‹ Principes de littérature [microforme]Chapitre 66 sur 225 · OU SE · texte numérisé non relu

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Dès le matin de ce jour, des foules de femmes et d'enfants, venues de toutes les directions, depuis la rivière Gaspareaux jusqu'à Grand-Pré, des vieillards décrépits, des malades, des infirmes, traînés dans des charrettes encombrées d'effets de ménage, des mères portant leurs nouveau-nés dans leurs bras, étaient poussés vers la plaine Grand-Pré par des escouades de soläats sans pitié. Le chemin qui conduisait à travers cette grande plaine jusqu’au bord de la digue où se faisait l’embarquement, fut bientôt tout grouillant de cette masse d’êtres faibles et désespérés qui avaient peine à se mouvoir au milieu du tumulte et de la confusion générale, Des invalides, des femmes chargées de fardeaux, tombaient de fatigue le long de la route et ne se levaient que sous les menaces ou devant les baïonnettes. Les uns s’avançaient mornes et silencieux, comme frappés de stupeur, les autres en pleurant et en gémissant, quelques-uns en proférant des malédictions ; d’autres enfin, pris d’une exaltation pieuse, murmuraient des cantiques à l'exemple des martyrs. Les cris des enfants effrayés qu’on entendait de tous côtés se mélaient aux aboiements d’une multitude de chiens qui rôdaient autour de cette foule en cherchant leurs maitres,

Mais ce fut au bord de la grève, à l’heure de l’embarquement, que la confusion fut extréme et que se passèrent les scènes les plus désolantes. Tous ces malheureux furent entassés pêle-mêle dans les chaloupes, malgré leurs plaintes, que la plupart des équipages ne comprenaient même pas, ne sachant pas leur langue ; et l’on ne prit pas plus de soin pour faire monter les membres de chaque famille dans les mêmes transports qu’on en avait mis lors de l’embarquement des jeunes gens. Aussi est-ce en ce moment, d’après la tradition, qu'eut lieu le plus grand nombre de séparations.

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