‹ Principes de littérature [microforme]Chapitre 139 sur 225 · LACORDAIRE A UN JEUNE HOMME · texte numérisé non relu

LACORDAIRE A UN JEUNE HOMME

Mon cher ami,

Vous m'avez donné une bonne nouvelle dans votre lettre. C'est que vous avez rompu avec quelques-uns des camarades que vous avez fréquentés d’abord, et dont la conversation était peu convenable sous plusieurs rapports. C’est là une résolution dont je ne puis trop vous féliciter ; car, croyez-le, toute notre vie dépend des personnes avec lesquelles nous vivons familièrement. La familiarité accoutume aux choses en même temps qu'aux personnes, et ce qui d’abord nous paraissait odieux, abject, finit par entrer dans nos habitudes. L'oreille se blase, le cœur perd de sa pudeur, l'esprit de sa clarté: on finit par aimer ce qui repoussait, C’est l’histoire de la propagation du mal sur la terre. Je suis donc ravi que vous ayez quitté ces jeunes gens, et que vous en ayez trouvé d’autres plus dignes de vous. Il n’en faut pas beaucoup, soyez-en sûr, pour vous tirer agréablement de la solitude. Si un ami véritable suffit, quelques camarades suffisent pareillement. La bonne

compagnie, d'ailleurs, mène à la bonne compagnie, et quoique moins nombreuse que la mauvaise, elle a aussi cependant, grâce à Dieu, sa dilatation.

Je vous remercie de votre portrait. Il me rappellera les temps de votre première jeunesse, et ne vieillira point comme vous.

Adieu, je vous attends bientôt. Je vous redis par avance tout ce que vous savez que je suis pour vous,

LACORDAIRE À MME SWETCHINE

La Quercia, 3 juillet 1830.

Mille grâces, chère amie, de vos bonnes lettres du 20 mai et du 15 juin. Je vous félicite tout d’abord d'être à Vichy ; vous êtes bien heureuse d’avoir trouvé des eaux qui vous aillent. Ilen est des eaux comme des amis. Rien n'est plus rare. Vous êtes donc là avec un ami et loin de cette foule qui vous accable ordinairement ; à votre place, il y a longtemps que j'en serais mort ; malgré toutes les eaux du monde, un salon est ce qui m'a toujours semblé approcher le plus près du purgatoire. Mais vous voilà en paradis maintenant et je ne sais trop comment vous faites pour y tenir, ce qui ne m'empêche pas de vous en féliciter. J'espère que vous y puiserez un bon hiver et un bon printemps.

Adieu, chère amie, que Vichy vous guérisse et nous le mettrons dans le calendrier, et il nous sera un dieu. comme disaient les anciens. Que ces anciens étaient heureux de pouvoir faire des dieux à leur aise! Nous avons grand’peine, nous, à faire seulement des saints. A propos, je n'ai rien compris à votre affaire avec M. Affre; vous avez quelquefois un style qui tient de l'essence du logogriphe, et je suis le plus pauvre sphinx du monde.

Adieu.

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LETTRES DE FÉLICITATION, Louis VEUILLOT A M. ARTHUR MURCIER,

3 janvier 1846.

Mon cher petit frère,

Madame Murcier écrit à Mathilde que vous sortirez le mercredi 7 janvier, mais qu'elle ignore si vous pourrez venir à Paris ce jour-là. Il faut pourtant tâcher d'y venir, Je veux vous embrasser et vous donner vos étrennes. Arrangez-vous en conséquence. De notre côté, nous nous arrangerons pour que le dîner soit prêt plus tôt, et que vous puissiez être de retour à l'heure voulue,

J'ai vu aussi que vous aviez la permission de porter la soutane. Je vous en félicite de tout mon cœur. Puisse ce saint habit attirer sur vos études et sur toute votre vie les bénédictions les plus amples! Devenez, en le portant, digne du respect qu’il commande et des grâces qu’il annonce. Que vous le conserviez ou non, je regarde comme un grand bonheur pour vous que vous en soyez revêtu, car il signifie au moins que vous êtes un enfant de la glorieuse et sainte Eglise catholique, et que vous voulez garder ce titre d'honneur.

Quand vous connaîtrez le monde et que vous saurez ce que sont les impies, combien vous bénirez Dieu d'avoir voulu que vous fussiez chrétien dès le commencement, et de vous avoir évité la calamité de ne pas l'être et la difficulté de le devenir !

Adieu, mon cher enfant. Je me recommande bien à vos prières.

Votre frère dévoué.

Louis VEUILLOT A M. RIVALLAND,

15 janvier 1851.

Mon cher Rivalland,

J'ai appris avec bien du plaisir la nouvelle de votre mariage ; mais vous auriez dû me la donner plus tôt.

J'aurais été heureux de m’associer aux prières qu’on a

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faites pour vous en cette occasion. Je demande à Dieu de vous donner la paix dans l'était du mariage comme dans tous les autres : c’est le plus grand et unique bien de la vie. J'espère que vous en jouirez, ou plutôt que vous continuerez d'en jouir. Vous et votre femme, vous avez les deux grands éléments de cette paix si désirable, je veux dire la foi et l'humilité. Dieu n’a pas mis le bonheur à d’autres conditions que celles-là, qui sont indispensables et que tout le monde peut réaliser.

Adieu, mon cher ami. Je salue Mme Rivalland, et suis votre tout dévoué.

N° 22 (page 96).

Lettres de remerciement.

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