CHAPITRE LVÏIL
Mécanisme du Saut.
Il n’en est pas du Saut comme de la simple Marche et de la Course ; ce grand mouvement met soudainement en jeu toutes les forces musculaires du corps , et nécessite un effort parfait : il faut que la contraction du diaphragme le pré* pare, que l’occlusion de la glotte le facilite, et qu’ensuite une multitude de muscles interviennent pour l’accomplir.
On court d’abord afin de communiquer au.
corps plus de vitesse et delan : au moment de sauter , les membres inférieurs et le tronc se fiédussent, et de ]à résulté l’espèce de bascule, en quoi le saut consiste. Nous avons dit que la poitrine est immobile et comment elle l’est; voici maintenant dans quel ordre les muscles agissent par un concours et par une vitesse qui laissent à peine le temps de saisir dans quel ordre se succèdent tant d’actions différentes. — Contraction des muscles du mollet, qui élèvent le talon et transportent à la pointe du pied tout le poids du corPs î contraction des fléchisseurs de la jambe et des fessiers ( suivez bien) , qui étendent le bassin sur les fémurs*, — action des muscles vertébraux, qui étendent le tronc sur le bassin et qui redressent la tète 5 — action des sterno-mastoïdiens, qui s’efforcent de rapprocher la poitrine de la tète , — action des muscles abdominaux , qui attirent le bassin vers la poitrine-, — action des psoas et d[es iliaques, qui entraînent la cuisse sur le bassin -, et de meme pour les autres muscles jusqu’au pied , que le tendon d’Achille attirait dans un sens contraire. Il résulte de toutes ces actions réunies que l’ensemble du corps mu exécute une demi-bascule en vertu de laquelle sa moitié infeiieure est dirigée en devant et en haut, et sa moitié supérieure en bas et en arrière. Finalement le premier effet l’emporte sur le second , et le
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corps gagne du terrain, parce qu’il jouissait préalablement d’une grande impulsion favorable à ce résultat, et parce qu’aussi les muscles antérieurs ont agi les derniers et davantage. Le point central de la bascule du corps entier est dans l’articulation des fémurs avec le bassin.
Les choses se passent différemment dans le saut vertical : ici la bascule n’a plus lieu *, mais tous les muscles extenseurs des membres inférieurs et du tronc se coalisent pour déterminer l’ascension du corps entier, en luttant contre son propre poids qui l’entraîne vers la terre et l’y tient attaché. Toutefois ces deux sortes de saut ont en commun deux conditions semblables *, je veux parler de ia contraction des muscles jumeaux et de l’occlusion de la glotte. Les jumeaux, en élevant le talon, transportent le poids de tout le corps sur une plus petite étendue*, ils favorisent d’ailleurs l’action des muscles de la rotule, devenue ainsi plus saillante. Quant à l’occlusion de la glotte, on en sait le but et le réel effet ; elle concentre sur l’ensemble du tronc tout ce que les muscles abdominaux peuvent développer d’énergie.
Ce genre d’effort est un des exercices qui produisent le plus d’accidens , parce qu’à la compression des viscères se joint l’effet d’une vive commotion. La pesanteur du corps agissant dans un sens, la résistance du sol dans un sens op**
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pose et l’action des muscles abdominaux à-la- 1ms dans tous les sens, toutes ces influences s’allient et se compliquent. Aussi voit-on fréquemment survenir après des sauts ou des chutes de lieux elevés,des hernies volumineuses, des descentes de matrice, des ruptures au diaphragme, des hémorrhagies, etc. M. Percy a particulièrement observé la rupture du diaphragme chez des soldats qui s’étaient précipités du fort de Bitche a terre. A la vérité, il n’y a pas là de véritable effort, c est-à-dire que les muscles du ventre restent inactifs ; mais cela n’empêche pas qu’instmctivement il ne se fasse une grande inspiration apres laquelle la glotte reste close. Mais voici ce qu’il arrive, et comme le choc de la chute se trouve divisé en même temps qu’amorti : la poitrine étant remplie d’air à l’instant où le corps précipité rencontre le sol , en ce moment meme la glotte s’entr’ouvre , et la commotion est îminuee en raison de la quantité d’air dont la g ottebéantea permis l’expulsion, Cette occlusion préalable du larynx a donc le même avantage que 1 action des muscles jumeaux ; et la sortie de l.air “llt le choc tout comme la circonstance de tomber sur la pointe du pied. Ainsi de deux sauteurs d’un poids égal et ayant à franchir le même espace, celui-là sera le mieux préservé des -u cidcns qui aura le poumon le plus rempli d’air
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ici glotte le plus exactement close, et les muscles jumeaux les plus contractes et les plus énergiques.
Ce que nous venons de dire est de nature à éclairer quelques expériences et certains points de médecine judiciaire. Ainsi, par exemple, un foetus qui n’a pas encore respiré sera plus grièvement blessé, tombant dun lieu élevé, que ne le serait dans le même cas un enfant dont le poumon est déjà rempli d’air. Semblablement, les délabremens de toute sorte seront plus profonds sur le cadavre que chez l’homme vivant et respirant : on voit dès lors combien et par ou pèchent les expériences tentées sur des cadavres dans le but d’apprécier les effets des fortes commotions sur l’homme vivant. Laissez tomber de la même hauteur deux animaux de même âge, de même poids et de la même espèce, mais dont Fun est vivant et l’autre récemment mort*, liez, rendez inertes les pieds du vivant , afin que par eux la commotion ne puisse être amortie ] vous verrez que le cerveau , vous verrez que le foie et les principaux organes seront bien plus maltraités chez l’ani^ mal d’avance inanimé*, et tellement même, que vous ne pourrez expliquer cette grande disparité d’effets par la seule résistance de la vie. Il y a bien certainement ici un effet mécanique : vous n’avez qu’à étendre ces expériences à des corps dif-
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lerens, vous verrez partout se reproduire des résultats analogues. Laissez tomber (toujours à circonstances égales, hormis celle dont vous voulez juger la valeur), laissez cheoir un soufflet plein c air et libre de s’ouvrir au premier clioc, et un autre soufflet, ou déjà vide, ou rempli d’air mais sans issue libre : faites même chose pour deux flacons vides, dont l’un sera fermé de manière à ne pouvoir s’ouvrir dans sa chute : même chose sur un oiseau et sur un poisson de même poids : vous verrez se reproduire dans tous ces cas ce que nous avons dit précédemment pour le fœtus et pour l’enfant, pour l’homme vivant et le cadavre. Sans doute , il y a de plus l’influence de la vie ; mais cette nouvelle cause, loin de détruire les
différences nées de l’autre cause, ne fait que les accroître.
La glotte et les muscles du mollet sont donc congeneres dans le saut et dans les chutes. Tomber après l’expiration aurait le même dangerque tomber sur le calcanéum : voilà aussi pourquoi es chutes sont si dangereuses dans la syncope et 1 asphyxie, et toutes les fois qu’elles ont lieu après la perte entière de la connaissance.
Enfin la paralysie des muscles laryngés et la paralysie des muscles jumeaux empêcheraient le saut à un degré presque semblable.
ai u'. u x, moyen d’expérimentation. '~f>5