À UNE AMIE A L'OCCASION DE LA NAISSANCE D'UN ENFANT
Ma chère amie,
Elise est venue veiller avec nous hier soir, et elle m'a annoncé la grande nouvelle : que tu avais un fils, qu’il s'appelait Jean-Baptiste comme son père, qu'il avait les yeux bleus, les cheveux blonds, qu'il était beau comme le jour, que tu étais bien, joyeuse, aux anges enfin. Je m'empresse de t’écrire pour m'associer à ta joie et te féliciter sur cet heureux événement. Que sera cet enfant qui cause déjà tant de joie à sa mère? Sera-t-1l juge ? évêque? cardinal? Ce sera son affaire et celle
du bon Dieu. Je me contente de lui souhaiter aujourd'hui d'être un fervent chrétien ; comme cela il sera toujours bon fils et l’houneur et la joie de son père et de sa mère.
Je ne sais pas si je pourrai aller te voir, il y a plusieurs cas de fièvre dans notre village et je crains pour mes marmots.
Toni n'aime plus son cheval de bois. Hier soir, il s'est approché de sa tante Elise, et la prenant par le cou, il lui a dit à l'oreille: Ma tante, donnez-moi donc pour mes étrennes un petit cheval qui marche.-—-Mauis, mon chéri, dit sa tante, qu’en feras-tu? comment pourras-tu l’hiverner ?— Donnez, donnez toujours, reprit: aussitôt, et vous verrez que j'en aurai bien soin et que je saurai m'en servir. Voilà ton Toni ; il ne pense plus qu'aux chevaux, comme un habitué du turf.
Philippe vous fait bien ses amitiés. Adieu, ma chère amie, je vous embrasse tous les trois, toi, ton ange, et ton vieux.