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DÉLIMITATION DU SUJET

§ 274. Le lecteur, s'il n'est prévenu, s'attendra à trouver dans les chapitres qui suivent des analyses d'états de conscience de tout ordre. Il supposera que notre recherche doit comprendre aussi bien les émotions que les phénomènes intellectuels. Et il s'attendra à voir résoudre en leurs éléments, non-seulement les pensées, mais aussi les sentiments.

Cependant, en comparant ces deux ordres d'états de conscience, on verra que, si le premier promet quelques résultats satisfaisants à l'analyse , il n'en est pas ainsi du second. Pour qu'une chose soit expliquée par la séparation de ses parties et l'examen des rapports qui les unissent, il faut qu'elle présente des parties qu'on puisse distinguer d'une manière déterminée. Et si ce qui est devant nous, quoique évidemment composé, est tel que ses éléments hétérogènes sont si bien mêlés et fondus ensemble, qu'on ne peut nettement reconnaître chacun séparément^ on peut en conclure que toute analyse, si elle n'est absolumentinfructueuse,conduiraàdesconclusionsdouteuses9 ou incomplètes, ou les deux à la fois. Or^ telle est la différence qui existe entre les états de conscience que nous distinguons comme intellectuels et con^ne émotionnels. Une pensée, quelque simple ou complexe qu'elle soitj contient de& HA^

ments qu*oa peut plus ou moins définir et nommer, et dont les rapports peuvent être plus ou moins clairement indiqués. Mais un sentiment est tout à fait vague dans ses contours ; sa nature reste toujours indistincte, même après Texamen le plus attentif. On peut distinguer quelques traces obscures des divers éléments; mais les délimitations du tout et de ses parties sont si faiblement marquées, et en même temps si embrouillées, qu*on ne peut atteindre que des résultats très-généraux. Et c'est le caractère qu'implique nécessairement la genèse des émotions telle que nous l'avons tracée. Si on se rappelle les paragraphes 214 et 247, parties IV et V, on verra que^ les émotions étant produites par la consolidation de groupes d'états de conscience de plus en plus larges et hétérogènes, l'analyse ne pourra réussir à les résoudre en leurs éléments.

Sans nous occuper donc des émotions, puisqu'on ne peut les expliquer que synthétiquement, comme nous l'avons fait dans le premier volume, nous nous bornerons ici à l'analyse des phénomènes intellectuels.

§ 275. Une analyse conduite d'une manière vraiment systématique, doit commencer par les phénomènes les plus complexes de la série à analyser : elle doit chercher à les résoudi*e dans les phénomènes les plus voisins dans l'ordre de la complexité ; elle doit procéder de la même manière à l'égard des phénomènes moins complexes ainsi découverts : et ainsi, par des décompositions successives, elle doit descendre pas à pas jusqu'aux phénomènes les plus simples et les plus généraux, pour atteindre finalement le plus simple et le plus général. Cette manière de procéder appliquée à la psychologie, quoiqu'elle soil peut-être, si on a la patience de la suivre, la plus féconde en résultats, est hérissée de difficultés. Les opérations les plus ordinaires de la conscience sont suffisamment embarrassantes pour ceux dont les facultés pensantes n'ont pas été bien disciplinées ; et l'on peut attendre naturellement que ses opérations les plus compliquées, si on veut les prendre dès le

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