AVANT-PROPOS
Je viens de faire un voyage purement forestier dans une partie de la S.iisse, en Alleniagnc , y compris le Tyrol et la Pologne, en Belgique, eu Hollande et dans une partie de l'Angleterre,
Le fait qui m'a le plus justement frappé, c'est, je Tavoue, le congrès annuel de tous les économes forestiers et agronomes de l'Allemagne , qui a eu lieu , l'année passée , à Brun en Moravie.
J'ai déjà eu occasion de parler de ces intéressantes et instructives réunions dans le journal la Presse ^ n" des 5 et 6 février dernier. Je disais alors et je répète aujourd'hui : « Un des caractères les plus saillants de ces assemblées , qui durent huit jours, où assistent , indépendamment des hommes spéciaux , tous les grands propriétaires de l'Allemagne , se manifeste dans l'hospitalité , dans l'accueil bienveillant , au delà de toute expression , prodigués aux étrangers. »
Je n'hésite pas à le reconnaître , ces congrès , d'une si grande utilité économique , institués sous la protection immédiate du pouvoir gouvernemental , premier intéressé à la prospérité du pays, conserveront leurs privilège et supériorité, grâce à la constitution politique delaconfédë-
ration germauiquc , et au naturel si émiocnimeol sérieux des peuples d'oulre-Rbin.
IVe pouvant entrer dans les particularités infinies d'un voyage — tout en éprouvant le besoin de me résumer — j'ai pensé qu'il n'y avait rien de mieux à faire que de reproduire 1rs principes de la vaste et utile science forestière , et de livrer au public le dernier ouvrage de M. Henri Cotta , monument admirable de clarté , de précision et do méthode.
Les doctrines de l'iilustre et vénérable patriarche de Tharand ont répondu complètement à mes idées j je suis heureux d'avoir pu les recueillir de sa bouche même dans cette douce et heureuse résidence qui renferme le célèbre institut royal forestier et agricole *.
Mon travail présentait une difficulté majeure prise de l'extrême concision et des mots composés du tfxte : je me suis attaché à les rendre avec le plus d'exactitude et de précision possible , au risque de conserver quelques tournures allemanfles.
Une traduction perd sa valeur du moment où l'attention du lecteur est arrêtée.
Partant de celte base , afin de rendre bien compréhensible la partie des chiffres , j'ai converti en valeurs françaises actuellement eu usage celles que j'ai trouvées dans ^original. Les mots allemands ont été conservés en lettres allemandes ; leur signification , pure et ancienne , est placée à la suite , et deux pareuthéses encadrent le tout ; les mesures en vigueur viennent après.
Pour opérer les réductions que je \dens d'indiquer , il
* r.a jolie ville tle Tharand est sitne'c «n Saxe , à deux niyrianiètrc* onviron de Dresde , dans une vallée charmante et pittoresque.
fallait d'abord trouver les valeurs premières, j'ai pui.^é à trois sources : 1° dans le Manuel mètrologique ^ ou Répertoire général des mesures , poids et monnaies , par Mallet frères (an X — 1802) ; 2° dans le Cambiste universel, ou Traite complet des changes, monnaies , poids et mesures, etc. , de toutes les nations commerçantes et de leurs colonies, rédigé par ordre du gouvernement anglais, par Kelli, — traduit et calculé eu unités françaises sur la deuxième édition. (2T. , 1823.) Je me suis procure ces deux traités à la bibliothèque royale de Paris ; 3° dans l'annuaire pour Tannée 1841 , présenté au roi par le bureau des longitudes.
Une objection grave m'a été faiîe : en matière forestière on lit peu en France,
Est-ce bien exact d'abord ? Il est permis d'en douter, et l'intérêt accordé à des œuvres fort distinguées sur cettematière réfute sans doute l'objection.
On remarque , an contraire , qu'il s'opère une réaction entièrement favorable aux études d'agriculture et à leur application : tout ce qui peut contribuer à leur développement doit être encouragé. Le livre classique de l'honorable Henri Cotla doit donc recevoir de vives et nombreuses sympathies j je me féliciterai d'avoir pu les exciter.
Je terminerai cette rapide exposition en rappelant le souhait formé par la conférence agricole de la chambre des députés. Le 14 mai 1841 , elle a arrêté pour cette année seize questions principales, au nombre desquelles figure, sous le n° 1 3 , celle qui nous a paru la plus importante :
(i Ne pourrait-on pas , au moyen de plantations sur « notre littoral maritime , le garantir des fréquents coups « de mer qui l'envahissent et le dévastent, l'assainir sur
« plusieurs points et se procurer ainsi des ressources im- « menses pour la combustion prochainement et dans l'a- « venir pour la marine 1 »
Qu'il me soit permis d'ajouter :
« Afin de ne pas être tributaire de l'étranger en ce qui concerne le bois servant à notre marine militaire et marchande , alors que nous possédons pour les trois quarts au moins de bois feuillus , ne devrait-on pas chercher à obtenir des essences résineuses et remplacer les premiers par les secondes, toutes les fois que le bois feuillu ne pourrait point être aménagé en futaie , ou toutes les fois que , n'importent la cause et la destination, les taillis de ce même bois feuillu ne donneraient qu'un faible produit^ soit en nature, soit en numéraire ! »
« Enfin ne conviendrait-il pas de tenter et d'effectuer des plantations dans les terrains vagues, incultes, dunes, landes, en un mot dans toutes les localités où l'agronomie n'a pu réussir ! »
Je me permets de soumettre ces observations à la sagesse et à la prévoyance de la haute administration.
Je dois exprimer ici mes remercîments à un jeune Allemand , mon ami, M. Ch.-L. Yogel , qui m'a secondé avec le zèle le plus empressé.
Si de mes travaux doivent ressortir quelques vues nou- velles , de judicieuses pratiques ; si notre belle et féconde France peut en retirer quelques avantages , sous le rapport de la richesse forestière , système , école à part , ma traduction aura pleinement atteint le but que je me suis essentiellement proposé en la publiant , et mes peines seront assez récompensées.
Paris, 2d juin isii.
Jules NOUGUIER.
PRËFACE.
Si l'on prend le rouap,e d'une montre par pièces séparées ei si l'on eu présente à une personne tous les morceaux pris isolément, cette personne, même avec la plus claire description, n'obtiendra, en aucune façon une juste notion des choses . soit partielles , soit générales de ia îuontre ; cette connaissance , en eftet , ne peut se produire que quand cette personne a vu d'abord toutes les parties convenablement c(>mbinées entre elles.
La même chose arrive avec toutes les sciences qui sont composées d'un ensemble nombreux de parties et surtout avec la science forestière. Tant qu'on ne sera pas encore arrivé avec cette dernière à un point de vue d'où l'on puisse apercevoir la généralité de ses principes, il sera difficile de la recueillir isolément avec clarté et de la comprendre comme il convient. Mais si on suit ce point de vue dans cet enseignement de la science forestière , toute chose apparaît alors distincte et, pour cette raison, sons un jour particulier; on a, de plus, premièrement une connaissance de la totalité, et on connaît, avant tout, à quoi sert chaque objet; d'ailleurs on saisit aussi plus facilement chaque chose en particulier, et on comprend et on désigne mieux la masse en général. En outre, dans les instituts d'enseignements forestiers, il est nécessaire, pour la plupart des étudiants , qu'ils entendent deux fois certaines instructions , parce qu'ils n'apprennent la première fois que ia manière d'étudier.
D'après ces motifs, on enseignait dans l'académie fores-
tière de ce pays des préceptes convenables , où les leçons isolées de la science forestière étaient systématiquement ordonnées et exposées dans im court espace de temps ; par là les étudiants étaient surtout conduits ici à ce point de vue , duquel ceux-ci pouvaient jeter les yeux sur toute l'étendue de la science.
En conséquence de cet ordre de choses , j'ai dû tracer une esquisse à donner à mes auditeurs pour leur servir de guide et de manuel ; et , comme la leçon de l'année précédente commençait l'enseignement , j'ai été obligé d'entreprendre immédiatement l'impression de ce précis, afin que, mon cours manuscrit sur cette matière étant achevé et imprimé , je pusse conserver toujours à peu près une seule et même marche. Toutefois la rédaction ne pouvait sans doute s'opérer qu'avec le loisir qui m'était nécessaire pour ce travad. Or, pendant l'hiver qui a précédé mon cours , une grave maladie, très-préjudiciable à cet écrit , m'a atteint ; aussi dois-je solliciter l'indulgence en ce qui concerne l'appréciation de cette première livraison.
Le but de ce petit ouvrage ne comporte pas naturellement un examen complet ou une instruction suffisamment entière des substances dont il traite ; mais il peut et doit être présenté partout uniquement , en tant qu'il est nécessaire pour donner de justes bases; je prie de ne point perdre de vue cette considération : personne ne peut et ne doit attendre de ce peu de lignes une étude sur tous les sujets qui y sont rapportés , mais seulement un coup d'œil rapide de chacun d'eux.
Tharand — Saxe — en septembre i8.3i.
Henri COTTA.