‹ Principes de la fortification antique: précis des connaissances techniquesChapitre 8 sur 36 · Voy. Rey, Archit. milit. des Croisés, p. 54, fig · texte numérisé non relu

Voy. Rey, Archit. milit. des Croisés, p. 54, fig

§ X. — Fossés.

1. — Dans toutes les fortifications, il ne faut pas creuser moins de trois fossés. Le premier doit être à un plèthre (100 pieds) du rempart, le second à quarante coudées (60 pieds) de celui-ci, le troisième à la même distance du second.

2. — Dans les intervalles laissés entre les fossés, il faudra, sur une largeur de vingt-huit coudées (42 pieds), enfoncer des pieux, creuser des fossés et planter des épines, afin que, si les ennemis venaient à s'emparer du fossé extérieur, ils ne puissent installer de pétroboles d'un talent ; en effet, le canal de ce pétrobole a douze coudées (18 pieds) et le levier quatre (6 pieds) : il n'y a pas de quoi placer les hommes qui font tourner le treuil.

3. — On fera les fossés aussi profonds que possible, et d'au moins soixante-dix coudées (105 pieds) de large.

4. — Car, ainsi, il faudra beaucoup de temps pour les combler; le projectile d'un talent (26 kilogrammes environ), qui est le plus puissant, ou bien n'arrivera pas jusqu'au rempart, ou bien n'aura plus de force quand il l'atteindra ; les portiques ne pourront s'approcher de la ville; et enfin le bélier, quand même un ou deux fossés seraient comblés, ne pourra encore battre les tours.

5. — Il faut, en creusant les fossés, rejeter la terre du premier- en avant du mur, et celle des autres au milieu des espaces intermédiaires, afin que la palissade soit établie sur une position forte et que ces espaces intermédiaires, en s'élevant, protègent l'avant-mur et le mur.

6. — On mettra en avant du deuxième et du premier fossé 1 une palissade et pas d'avant-mur, pour ne pas préparer de poste à l'ennemi.

7. — En avant du dernier, on enfouira, debout et vides, des poteries fournies en partie par les citoyens, en partie par la ville, et dont on aura bouché l'ouverture avec des

1, On doit entendre ici par premier fossé le fossé intérieur.

algues, — car cette matière ne pourrit pas; — ensuite on les recouvrira de terre, de telle façon que les hommes puissent passer au-dessus sans danger, mais que les tortues et les tours de charpente qu'on approche s'enfoncent.

8. — On creusera aussi, en beaucoup d'endroits, des mares autour desquelles on plantera des épines pour rendre l'accès aussi difficile que possible.

§ XI. — Communications.

1. — En creusant les fossés, on doit laisser des routes faisant des coudes à angle droit, carrossables et assez larges pour amener des champs dans la ville tout ce qu'il faudra.

[2. — Il est utile d'avoir des triboles pour piquer le blé, ainsi que des poutrelles, les unes munies de crochets, les autres de fourches, pour s'opposer à l'application des échelles et les renverser. Il faut encore des tours de charpente mobiles sur des roues, — deux, s'il est possible ; sinon, au moins une, — afin qu'elles puissent facilement donner leur appui là où on en aura besoin.]

3. — On établira aussi des communications sûres, tant directes que transversales, pour secourir le palissadement, de peur que l'ennemi, venant à établir ses pétroboles sur le bord du fossé f ne se serve de ce fossé comme abri, et que le retranchement ne soit utile à l'assiégeant, au lieu de l'être à nous-mêmes.

§ XII. — Résumé relatif aux dehors.

1. — Ainsi il faut s'occuper surtout de l'avant-mur, des fossés et des palissades; car on emporte aisément un mur avec des lithoboles et des portiques.

2. — On déploiera donc tout son zèle pour ceci : faire très forts les avant-murs et les palissades, les fossés aussi nombreux et aussi profonds que possible; car, si ces choses sont bien organisées, la ville n'aura rien à craindre.

§ XIII. — Choix du tracé.

Le tracé doit être convenablement choisi après avoir étudié le terrain. Tel convient ici, tel autre là : par exemple, le système à méandres, dans la plaine ; celui qui est composé d'hémicycles et celui qui est en forme de scie, lorsque le terrain qu'on veut enceindre est accidenté; le système double, lorsque la ville à fortifier présente des saillants et des rentrants; celui qui a les courtines obliques convient aux formes triangulaires; enfin, le tracé antique, aux mamelons.

§ XIV. — Dernières recommandations. Dessins.

1. — Il faudra prendre garde, dans tous les tracés, à ce qu'aucune partie du rempart ne soit vue à revers.

2. — On aura soin également de construire, en forme de tours, les tombeaux que l'on élèvera aux grands hommes et les polyandres : de la sorte on renforcera la ville, tout en donnant à ceux qui se sont fait remarquer par leurs vertus, ou qui sont morts pour leurs pays, une sépulture honorable dans leur propre patrie.

3. — On a dessiné pour toi, dans le livre même, les tracés des systèmes qu'on t'a décrits, afin que tu comprennes mieux.

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