NŒUD
Qu'est-ce que le nœud ?
Le nœud est cette partie de la narration où le fait est exposé avec ses incidents, ses complications et ses péripéties. C’est le fond même du récit. Dans un sens plus restreint, le nœud est l'obstacle qui s'oppose à une entreprise, où ce qui est de nature à causer de l’incertitude sur l'issue d’un fait.
Comment le nœud doit-il être conduit ?
Le nœud doit être conduit avec art et se développer naturellement. Il faut y ménager les situations et disposer chaque partie et même chaque pensée de manière que l'intérêt aille toujours croissant, enfin dissimuler si bien le dénouement que le lecteur reste en suspens jusqu’à la fin.
Voici le nœud de la fable: Za Cigale et La Fourmi.
La cigale alla crier famine chez la fourmi,
La priant de lui prêter Quelque grain pour subsister Jusqu’à la saison nouvelle :
Je vous paierai, lui dit-elle, Avant l’août, foi d'animal,
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Intérét et principal.
La fourmi n’est pas prêteuse ;
C'est là son moindre défaut :
Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
— Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
— Vous chantiez ! j'en suis fort aise.
Jusqu'ici le lecteur reste en suspens, il ne sait pas si la fourmi prêtera quelque grain à la cigale.
Le récit de la mort de Turenne par Mme de Sévigné est un beau modèle de narration pour le nœud. Il faut cependant remarquer qu'elle avait déjà annoncé ce triste événement à sa fille, et qu’il ne s'agissait plus que de lui en faire connaître les circonstances.
Il monta à cheval le samedi à deux heures, après avoir mangé ; et comme il avait bien des gens avec lui, il les laissa tous à trente pas de la hauteur où il voulait aller et dit au petit d'Elbœuf : ‘ Mon neveu, demeurez là ; vous ne faites que tourner autour de moi, vous me feriez reconnaître,” M. d'Hamilton, qui se trouvait près de l’endroit où il allait, lui dit: ‘ Monsieur, venez vous allez. — Monsieur, lui
par ici; on tirera du côté où
dit-il, vous avez raison, je ne veux point du tout être tué aujourd’hui ; cela sera le mieux du monde.” Il eut à peine tourné son cheval, qu’il aperçut Saint-Hilaire, le chapeau à la main, qui jui dit: ‘* Monsieur, jetez les yeux sur cette batterie que je viens de faire placer là.” Monsieur de Turenne revint, et dans l'instant, sans être arrêté, il eut le bras et le corps fracassés du même coup qui emporta le bras et la main qui tenaient le chapeau de Saint- Hilaire. Ce gentilhomme ne le voit point tomber ; le cheval l’emporte où il avait laissé le petit d'Elbœuf ; il était penché le nez sur l’arçon ; dans ce moment le cheval s’arrête ; le héros tombe entre les bras de ses gens ; il ouvre deux fois de grands yeux et la bouche, et demeure tranquille pour jamais.
Ces deux narrations sont admirables. La première est plus simple, le seconde est plus vive, plus frappante ; mais cette différence vient de la nature même des sujets. Dans les deux récits, c’est le même art, la même habileté, l'emploi du même moyen pour varier le style: le discours direct, Ce sont deux drames qui se déroulent sous nos yeux, deux tableaux parfaits.