‹ Principles De GeologieChapitre 35 sur 159 · THÉORIE DE STRABON · texte numérisé non relu

THÉORIE DE STRABON

pas, » ditStrabon, « parce que les terres couvertes par les mers furent originairement de hauteurs différentes, que les eaux se sont ou élevées, ou abaissées, ou retirées de certains lieux pour en inonder d’autres : la vraie raison de ces divers phénomènes est que la même terre tantôt s’élève et tantôt se déprime; et que la mer, obligée de suivre ces divers mouvements, tantôt franchit ses bornes, et tantôt rentre dans ses limites. C'est donc au sol qüe doit être attribuée la cause dont il s’agit : soit à ce sol qui forme le fond de la mer, soit à celui qu’elle inonde parfois; le premier, néanmoins, étant, à cause de son humidité , plus mobile que l’autre , on conçoit aisément qu'il doive être sujet à des altérations plus promptes, et jouer un plus grand rôle dans l’accomplissement des phénomènes (*). Il convient, ajoute encore Strabon, de tirer nos explications de

O « Quoi! enim hoc aitollitur aut subsidit, et vel inundat quædam loca, vel ab iis reccdit, ejus rei causa non est, quôd alia aliis sola humiliova sint aut altiora; sed quôd idem solum modô attollitur modo deprimilur, simulquc etiam modo atlollitur modô deprimilur mare; itaque vel exundatvel in suum redit locum. »

Postea.p 88. «Restât, ut causam adscribamus solo, sivc quôd mari subest sive quôd inundatur; potiùs tamen ci quôd mari subest. Hgc enim multô est mobiliùs, et quôd ob humi- , ditatem celeriùs mutari possit » (Strabon , Geog. edit. Almelov. Amst. 1707, lib. I.)

VO TUÉOBIE DE STBABON. (livre i,

choses qui totnbent sous les sens , et qui, telles que les déluges, les tremblements de terre, les éruptions volcaniques (*) et les soulèvements spontanés de terrains sous-marins, se reproduisent en quelque sorte tous les jours. Cette dernière circonstance entraîne nécessairement avec elle le soulèvement de la mer; de même que le phénomène opposé, c’est-à-dire, l'affaissement nouveau des mêmes terres occasionne de nouveau sa dépression. Il ne faut pas croire que les petites îles soient seules susceptibles de participer au soulèvement et à l’abaissement de la mer : les grandes îles et les continents sont également sujets à ce double mouvement, qui se manifeste indifféremment à l’égard de grandes et de petites étendues de terrain. Ainsi , par exemple, on a vu quelquefois des habitations et des villes entières , telles que Bure, Byzona et plusieurs autres, être englouties par des tremblements de terre.»

Ailleurs, en faisant allusion à cette tradition que la Sicile a été séparée de l’Italie par une cause violente, le savant géographe observe que depuis que dans ces régions , le feu , les matières ignées et l’eau ont trouvé des orifices qui leur servent d issue , le sol voisin de la mer n’est que très-rarement ébranlé par

(') Eruptions volcaniques , eruptiones flaluum, dans la traduction latine, et dans l'original grec, avayu»» ,/zata, éruptions gazeuses? ou bour souffle ment s de terre? (Ibid., p. 93.)

CH AP. II

THÉORIE DE STRABOX.

des secousses souterraines; tandis qu’autrefois, lorsque les volcans de l’Etna, des lies de Lipari, d’ischia, et plusieurs autres, n’avaient point encore d’ouvertures, le feu et l’air comprimés devaient, suivant toute probabilité, produire des efTets bien plus violents (*). Ce passage de Strabon nous prouve que ce n’est pas une doctrine nouvelle que celle qui porte à considérer les volcans comme des soupapes de sûreté, et à croire que les convulsions souterraines qui précèdent ou accompagnent les premières éruptions d’un volcan , sont incomparablement plus terribles que celles qui peuvent avoir lieu lorsqu’une fois les orifices de ce même volcan sont bien établis.

Un autre passage du même auteur (**) nous apprend qu’il était de dogme parmi les Druides, que l’univers est immortel, et destiné à survivre à des catastrophes occasionnées par l’eau et par le feu. On ne saurait douter que cette doctrine, ainsi que la plupart des connaissances que possédaient les prêtres de la Gaule, ne leur aient été transmises par les peuples de l’Orient. César dit qu'ils faisaient usage de lettres grecques dans leurs calculs arithmétiques (”*).

Pline. — Ce philosophe n’avait point d’opinions théo-

(*) Slrabon , lib. VI, p. 396.

(”) Strabon, liv. IV.

(•") Strabon, liv. VI, cb. xm.

i*2 Connaissances des anciens, (livre i,

riques, à lui personnelles, touchant les changements qui s’accomplissent à la surface de la terre. Sur ce sujet, comme sur tous ceux dont il a fait mention dans ses ouvrages, il s’est borné à jouer le simple rôle de compilateur, ne se donnant pas plus la peine de discuter les faits qu’il a rapportés, que de les citer avec ordre. Toutefois, l’énumératioi? qu’il nous a laissée des Iles nouvelles qui s’étaient formées dans la Méditerranée, ainsi que de plusieurs autres révolutions naturelles , montre que les anciens avaient su observer les changements qui, de mémoire d’homme, s’étaient produits à la surface du globe.

Telles semblent être les opinions qui, avant l’ère chrétienne , prévalaient à l’égard des révolutions anciennes de notre planète. Quoique aucune recherche particulière n’eût été faite dans le but exprès d’interpréter les vestiges des changements passés , ces vestiges étaient trop évidents , trop palpables , pour qu’il pût être possible de ne point les remarquer; de plus, l’observation des phénomènes présentait trop de preuves des changements continuels qui s’opèrent sur la terre, pour qu'il fût permis aux philosophes de croire que la Nature était dans un état de repos, ou que la surface du globe n’avait jamais subi et ne subirait jamais de changements. Mais ces mêmes observateurs n’avaient pas comparé attentivement les résultats des actions destructrices et reproductrices

f.HAP. H.) CONNAISSANCES DES ANCIENS. 43

des temps modernes , avec les résultats des causes qui agirent dans les temps anciens; ils ne s’étaient même jamais avancés jusqu’à faire la moindre conjecture sur l’ancienneté relative soit de la race humaine, soit des espèces d’animaux et de plantes qui vivaient de leur temps, et des espèces qui avaient appartenu à l’ancien monde organique. A grands frais d’application et de travail, ils étudièrent les mouvements et les positions des corps célestes , et acquirent quelques connaissances sur les trois règnes de la Nature; mais l’histoire ancienne du globe, quoique écrite en caractères aussi frappants qu’imposants, était restée pour eux comme un livre scellé dont ils ignoraient jusqu’à l’existence.

(livre i ,

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