est parmi les membres non enseignants de l'Académie de médecine, qui ne croient ni à la médecine expérimentale, ni aux travaux physiologiques, qu'il faut chercher les partisans considérables du statu quo et de l'immuabilité de l'espèce.

M. de Quatrefages, dont les études en anthropologie sont si importantes, croit à la fixité immuable de l'espèce, caractérisée par la génération ; il croit aussi que chaque espèce descend d'un couple unique une fois créé, tandis que MM. de Mortillet et Hamy, qui se sont fait un nom dans l'histoire de l'homme, inclinent vers les idées du perfectionnement graduel.

Nous citerons les paroles suivantes que prononçait récemment au Congrès de Lyon M. G. de Mortillet (1), dans lesquelles il commente la découverte des instruinents de l'homme Miocène : « S'il est un fait bien « établi, reconnu par tout le monde, c'est sans con- « tredit la succession des faunes dans les différents « étages géologiques ; d'un étage à l'autre la faune se « modifie, les animaux changent, et ces modifications, « ces changements s'accentuent, se caractérisent « d'autant plus que les étages sont plus éloignés. Ces

(1) Revue scientifique, 2« série, 3« année, p. 234, 1853.

« changements s'opèrent d'autant plus rapidement « que les animaux ont une organisation plus com- <( pliquée. Ainsi les mollusques moins compliqués que « les mammifères ont souvent une durée d'existence « comme espèce beaucoup plus longue. On voit cer- « taines coquilles se retrouver dans deux étages « qui ont une faune mammalogique tout à fait dis- « tincte.

« Eh bien, depuis la formation du calcaire de « Beauce, depuis le dépôt des marnes à silex taillés de « Thenay, la faune mammalogique s'est renouvelée au « moins trois fois complètement. Les différences entre « les mammifères du calcaire de Beauce et les mam- « mifères actuels sont même telles, que non-seulement « elles suffisent pour caractériser des es{)èces distinc- « tes, mais encore qu'elles ont paru assez importantes « aux zoologistes pour leur faire créer des genres « spéciaux. Les mammifères du niveau des calcaires (( de Beauce, du niveau des marnes à silex de Thenay « à peu près sans exception, appartiennent à des « genres éteints, genres très-voisins de nos genres « actuels, servant de transition dans la série animale, « mais pourtant genres parfaitement distincts. Gom- « ment Thomme qui a une organisation plus com- « pliquée aura-t-il échappé à cette règle, à cette loi? « Nous devons donc conclure que, si comme tout le « fait présumer, les silex de Thenay portent les traces « d'une taille intentionnelle, ils sont l'œuvre non pas « de l'homme actuel, mais d'une autre espèce i< d'homme, probablement même d'un genre pré- DoLLFUS. — Géol. transf. î

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« curseur de rhomme, devant combler un des vides « de la série animale. »

Parmi les botanistes un très-grand nombre sont transformistes, et, sans rechercher quels sont ceux qui Font été autrefois, ceux qui le sont aujourd'hui, nous citerons comme très-positifs quelques passages du grand ouvrage de M. Schimper sur la paléontologie végétale.

Parlant des causes qui ont amené le renouvellement des faunes, il écrit : « Nous nous trouvons en « face de trois théories dont Tune ne voit dans ces « changements qu'une suite non interrompue de « métamorphoses, dont Tautre au contraire signale « au commencement de chaque époque des créations « indépendantes (Gôppert), et dont la troisième se « plaçant en intermédiaire entre les deux n'admet de « créations nouvelles que lorsque les métamorphoses « lui paraissent impossibles d'après les lois de la « physiologie (Oswald Heer). Si dans les sciences « naturelles on ne peut accorder aucun droit au rai- « sonnement philosophique et l'on exige que chaque « induction se fonde sur un fait spécial, nous devons « renoncer à toute tentative d'explication, parce que « la paléontologie ne peut offrir que des matériaux « si épais, des fragments si décousus, qu'ils ne sau- « raient à eux seuls servir de base à un système com- «plet. .Mais jamais la science n'a vécu et ne vivra « que des faits seulement, elle a besoin des inductions, « des raisonnements, de la généralisation et c'estpar *( celle-ci que les plus grandes découvertes se sont

« toujours faites. Ainsi les lois de l'évolution du monde « organique sont tout aussi rigoureusement établies « que celles de la mécanique céleste. Bon nombre de « savants réunissent tous les arguments possibles « pour démontrer l'inadmissibilité de la génération « spontanée, ce qui ne les empêche pas de Tadopter « sans difficulté pour chaque époque géologique et « même si cela est nécessaire à chaque instant lors- « qu'apparaissent de nouvelles' espèces, et pour se « tranquilliser l'esprit ils leur donnent alors le nom de

« créations successives » Plus loin : « On objecte

« à la théorie des transformations lentes que si perce sonne n'a vu naître d'un seul coup une plante ou « un animal, on n'a pas davantage assisté à la mé- «tamorphose des espèces, et encore moins a-t-on « vu une famille ou un genre i)asser dans une autre ' « famille ou un autre genre. Pour résoudre l'objection, <( il faut avant tout savoir ce que c'est que l'espèce, ce « qui n'est pas une chose facile puisque l'idée de « l'espèce peut varier suivant le nombre des individus « qu'on a à examiner, ce qui pour un "botaniste est « une bonne espèce et est une mauvaise espèce pour un « autre.

« Les genres Viola, Rosa, Hieracium sont de vérité tables champs de bataille pour les faiseurs d'es- « pèces. 11 est arrivé même à des botanistes de « premier ordre de voir plusieurs espèces et même « plusieurs genres dans les fleurs et les feuilles d'un « même arbre»....

Pour conclusion : « Donc malgré la défectuosité des

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