II. — L’organisme social
Les considérations précédentes ont fait voir le rôle primordial de la Fraternité ; elles ont montré aussi que la Fraternité est le Principe qui transporte le mobile de la conduite sociale, de l’Individuel à PUniver-
adaptation convenable au progrès général : il est surtout bien plus avantageux de le faire puisqu’une nation est un élément d’ordre supérieur de l’Humanité. La Mort d’une Nation exigeant l’éducation par la fatalité d’une Nation nouvelle et orpheline ne peut que retarder le progrès universel.
Aujourd’hui la Fraternité, qui déjà commence à s’accomplir, est la Puissance qui s’offre à nos volontés, pour sauver chacune de nos sociétés de la Mort, de VAnarchie, et se sauver elle-même avec elles de longues angoisses.
sel, pour réaliser la synthèse seule capable de conserver rUnité de la masse. Mais cette notion très vague encore ne nous dit rien sur les moyens simples et immédiatement pratiques d’accomplir la synthèse sociale. Pour les connaître, il faut d’abord étudier d’un peu plus près l’être social considéré comme un organisme vivant et progressif.
Le plan même d’une pareille étude demande des considérations spéciales, à cause delà nature particulière de cet organisme.
Les biologistes qui jusqu’ici n’ont entendu trouver d’autres lois que celles de la Nature naturée, c’est-àdire de la fatalité, ont dû les chercher spécialement là où elle agit sans perturbation d’aucune force spontanée ; dans la sphère de la vie matérielle, seule. C’est même encore de là qu’ils tendent à s’élever jusqu’à la découverte de la finalité des êtres, comme l’a tenté particulièrement Darwin.
Notre méthode doit être précisément inverse, parce que c’est la finalité de la société qui doit en déterminer l’organisation. Est-ce en effetdans la Nature que l’on place cette finalité, on voudra qu’il soit donné à chacun selon ses besoins, selon ses désirs même. A l’opposé est-ce en Dieu, on voudra que chaque personnalité se résigne à l’absolutisme d’un pouvoir indiscutable. Veut-on que l ’Homme seul soit la fin de la société, alors, pliant tout, soit aux données de sa raison logique, soit aux impulsions de sa passion, ou l’on se constituera selon les rigueurs de la formule économique et juridique, ou l’on abandonnera la direction de toutes choses aux fluctuations d’une ma-
jorité ondoyante et diverse, exploitée par quelques habiles.
N’est-ce point là le tableau des doutes qui luttent en l’ame troublée de notre siècle, parce qu’il n’est pas assuré de la finalité sociale ? C’est que nous touchons ici à une observation capitale :
L’organisme animal est constitué d’éléments à peu près dénués de toute spontanéité; l’Esprit qui les anime, cet Inconscient , si bien analysé par Hartmann, agissant pour eux, les plie presque invinciblement à la synthèse, à la Fraternité dont dépend l’intégrité de l’individu ; c’est ce qui permet au biologiste naturaliste d’entrevoir la fin de l’organisme, de fonder une physiologie psychologique .
Cependant, à mesure que la spontanéité s’accroît, la fatalité s’efface devant la volonté; les maladies se multiplient jusqu’à ce que Y Intelligence, se formant à la rude école de l’expérience, aidée de la Raison providentielle, se rapproche des lois universelles, accomplisse elle-même l’orientation Fraternelle de l’organisme où elle se développe. En cet être intelligent et raisonnable comme est l’homme, le moral et le physique, presque égaux, rendent la psychologie aussi indispensable au savant que la physiologie.
Dans l'Ètre Social, qui est d’un degré supérieur à l’Homme, il faut aller plus loin encore. Ici les éléments premiers sont des hommes, non plus des cellules dominées par la fatalité de l’Inconscient, et l’Universel veut qu’au moins, dans une certaine mesure, ce soient ces Hommes individuels qui construisent l’organisme social. Ils peuvent tellement le
modifier, le réduire, qu’un des organes soit à peu près entièrement supprimé (la tête, comme dans la démagogie, — les organes nutritifs, comme dans le despotisme capricieux, — le cœur, comme dans certaines lois économiques, etc ..) Sans doute de pareils excès ne sont pas sans maladies, mais la Providence fait à l’homme le crédit d’une longue expérience pour rectifier ses erreurs et s’élever jusqu’aux lois de la Vie Universelle à laquelle elle le convie.
Il faut donc ici faire dominer la psychologie sur la physiologie, s’élever d’abord autant qu’on le peut dans la communion avec la Puissance Suprême afin de l’imiter et de la satisfaire dans la construction de l’œuvre de vie qu’elle nous accorde.
Toute notre étude doit être dominée par la psychologie ; à l’inverse des naturalistes, nous ferons de la psychologie physiologique.
Sous le bénéfice de ces observations, nous allons voir quels éléments sont à notre disposition, quelles combinaisons nous en pouvons faire, quelle psychologie elles engendrent, et, par suite, quelle doit être la structure actuelle de l’organisme.