‹ Principes de littérature [microforme]Chapitre 179 sur 225 · VOLTAIRE À M. D'ARGENSON · texte numérisé non relu

VOLTAIRE À M. D'ARGENSON

Que direz-vous de moi, Monsieur? Vous me faites sentir de vos bontés de la manière la plus bienveillante ; vous ne semblez me laisser de sentiments que ceux de la reconnaissance, et il faut avec cela que je vous importune encore. Non, ne .:e croyez pas assez ha: «ii ; mais voici le fait.

Un grand garçon, bien fait, aimant les vers, ayant de l’esprit, ne sachant que faire, s’avise de se faire pré-

senter, je ne sais comment, à Cirey. Il m'entend parler

de vous comme de men ange gardien. ‘Oh 'oh! dit-

il, 5’il vous fait du bien, il m'en fera donc : écrivez-lui

en ma faveur.—Mais, Monsieur, considérez que j'abu-

serais..…...—#Æh bien, abusez, dit-il. Je voudrais être à lui, s’il va en ambassade ; je ne lui demande rien, je Je servirai à tout ce qu'il voudra. Je suis diligent, je suis bon garçon, je suis de fatigue ; donnez-moi une lettre pour lui.” Moi, qui suis bonhomme, je lui donne la lettre. Dès qu’il la tient, il se tient trop heureux. “ Je verrai M. d’Argenson !” Et voilà mon grand garçon qui v='" à Paris.

Ja ac, Monsieur, l'honneur de vous en avertir. Il se préseutera à vous avec une belle mine et une chétive recommandation. Pardonnez-moi cette importunité ; ce n'est pas ma faute. Je n'ai pu résister au plaisir de me vanter de vos bontés, et un passant a dit : “ J’en retiens part. ”

S'il arrivait en effet que ce jeune homme fût sage, serviable, instruit, et, qu’aliant en ambassade, vous eussiez besoin de lui, informez-vous-en au noviciat des jésuites : 1l a été deux ans novice.

* Pour moi, je vivrai pour vour être à jamais attaché avec la plus respectueuse et la plus tendre reconnaissance.

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