Principes de la méthode naturelle des végétaux;
Chez F. G. Levrault, rue des Fossés M. le Prince, N. et rue des Juifs, N.° 33, à Strasbourg.
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C’est vers la fin du siècle dernier que l’on a subsiïïS^^^cienne répartition des corps naturels en trois règnes, leur division plus circonscrite en corps inorganisés et corps organisés; en spécifiant que la nature des premiers, qui sont les minéraux, consiste dans leur composition élémentaire, et que sur l’organisation est fondée la nature des seconds, auxquels se rapportent les animaux et les végétaux. On ajoutoit encore que, l’étude de l'organisation étant très- différente de celle de la composition élémentaire, l’histoire naturelle se partageoit nécessairement en deux sciences distinctes par leur objet, leurs principes, leur marche et leurs conséquences.
Ces vérités ne sont point étrangères à ceux qui ont étudié cette partie des connoissances humaines ; et si on leur donne ici quelque développement, c’est pour ceux qui, livrés à des travaux d’un autre genre , désirent trouver dans un exposé abrégé des notions générales sur une science agréable , qui chaque jour acquiert de nouveaux partisans.
11 convient d’abord de bien fixer les idées sur la nature et le mode d’existence des corps organisés et de ceux qui ne le sont pas. On sait que ces derniers sont composés de molécules élémentaires qui, réunies plusieurs ensemble, forment des mixtes, dont l’aggrégation constitue le corps inorganique ou minéral. Sa nature consiste dans celle des
élémens qui le composent , dans leur nombre , leurs propor* tions , leur degré d’union ou d'aggrégation. Le corps miné* ral, privé de vie, ne peut se reproduire sans se décomposer, et de ses débris , diversement unis , résultent de nouveaux corps, ou semblables, ou différens. Ces divers élémens n’ont pas entré eux le même degré d’afSnité; chacun d’eux, mis en contact avec d’autres, s’attache plus particulièrement à celui avec lequel son afiinité est plus grande, et abandonne celui dont l’afEnité est moindre. De là cette réaction perpétuelle des minéraux entre eux, réaction qui opère la des*' truction des uns pour déterminer la formation des autres, et qui produit ainsi la succession perpétuelle et le renouvellement des corps inorganiques.
La minéralogie et la chimie sont les sciences qui s’occupent spécialement de ces corps. La première en examine tous les caractères extérieurs : elle a su reconnoitre des formes constantes propres aux divers genres d’aggrégation , et déterminer, d’après l’inspection de ces formes, la nature de chaque minéral. La chimie sépare ces aggrégations au moyen de l’analyse , et reconnoît ainsi avec certitude l’existence de leurs principes dans le corps analysé : elle porte cette connoi^ance au plus haut degré lorsqu’elle forme par la synthèse et avec les mêmes élémens un nouveau corps pareil au précédent. La situation naturelle de ces corps sur le globe et leur disposition respective sont l’objet des recherches spéciales Se la géologie , science vaste et brillante, qui étudie la structure de la terre , et qui , pour expliquer ses diverses révolutions , a présenté successivement plusieurs théories plus ou moins satisfaisantes. Nous devons nous borner ici à cet exposé sur la nature des minéraux et sur les sciences qui s’en occupent. •
La nature des corps organisés est très-différente de celle des précédens. Ils sont composés de solides et de fluides, qui exercent les uns sur les autres une action réciproque. Les
solides sont formes d’abord de parties simples ou similaires, qui sont des fibres et des utricules , et qui , par leur réunion, constituent des parties organiques ou organes primitifs, tels que des membranes et du tissu cellulaire, dont la contexture produit des vaisseaux, des glandes et autres organes plus compliqués. C’est dans ces organes que circulent les fluides qui déposent dans chaque partie une portion de leurs principes servant au développement et à l'accroissement de ces mêmes parties. De l’ensemble de ces actions résulte la Vie, qui est le caractère propre des corps organisés: c’est cette existence organique ou cette organisation qui constitue la nature de ces corps. Ils ne sont pas, comme les minéraux, le résultat de la décomposition d’un autre corps qui n’est plus ; mais ils doivent leur naissance à un être existant antérieurement et qui a continué d’exister au moins quelque temps après les avoir produits. Ces êtres nouveaux s’accroissent, non par une juxtaposition des principes à la manière des minéraux , mais par intussusception des sucs qu’ils tirent des autres corps mis à leur portée , et que l’action de la vie transmet dans leur intérieur, pour y renouveler les fluides et ajouter aux solides de nouvelles parties. Ils éprouvent diverses vicissitudes depuis leur naissance et dans le cours de leur vie. Leur constitution pendant les premiers temps est plus tendre , plus molle, parce que la proportion des fluides est plus considérable. Peu à peu celle des solides augmente : c’est ce qui forme l’accroissement. Cette proportion devient égale à une certaine époque , qui est celle de la station ou l’état de maturité ; c’est le temps où le corps organisé peut se reproduire , et former un être semblable à lui. A cette station succède le décroissement, qui est amené par la plus grande proportion des solides. Lorsque cette proportion devient excessive , les vaisseaux sont obstrués , les fibres se raidissent, les fonctions sont gênées, et leur interruption successive produit le dépérissement et la mort.
Ce mode d’existence des corps organisés est propre aux animaux et aux végétaux , qui ont beaucoup de fonctions communes, et surtout les fonctions principales tendant à la conservation de l’individu , qui consiste dans le iu 4 iintien de la vie, et à la conservation de l’espèce, qui a lieu au moyen de la génération.
Mais ces deux grands règnes de la nature diffèrent par des caractères essentiels et par des systèmes d'organes qui existent dans l'un, et dont l’autre est privé. La plante, attachée à la terre, et recevant par ses racines, de ce grand réservoir , le suc propre à sa nature et à peu près déjà tout préparé, n’a pas besoin des organes qui serviroient à la transporter d’un lieu dans un*autre pour chercher sa nourriture. On observe seulement que ses racines se dirigent naturellement vers le terrain qui peut leur fournir des sucs meilleurs et plus abondans : elles inspirent ces sucs par une action dont le mécanisme n'est pas connu, et les transmettent par la tige à toutes les parties du végétal.
Les animaux, au contraire, ne trouvent point leur nourriture toute préparée : ils sont obligés de se transporter d’un lieu dans un autre pour se la procurer, ou, s'ils ont fixé leur demeure dans un point, ils choisissent le lieu où cette nourriture est placée à leur proximité ; mais toujours le mouvement leur est nécessaire pour s’en emparer et pour l’introduire dans leur intérieur. Ces alimens, ainsi reçus par l’animal , ne sont pas ordinairement assez décomposés pour que ses suçoirs intérieurs puissent en extraire les parties nutritives. 11 doit donc exister en lui des organes préparatoires qui réduisent ces alimens à l’état de sucs nourriciers , et d’autres qui, sous le nom d’intestins, faisant l’ofiSce de réservoir, comme la terre pour les végétaux, reçoivent en dépôt ces alimens ainsi préparés. C’est alors que commence une fonction commune aux deux règnes, et que les vaisseaux lactés de l’animal, comparés depuis long- temps par
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nous aux racines des plantes, tirent de ce réservoir le chyle nourricier, pendant que le résidu de la matière alimentaire est rejeté au dehors par une action propre aux animaux.
Ceux-ci doivent donc avoir des organes destinés à exercer le mouvement, qui sont les muscles, et d’autres devant transmettre à ces derniers le principe de ce mouvement, qui senties nerfs; il faut encore qu’ils soient munis d’organes de la digestion plus ou moins compliqués , selon le genre de nourriture , organes dont l’emploi consiste à préparer les alimens, à les verser dans le réservoir intestinal, à en rejeter le résidu , lorsque le suc en a été extrait. 11 faut, enfin , qu’ils aient les moyens de choisir ces alimens , et ces moyens sont les sens plus ou moins parfaits, selon les besoins et le genre de nourriture.
L’animal et la plante jouissent donc tous deux de la vie et des fonctions essentielles pour l’entretenir ; mais le premier a des organes de la sensibilité, du mouvement et de la digestion , qui manquent à l’autre. Le résultat des grandes fonctions qui tendent à introduire l’air dans l’intérieur de l’animal pour en tirer un principe propre à l’élaboration du suc nourricier, ainsi que de celles qui transmettent ce suc dans toutes ses parties, est le même que dans les végétaux ; mais les organes qui les exercent sont en lui plus apparens et mieux connus, ainsi que le mécanisme de leur action. 11 en est de même des sécrétions, dont les organes sont plus faciles à observer. L’action principale qui opère la reproduction des êtres, est la même dans les deux règnes, et varie seulement dans quelques-unes des circonstances accessoires. On retrouve enfin des rapports marqués dans la nutrition du fœtus animal ou végétal , son premier développement , sa sortie de l’organe qui a été sa première habitation, et son accroissement hors de cet organe.
Ce tableau abrégé montre la grande différence qui existe entre les corps inorganisés et les corps organisés. 11 fait re- <
connottre que la partie de Thistoire naturelle qui s’occupe de ceux-ci, doit avoir pour objet leur organisation; que leur composition élémentaire rentre dans le domaine de l’analyse chimique. Si maintenant on ne peut révoquer en doute que sur l’organisation est fondée la véritable science des corps organisés, que cette organisation constitue leur véritable nature, il en résulte nécessairement que, pour avoir une connoissance complète de cette nature, on ne peut se contenter d’étudier quelques organes, mais que la science doit les embrasser tous. Dans les temps antérieurs elle n’étendoit pas ses vues si loin ; elle nes’attachoit qu'à nommer les êtres, et, préférant pour cela quelques-uns des organes extérieurs plus faciles à étudier, elle fondait sur ces organes les bases de ses classifications. Se bornant à ce point, elle pensoit avoir atteint le but, lorsqu’elle étoit parvenue, au moyen d’un petit nombre d'observations , à nommer l'être soumis à ses recherches. De plus , se croyant maîtresse de choisir , pour désigner ces êtres, les organes ou les caractères qui lui paroissoient les plus commodes , elle a fait successivement différens choix au gré des auteurs. De cette liberté sont résultés divers systèmes de distribution, tous arbitraires, lesquels, fondés chacun sur une considération isolée qu’ib mettoient en première ligne, ont dû nécessiter des rapprochemens désavoués par la nature , ou rompre des réunions formées par elle. J «
Pour prouver cette assertion, il sufifiroit de présenter une courte analyse des principaux systèmes qui ont joui dans leur temps d’une réputation méritée, et dont quelques-uns conservent encore beaucoup de sectateurs, parce qu’ils remplissent au moins un des objeb de la science , celui de parvenir à nommer les êtres déjà connus et décrits. Ils peuvent être regardés comme des tables méthodiques dans lesquelles ces êtres ont été rangés provisoirement suivant un ordre convenu , pour que l’on puisse les retrouver facilement lors-
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qu’on voudra les disposer dans un ordre plus naturel. C’est cet ordre vers lequel doit se diriger notre étude; il doit être fondé sur des principes fixes, invariables, qui ne dépendent pas de la volonté des auteurs , comme ceux des méthodes artificielles. C’est seulement dans la nature même que l’on pourra trouver ces prinéipes, en observant sa marche dans la formation des groupes reconnus généralement comme trèsnaturels. En étudiant ces groupes, on reconnoit que les êtres qui sont réunis dans chacun se ressemblent dans le plus grand nombre de leurs parties ou caractères, et que parmi ces caractères il en est qui paraissent plus constans , plus itnportans que d’autres. De cette double considération dérivent des conséquences faciles à tirer , en s’élevant du plus simple aa plus composé , de la réunion des individus en espèces et dès espèces en genres, k celle des genres en familles et des familles en classes. C’est la marche qu’on a suivie pour parvenir à la classification plus naturelle des végétaux, dont les premiers élémens et les bases se retrouvent dans deux mémoires publiés en 1773 et 1774, faisant partie du Recueil de l’Académie des sciences. Ces principes ont été plus approfondis dans un ouvrage spécial en 1789, et les zoologistes modernes, aidés de l’anatomie comparée, en ont fait plus récemment l'heureuse application au règne animal. Nous ne les suivrons pas dans l’exposition de leurs utiles travaux, qui ont été couronnés du succès. Il nous sufiit d’avoir, établi les grands rapports existons entre les deux régnes , et d’avoir montré que les deux sciences des corps organisés reposent sur la même base.
Celle des végétaux doit ici nous occuper exclusivement , et le champ qu’elle offre à parcourir est assez vaste lorsqu’on veut l’étudier suivant les vrais principes. Ce n’est plus alors, comme auparavant, une science artificielle, ou, suivant son ancienne définition-, la science qui aide à trouver le nom des plantes connues; c’est, comme' on l’a dit plus haut, la