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CHAPITRE XIV

Du Cœur et de ses mouvemens.

« L 'éternel mouvement et l’éternel repos. »

Le Cœur est un des organes les mieux connus. Personne ne nie son importance ; tous les organes lui sont subordonnés. Il est l’instrument de la circulation du sang. L’un de ses ventricules met le sang en contact avec l’air dans les poumons : l’autre ventricule répartit entre tous les organes le sang nécessaire à leur nutrition et à leurs fonctions diverses.

L’un des cinq rouages nécessaires à l’existence, le cœur peut altérer la vie par quatre sources principales , comme lui-même peut être affecté par quatre voies différentes. Nous avons dit combien est parfaite la solidarité qui existe entre le cœur , la moelle épinière , le cerveau , l’estomac et les poumons. Nous avons montré comment s’établit cette solidarité.

Outre ce parfait concours et cette union intime des cinq principaux organes , il existe entre leurs fonctions une subordination manifeste. Le cœur, en effet, ne sert qu’à propager Faction de l’estomac et des poumons. La respiration ne servirait à rien

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Si le cœur ne distribuait le sang qu elle régénère ; et cette respiration ne se fait d’ailleurs qu’à l’aide du sang que le cœur envoie aux poumons. Les organes ne recevraient rien des nouveaux produits de la digestion, si le coeur ne les répartissait dans mille canaux. Cet organe n’est donc, poui ainsi dire, qu’un intermédiaire entre les poumons et l’estomac, et le reste des organes ; outre que l’estomac et les poumons n’agissent eux-mêmes qu’à raison du sang propre que le cœur leur fournit, et à raison de l’influence nerveuse, elle-même dépendante de l’action du cœur» Si je m’applique ainsi à montrer l’enchaînement des organes, c’est que je me persuade quen ce point résident tous les secrets accessibles de la vie et toute la science médicale. Une fois mitie a ce pacte si merveilleux des organes, on cesse de ne voir dans chaque maladie que des phénomènes isolés ; on aperçoit tout le faux de la médecine des symptômes , tout l’aveuglement de 1 empirisme, toute la frivolité des systèmes. On voit comment la maladie la plus générale peut rémi ter de l’affection d’un seul organe, et comment 1 affection d’un seul rejaillit sur tous , en se compliquant jusqu à 1 infini par la mutualité d^action de plusieurs.

Le cœur est un muscle creux qui communique avec toutes les veines du corps par ses cavités

droites, et avec toutes les artères par ses cavités gauches. Il y a les poumons entre le ventricule droit et l’oreillette gauche } il y a tous les organes et le coeur lui-même entre le ventricule gauche et l’oreillette droite.

Quatre cavités composent le cœur : deux oreih lettes et deux ventricules. Deux cavités à droite, intermédiaires aux veines-caves et à l’artère pulmonaire : deux autres cavités à gauche, inter-* médiaires aux veines pulmonaires et à l’artère aorte. Le sang est noir dans les cavités droites ; il est rouge dans les cavités gauches. Il a chan g0' de couleur en traversant les poumons : les poumons sont donc les organes de l’hématose. Les poumons mettent le sang en contact avec de l’air *, l’air est donc pour quelque chose dans les chan^ gemens qu’éprouve le sang^ pour quelque chose dans l’hématose.

Les oreillettes poussent le sang dans leur ven«* tricule respectif : les ventricules, dans leurs ar«* tères respectives et dans tous les rameaux de ces artères. Les ventricules devaient donc être plus musculeux que les, oreillettes, Le ventricule droit a les poumons pour limites ; le ventricule gauche n’a pas d’autres limites que le corps lui-même. Le ventricule gauche avait donc besoin de plus de puissance que le ventricule droit.

Les ventricules et les oreillettes ont un temps de

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contraction ou de systole , et un temps de relâchementou dediastole. Depuis la naissance j usqu’ à la mort, cesmouvemens ne s’interrompent jamais.

Les mouvemens des deux ventricules sont simultanés *, simultanés aussi sont les mouvemens des oreillettes. De sorte que la diastole des unes coïncide avec la systole des autres. Le temps oii les ventricules poussent le sang dans leurs artères, est le temps ou les oreillettes relâchées s’emplissent de sang. Au même moment où le ventricule gauche jette deux onces de sang dans l’aorte , l’oreillette droite en reçoit deux onces par les veines-caves . Au même instant oii le ventricule droit pousse deux onces de sang dans les poumons par l’artère pulmonaire, il en revient également deux onces des poumons à l’oreillette gauche par les veines pulmonaires. Ainsi, ce que les artères reçoivent d’un côté, les veines le rendent d’un autre côté : de manière que la même quantité de sang circule toujours dans des organes restés semblables. Il est difficile de croire, d’après cela , que la contraction des ventricules se borne à mouvoir le sang dans les seules artères , difficile de penser que cette impulsion n’influence pas le cours du sang veineux, ne fùt-ce qu’en prenant successivement sa place.

Les mouvemens du cœur ont été l’objet de beaucoup de recherches. D’abord on crut que cet or-

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gane se dilatait activement : on reconnut ensuite qu’on s’était mépris en confondant ses contractions avec ses dilatations. On s’assura qu’un doigt introduit dans l’un des ventricules d’un coeur encore palpitant, était serré au même instant que la main était soulevée. On vit aussi qu’un véritable relâchement succède à la systole : et comme le cœur s’envoie du sang au moment de la contraction de ses ventricules et du relâchement de ses oreillettes , il en résulte que le sang veineux qui pénètre ses fibres peut s’en écouler sans obstacle , la valvule des veines cardiaques ne s’adaptant à l’orifice qu’elle bouche que pendant la systole des oreillettes et la diastole des ventricules. Cette valvule prouverait d’ailleurs que le cours du sang veineux n’est pas continu ; pas plus continu du moins que ne l’est le cours du sang artériel.

Remarquons aussi que les cavités droites du cœur sont dans la dépendance des poumons : les mouvemens de ces derniers organes favorisant ou entravant le cours du sang veineux. Et comme les poumons sont sujets à de grandes irrégularités d’action , il en résulte des inégalités entre les cavités droites et les cavités gauches du cœur.

A leur tour, les poumons sont dans la dépendance du cœur. Comme une ondée de sang les traverse à chaque contraction des ventricules,

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on voit bien que tout ce qui remue le cœur réagit par le cœur sur les poumons. Les passions , qui font palpiter le cœur , déterminent de l’oppression ou de la toux. La fièvre et les grands mouvemens du corps, qui agitent le cœur, accélèrent au même degré la respiration. Or, comme dans l’état ordinaire il y a tant de pulsations par respiration ( ordinairement quatre pulsations pour une inspiration ) , vous voyez comme on peut toujours juger delà respiration par le pouls , et du cœur par les poumons.

Mais cette harmonie des poumons et du cœur, cette réciprocité d’influences entre la circulation et la respiration cause aussi parfois beaucoup d’incertitude. De ce que l’un ne peut souffrir sans l’autre, si tous les deux souffrent, on ne sait quelquefois lequel des deux est le premier siège d’un mal si vite partagé (i). C’est comme pour les maladies générales à l’égard des cinq organes alliés : tous souffrant à-la-fois , on est dans l’incertitude en lequel est le premier germe d’un mal devenu universel par le fait de leur solidarité.

J ajoute que tout ce qu’on a découvert de la structure du cœur s’accorde très-bien avec ce qu on sait de ses mouvemens. On a trouvé que les fibres des oreillettes et les fibres des ventricules s’unissent de chacun leur coté à un

*) Par exemple, dans l’asthme, dans l’angine de poitrine, etc

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cercle fibreux et inerte, placé sur les limites des oreillettes et des ventricules. On a vu que chaque ventricule a des fibres propres; mais qu’en outre il contient d’autres fibres confondues, pour former la cloison commune,, avec des fibres de l’autre ventricule (i) : de sorte que chaque ventricule jouit d’une force propre, et les deux ventricules d’une action commune. Même disposition existe pour les oreillettes.

Non seulement l’on sent et l’on voit les battemens du cœur ; maïs on en sent , mais on en voit les contre-coups isochrones dans toutes les artères du corps. Et comme les mouvemens du cœur sont liés aux mouvemens des poumons , et que les poumons et le cœur sont enchaînés au cerveau et à l’estomac , et par eux à tout le corps , cela explique pourquoi les médecins de tous les temps ( même alors que la circulation du sang était méconnue) ont attaché tant d’importance aux caractères du pouls.

On distingue aussi , en appliquant l’oreille à la poitrine, les battemens des oreillettes des battemens des ventricules. On a usé de ce moyen pour étudier le siège de quelques maladies peu connues , On peut même aller plus loin : comme le cœur bat beaucoup plus vite dans le plus jeune

(1) Voy. les travaux de Sénac et de Wolff; et aussi les recherches de MM, Gerdy, et Vaust (de Liège),

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