A MON FILS
C est pour toi ^ mon cher Fils ^ que ce petit oui^rage a été entrepris ; c'est à toi que je le dédie. Cons>aincu que rien n'est plus essentiel que de s'accoutumer de bonne heure à se rendre compte des con* noissances que Von acquiert^ fai cru qu'il étoit de mon de^'oir de mettre à la portée de ton âge les premiers principes de la Grammaire générale , afin qu'ils te servent de guide dans V étude des Langues, à laquelle tu vas consacrer les premières années de ton instruction. Si tu saisis ces principes ; si, à leur lumière ^ tu apprends à connoître le rap^ port qui doit se trouver entre les élémens du discours ^ pour rendre fidèlement la liaison des idées qui concourent à for-* mer les jugemens de notre esprit^ la diversité des mojens que les langues emploient pour parvenir à ce but, naura pour toi rien de pénible et de rebutant. Tu t'accoutumeras ainsi à rapporter à des principes généraux bien conçus les
ij A MOIi FILS.
diverses branches de chacune des con-naissances que tu de{>ras acquérir par la suite ^ et tu contracteras V heureuse habitude de lier tes idées , de les combi^ ner^ de ramener les conséquences aux principes^ les effets aux causes^ et de juger ainsi solidement tes propres opinions et celles des hommes açec lesquels tu auras à vivre. Dans quelque état que tu sois appelé à servir la patrie^ tu recueilleras les fruits de cette méthode ^ propre à former le jugement^ et qui ne peut que contnbuer à préserver le cœur des illusions et de V enchantement des passions. Daigne le Citl bénir ces pre^ miers efforts de ton père^ pour former ton esprit et ton cœur^ et te rendre un jour digne de l'Auteur éternel de ton être 5 et de la noble destination à laquelle il { appelle j de travailler à te rendre heureux en contribuant au bonheur de tes semblables!