AVERTISSEMENT
Nous réimprimons, après quelques années, un Tolume dont la destinée a été meilleure que nous n'aurions pensé. Quand ce livre parut, la grande orgie des intérêts matériels se prolongeait encore. Parler alors du droit et de ses principes, en vérité, ce ne pouvait être qu'une ironie, à moins que ce ne fût de la déraison. Si dans ces jours néfastes nous avons cependant trouvé des lecteurs, peutêtre nous est-il permis d'espérer que ce fruit de méditations consciencieuses aura conservé quelque attrait scientifique à une heure où la renaissance
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YI AVERTISSEMENT.
de Tesprit public parait inaugurer une ère nouvelle, et où le souffle de vie qui se ranime semble promettre des jours moins sombres à l'étude sincère et désintéressée.
Nos Principes du Droit sont un ouvrage didactique. Tout écrivain qui a pour objet d'enseigner doit choisir entre la méthode analytique et la méthode synthétique. Dans notre pensée, la synthèse, la déduction est la seule méthode qui convienne à l'exposition des sciences morales; c'est pour celleci que nous avons opté. Voici les raisons qui, dans le temps» ont déterminé notre choix.
L'analyse part de l'énoncé d'un problème pour remonter à la vérité générale sous l'empire de laquelle doit se placer la vérité particulière qu'on cherche. Étant donnés les trois côtés d'un triangle, le géomètre en cherche analytiquement le carré. Le naturaliste, le physicien, le chimiste n'avancent aussi que par cette voie. Toutes les sciences d'observation procèdent analytiquement depuis Bacon, parce qu'ayant pour principal objet de trouver ne loi naturelle inconnue, elles ne peuvent arriver
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ÂYERTISSEBOSNT. YII
à une conjecture fondée qu'en réduisant à ses éléments la difficulté particulière qu'elles ont entreprise, pour ensuite induire le général du particulier, par la force d'une croyance à l'universalité et à la permanence des lois de la nature, qu'aucun fait bien observé jusqu'ici n'a jamais ni contredite ni ébranlée.
Mais le moraliste ne procède pas ainsi. A la différence du savant, qui cherche une loi naturelle, et n'a plus, la loi trouvée, qu'à ranger sous la règle les faits particuliers d*où il est parti, le moraliste possède, saisit par intuition la loi morale, toujours certaine. Il n'a pas à la découvrir; elle brille de tout son éclat. Je connais le bien, le mal, le vrai, le juste en soi, ou je puis le connaître. Tandis que Newton n'arrive à la découverte de la loi de la gravitation qu'au dernier terme de ses efforts. Descartes pose ses principes au début même de sa philosophie. Les vérités premières de l'ordre moral se justifient par leur propre évidence. C'est par elles que le philosophe commence. Si donc j'ai à exposer les principes d'une des branches de la
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yni AYBRTISSEIUSNT.
science morale, c'est du principe général, certain pour moi, que je dois partir, pour en faire sortir toutes les vérités particulières qu'il contient ; autrement, à chercher par Tanalyse une vérité générale que je connais ou peux connaître par une voie plus directe, je cours le risque de m'égarer dans le circuit, ou de m'en faire une idée fausse.
Nous posons ainsi, comme une condition de bonne habitude pour l'esprit et de certitude dans les résultats, ce principe, qu'une science s'enseigne de la manière qu'elle se fait. Tonte autre méthode ne peut qu'en altérer le caractère et fausser le sens de celui qui s'y donne. Donc, aux sciences d'obgervation l'analyse, l'induction, parce qu'elles ont pour objet le monde extérieur, et que l'esprit y procède par mouvement de bas en haut; mais aux sciences morales la synthèse, la déduction, parce que l'homme en trouve les vérités premières en lui-même, et que la certitude, l'idée claire n'y brille qu'aux sommets les plus élevés.
Nous dirons peu de chose de cette nouvelle édi* tion. — Prendre sur soi de prophétiser ce qui sera
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Â.yBETISSBMBNT. IX
un jour n'est pas, eu général, un métier sûr. Le fluctuations de notre société moderne et l'oscillation du mouvement qui la pousse vers la liberté aujourd'hui, pour la ramener demain vers l'autoi rite, peuvent tro\d)ler le jugement du philosophe à de certaines heures et déconcerter ses prévisions. Qui ne sent cependant queTavenir est au droit, au droit individuel, à la justice sanctionnée, obligatoire pour tous, gouvernés et gouvernants? Nous y croyons personnellement de la même foi que nous croyons en Dieu. Confiant dans la puissance de cette sainte idée de la liberté, dont le spectacle encore récent des saturnales conservatrices n*était pas fait pour nous détacher^ nous reproduisons sans additions ni retranchements des doctrines qui nous ont valu quelques suflErages à un moment où les doctrines libérales n'encouraient guère que la défiance ou la réprobation. Mais nous ne nous sommes pas fait faute de corriger des détails de forme. Trop souvdht, hélas! des défaillances de plume pouvaient faire croire à des défaillances de la pensée. D'innombrables petites taches, de celles
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