‹ Principes du christianism unitaireChapitre 22 sur 27 · Perfection morale de Dieu · texte numérisé non relu

Perfection morale de Dieu

J'ai formulé nos croyances sur deux grands points, savoir qu’il n’y a qu’un seul Dieu, et que Jésus-Christ est un être distinct de Dieu et inférieur#à lui. Je vais maintenant passer à un autre point, auquel nous attachons encore plus de valeur. Nous croyons à la perfection morale de Dieu. Nous pensons qu'il n’y a pas de partie de la théologie aussi importante que celle qui traite du caractère moral de Dieu; etnous estimons fort haut nos vues sur le christianisme, précisément parce qu’elles proclament les attributs aimables et vénérables de Dieu.

On nous dira peut-être, que tous les chrétiens sont d'accord à cé sujet, que tous attribuent à l'être suprême une justice, une bonté, une sainteté infinies. Nous répondrons que l’on peut. parler magnifiquement de Dieu, et penser bassement à son égard ; appliquer à sa personne des épithètes sonores et prêter à son gouvernement providentiel des principes qui le rendent odieux. Les païens appelaient Jupiter très-grand et excellent; mais son histoire n’en était pas moins obscurcie par la cruauté et la concupiscence. Nous ne pouvons pas juger des véritables idées des hommes sur Dieu par leur langage général, car à toutes les époques on a espéré apaiser la Divinité par l’adulation. Nous devons rechercher quelles ont été leurs vues particulières sur ses desseins, surles principes de son gouvernement, et sur ses dispositions envers ses créatures.

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Nous constatons alors que les chrétiens ont généralement penché vers une manière de voir fort injurieuse pour l’Étre suprême. Ils n’ont que trop souvent regardé Dieu, comme placé, par sa grandeur et sa souveraineté, au-dessus des principes de moralité, au-dessus de ces lois éternelles d'équité et de droiture, auxquelles tous les autres êtres sont soumis. Quant à nous, nous croyons qu'il n’y a pas d'être en qui le sentiment du droit soit plus énergique, plus puissant qu’en Dieu. Nous croyons que son pouvoir souverain est entièrement subordonné à ses sentiments de justice; et c’est là la base de notre piété. Ce n’est pas simplement parce qu’il est notre créateur, mais parce qu’il nous a créés pour une bonne et sainte destinée; ce n'est pas parce que sa volonté estirrésistible, mais parce que sa volonté est la perfection de la vertu, que nous lui rendons hommage. Nous ne pouvons courber la tête devant un être, quelque grand et puissant qu'il soit, qui nous gouverne en tyran. Nous ne respectons rien que ce qui est excellent, soit sur la terre, soit dans le ciel. C’est non pas la majesté du trône de Dieu que nous avons en vénération, mais l'équité et la bonté qui lui servent de base.

Nous croyons que Dieu est infiniment bon, obligeant, bienveillant, dans le propre sens de ces mots ; bon dans ses dispositions comme dans ses actes; bon, non pas un peu, mais tout à fait; bon pour chaque individu aussi bien que pour l’univers.

Nous croyons aussi que Dieu est juste; mais nous n'oublions jamais que sa justice est celle d’un être bon, qu’elle habite dans un même esprit et agit en harmonie avec la plus parfaite bienveillance. Par cet attribut divin, nous entendons cette considération infinie pour la vertu ou la valeur morale, qui s’exprime dans une direction particulière de la volonté, c’est-àdire, en donnant des lois excellentes et équitables, et en accordant les récompenses ou en infligeant les châtiments les mieux appropriés à leur sanction. La justice de Dieu a pour but la plus haute vertu de la créature, elle ne punit que dans ce seul but, et c'est pourquoi elle est en accord avec la bienveillance; car la vertu et le bonheur, quoique distinets, sont liés d’une manière indissoluble.

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La justice de Dieu, ainsi envisagée, nous paraît en parfaite harmonie avec sa miséricorde. D’après les systèmes de théologie prédominants aujourd’hui, ces attributs sont tellement en désaccord et en contradiction, que les concilier doit être la tâche la plus rude, et l'exploit le plus étonnant de la sagesse infinie. Pour nous, ce sont comme des amis intimes, toujours en paix, imbus du même esprit, et cherchant le même but. Par la miséricorde de Dieu, nous n’entendons pas une compassion aveugle et instinctive, qui pardonne sans réfléchir et sans s'inquiéter des intérêts de la vertu. Une pareille miséricorde, nous le reconnaissons, serait incompatible avec la justice et par conséquent aussi avec une/bienveillance éclairée. La miséricorde de Dieu, telle que nous la comprenons, désire vivement la félicité des coupables, mais seulement à condition qu'ils passent par le repentir. Elle a égard au caractère des individus aussi bien que sa justice. Elle diffère la punition et attend patiemment que le pécheur puisse rentrer dans le devoir, mais elle abandonne le coupable impénitent et endurci au chàtiment terrible dont la parole de Dieu renferme la menace.

Pour exprimeren un mot notre manière d'envisager Dieu, nous croyons en son caractère paternel. Nous lui attribuons, nonseulement le nom, mais les dispositions et les règles de conduite d’un père. Nous croyons qu'il porte à ses créatures

- l'intérêt d’un père, qu'il désire comme un père leur amélioration, qu'avec l'équité d’un père il sait proportionner ses commandements à leurs aptitudes, qu’il se réjouit comme un père de leurs progrès, qu’il est prêt comme un père à accueillir celui qui se repent, et qu’il exerce la justice d’un père à l'égard de celui qui est incorrigible. Nous regardons ce monde comme un lieu d'éducation, dans lequel il forme l’homme par la prospérité et l’adversité, par les secours et les obstacles, par les conflits de la raison et de la passion, par les motifs du devoir et les tentations du péché, par une discipline variée et appropriée à des êtres libres et moraux, pour le faire entrer en union avee lui-même et pour le faire parvenir dañs le ciel au plus haut degré de vertu.

Ce que nous reprochons aux systèmes de religion qui pré-

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valent parmi nous, c’est qu'ils sont plus ou moins contraires à cette conception de Dieu si purifiante, si consolante et si di gne; c’est qu’ils nous enlèvent notre Père qui est au ciel, pour lui substituer un être que nous ne pouvons aimer quand même nous le voudrions, et que nous ne devons pas aimer quand même nous le pourrions. C’est particulièrement pour ce motif que nous sommes opposés à ce système qui s'arroge le titre d'orthodoxe, et que l’on propage maintenant avec tant d'adresse dans notre pays. Ce système en effet sait prendre diverses formes, mais de toute façon il déshonore le créateur. Sous sa forme ancienne et primitive, il nous enseigne que Dieu nous fait entrer dans la vie entièrement dépravés, de sorte que sous les traits innocents de nntre enfance se cache une nature contraire à tout ce qui est bien et portée à tout ce qui est mal, : une nature qui nous expose à Ja disgrâce et à la colère de Dieu, même avant que nous ayons acquis le pouvoir de comprendre nos devoirs, ou de réfléchir sur nos actions. Sous une forme plus moderne, il nous enseigne que tout homme est sorti des mains de son créateur avec une organisation telle, et qu'il est soumis à des influences et à des condilions. telles, que, dès le premier moment de son activité morale, sa dépravation complète est rendue certaine et infaillible; il nous enseigne encore que l'offense de l'enfant, qui apporte dans la vie cette tendance continuelle au crime, non mélangée de bien, l'expose à la damnation éternelle. Or, conformément aux principes les plus simples de la moralité, nous soutenons, qu’une constitution naturelle de l'esprit qui le dispose infailliblement au mal et au mal seul, devrait l’absoudre de toute culpabilité, que donner l'existence dans de pareilles conditions prouverait une cruauté inexprimable; et que punir d’un. châtiment éternel le péché de cet enfant si malheureusement constitué, serait une injustice qu'on ne pourrait mettre en parallèle même avec le despotisme le plus implacable.

Ce système nous enseigne encore que Dieu choisit dans cette masse corrompue un certain nombre d'individus pour les sauver, et les arracher à la ruine commune, par une grâce spéciale; que les autres hommes, quoique privés de cette faveur parti-

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