‹ Probleme Du StyleChapitre 12 sur 13 · TEXTE PUBLIÉ PAR M™" MICHELET · texte numérisé non relu

TEXTE PUBLIÉ PAR M™" MICHELET

Journal de mes idées.

Èq 1818, la licence.

Mais toiil en la préparant, j'esquissais le pian d'un livre qui aiirait BU pour titre : Essais littéraires sur les his^ toriens latins.

■Jàurriid de mes idées.

Est-ce tout? Pas enfcore. Je vois qii'ën juin iious Avions

NÔtiiS È* CdMlifeNtAIllES ^'^3

nous (promîmes d'êtr'é Universels. »

Ên iin seul mois, Michelet a lu.... Suit une longue liste où M. Ciaretie amalgame les lectures de juin 1818 et de juin48i9.Une seule citation :

« Horace (en deux fois, ditil). »

« En I821j je conçus l'idée de deux hotivelles, celle du Grochéteur ; un peu i-ess'emblailte à VErnestiné de Mme Riccobini, ét celle des Deûx prisonniers de Cohàianiinople. J'emprisonnais dans le temps des premiers massacres un Français et une Grecque. Je trouvais aussi, plus dans moh ctEur que dans mon esprit, le besoin de faire un livre sur les Moyens d'améliorer le sort des femmes .

Enfin j'eus dans l'esprit, de faire VÏIis Loire d'une goatte d'eau, et je crois qUe jè vais faire cette folie. Pour celle année (1822), j'ai esquissé le jalaii

foî-mé ràiidàoieux Jjrôjel dé fonder ilné reuitè. C'est-âdir'e i^t, sahs rieii savtiîri nous houâ pi'ômeltibns d'êtte universels (1).

Liste de mes Iccta'rës, i818, juin.

Horace, en deux fois (avec Pry. et Ed. P.)

Mon journal.

(28 avril).

. . . Ecrire une nouvelle serait le plus facile. J'en ai toujours au printemps la tentation. Là, du moins, je pourrais faire la part du cœur, et mettre tous les évcnemcnls du passé, si doux au souvenir — malgré leur tristesse — que je m'oublie à les savourer.

Mon roman scraiL à peu près celui à'Ernestine : aimer, adopter, respecter. Mais pour faire comme Clémengis...

(i) C'était sans doute un jonrrial, puisque Michelet ajoute : « La Renommée, qui pariiissait sous les auspices de Benjamin Constant, hotis refroidit et nèiis àri-êiii ÎFort heureusement. » Or, la Renommée élait un jonrnàl.

LE PROBLÈMB D0 STYLE

d'un Essai sur la culture de l'homme. Je réserve cela pour mes vieux jours, ainsi qu'une Histoire philosophique du christianisme où l'on tâcherait de voir ce qui est à conserver. »

Journal de mes idées.

■mi

... A la fin de l'année, une circonstance particulière me fait trouver dans mon cœur, plus que dans mon esprit, le besoin de faire un livre où je chercherais les moyens d'améliorer le sort des femmes.

Mon journal

1er septembre — ... Lefebvre vient de nous faire ses adieux. En écoutant tomber la pluie, je lui disais tout le parti que lui, chimiste, pourrait tirer de ce beau titre :

Histoire d'une goutte d'eaa.

Après le concours, je ferai peut-être cette folie...

Journal de mes idées.

Au commencement de cette année, j'ai esquissé le plan d'un essai sur la culture de l'homme. Pour faire un livre utile, il y faudrait plus d'expérience. Je réserve cela pour mes vieux jours, ainsi qu'une Histoire philosophique du christianisme, déjà mise sur le métier en 1819 — où l'on tâcherait de voir ce qu'il y a à conserver.

NOTES ET GOMMENTAIIIES

Il écrit alors — et la page est belle — et déjà ce Michelet presque encore adolescent, juvénile tout au moins, est, dans ce morceau, le Michelet des grands jours :

« 1821. C'était au temps où je commençais mes études anatomiques ; j'avais déjà vaincu la répugnance qu'inspire la mort à tous les êtres vivants. Mais la même sensibilité qui m'avait fait embrasser l'état où l'on sert le plus directement les hommes me rendait plus pénible qu'à bien d'autres les études indispensables pour apprendreàl' exercer. Je ne pouvais, surtout, sans horreur, enfoncer le fer dans un corps encore tout organisé, tout semblable au mien; il me semblait toujours commettre un meurtre.

« Un jour des plus noirs de décembre, je me rendis de bonne heure à l'amphithéâtre ; il n'y avait personne encore ; il fallut attendre. [Il faisait A peine jour et l'on ne pouvait lire) (effacé). Je m'approchai machinalement du corps que nous allions dépecer. C'était, autant que je pus distinguer, une femme d'environ vingt-cinq ans, A travers la mort je crus voir les

Mon journal.

15 décembre. — Je suis allé aujourd'hui faire mou journal au Père-Lachaise^ près de la tombe de mon ami (Poinsot)... J'avais emporté son précieux carnet qui ne me quitte guère... Au lieu d'écrire mon journal, je me suis mis à copier le sien, du moins une des pages où son âme se révèle dans son élévation morale et son exquise sensibilité. La voici :

« C'était le temps où je commençais à m'intéresser aux études anatomiques...

LE pkOBLiÈkE DU STyLÈ

restes d'une éclatante beauté.

Ses longs cheveux blonds tombaient de la tablé â terre et balayaient les dales (sic) de l'amphithéâtre , toat [le corps était (effacé). Ces membres si délicats sur ce marbre glace, cela me blessai je m'assis eu face du cadavre et je me livrai tristement à mes réflexions : « Pauvre malheureuse, me disais-je en moi-même , est-il possible qu'aucune amie n'ait protégé tes restes? Toute nue, âbandonnée sur le marbré d'un amphithéâtre. Livrée aux regards d'iine foule dë jeunes gens, dont les yeux vont violer tout ce que la pudeur cachait. Encore une demi-heure et le chei-d'œuvre de la nature n'offrira plus entre leurs mains que d'horribles lambeaux! Hier, sans doute, les hommes t'adoraient , ils te promettaient l'amour pour obtenir de toi le plaisir... Oh!

combien cette figure douce promettait de bonheur à celui qui t'aurait aimée ; mais, je le vois à ces mains délicates que le travail a endurcies, personne ne t'a protégée ; lu as vécu, tu es morte dans la misère, seule. Ah! si je t'avais vue un peu plus tôt. . .

NOtÉS ÈT CÔijHÎSNi'AIRES

Au moins tu sèi-às plailllé iihé t fois ! » j

« Lès deux textes diïï'èreni sensiblemeiit. Celui de M. Claretie est manifestement le vrai; celui du livre imprimé a été atténué^ affadi. Même s'il n'est pas de Michelet, le passage a son intérêt; il l'a d'ailleurs retciuché, animé, coloré, cela est évident (i).Dans le yolumej il se termine par un à-coup de mélodrame. La dissection commence. Au premier coup de scalpel, rien ne boug-e; au second coup, un mince filet de sang' se mfet à couler. On redresse le cadavre: un râle sort de sâ poitrine. (J Noiis étions en train de disséquer une femme vivante (2). »

(i) Cette impression est singulièrement confirmée par ]a note de M. Claretie, citée pins loin : «... Ce passage relatif à la dissection. 11 est tout entier de l'écriture de Michelet et même (je l'ai dit) plein de corrections, de ralares. » Poinsot (on a quel((uc3 lettres de lui) n'était pas capable de cette Yiolente esquisse. Alors? Un doute me vient. M"» Michelet n'aurait-elle pas introduit làPoinsot par pudeur, par bienséance? Quoi que dise si péremptoirement 61, Monod dans sa lettre (voir la note suivante), Michelet avait fait de l'anatomie ; s'il n'avait disséqué lui-même, il avait assisté à des dissections. Mme Michelet le constate elle-même dans une note (7I/on Journalj page io3). Je me soumets aux décisions Tdu manuscrit ; mais je ne Serais pas surpris que l'aventure fût personnelle à Michelet et de lui tout le récit; Poinsot serait une gaze. M"" Michelet aimait beaucoup à voiler.

(a) Le Temps du aa mars a publié la lettre et la note suivantes :

19 ihars igdi .

« Mon cher Directeur,

« PfcrmëUez-mrii de rectifier une eri'èur qui s'est glissée dans le ttcs iilti'ressant article dé M. J. Claretie siir Michelet, pain dâtis le Teiiips du itj mars.

S Le beau bidi-cëàlt sUr la sallfe dissEbtiëii oti liiie belle jeiioe femme est livrée aux regards des carabins n'est pas de Michclët, qui n'a jairiais fait d'études jnédicales, mais de son ami Poinsot.

« Soulignons les principales diverg'ences :

Je m'approchai machinalement du corps que nous allions dépecer...

A travers la mort, je crus voir le reste d'une éclatante beauté...

Les longs cheveux blonds tombaient de la table à terre et balayaient les dalles de l'amphithéâtre. . .

Ces membres si délicats sur

Je m'approche de la table de marbre où était le cadavre tout prêt pour la leçon d'anatomie...

Le visage était noble et pur.

De longs cheveux châtains, épars autour d'elle, balayaient les dalles...

Je fus blessé de voir ces

M. (Jlaretie n'a pas donné la fin du morceau, que l'on trouvera dans le volume des œuvres de Michelel, intitulé; âfon Journal. Cette fin est effroyable : la morte n'était qu'en létliargie, et on s'aperçut au second coup de scalpel qu'on était en train de disséquer une femme vivante.

« Veuillez agréer l'expression de mes meilleurs sentiments.

« Gabriel Monod, « de l'Institut. »

M. Gabriel Monod a raison ; je n'a-.ais pas rouvert le volume de Mon Journal, lorsque je notais, dans les papiers de Michelet déposés à Carnavalet par mon éminent confrère et si obligeamment mis à ma disposition par M. Georges Gain, ce passage relatif à la dissection. Il est tout entier de l'écriture de Michelet et même (je l'ai dit), plein de corrections, de ratures.

« J'aurais pu lire dans Mon Journal ces lignes de Michelet où, parlant de Poinsot, le futur historien nous dit : « Au lieu d'écrire mon journal, je me suis mis à copier le sien, du moins une des pages où son âme se révèle dans son élévation morale et son exquise sensibilité. »

« Suit (page 281) le morceau dont parle M. Gabriel Monod.

« J'ai pris la copie pour l'original. L'écriture de Michelet en est cause. Il n'y a donc pas lieu toujours de croire aux autographes.

« Le reste, du moins, est du Michelet authentique, et de l'excellent Michelet. »

NOTES ET eOMMENTAIRES

ce marbre glacé , cela me blessa...

« Pauvre malheureuse, me disais-je en moi-même, est-il possible qu'aucune amie n'ait protégé tes restes ? Toute nue abandonnée sui- le marbre d'un anipliithéâtrc, livrée aux regards d'une foule de jeunes gens, dont les yeux vont violer tout ce que la pudeur cachait. Encore une demiheure et le chef-d'œuvre de la nature n'offrira plus entre leurs mains que d'horribles lambeaux !.. . »

Projets d'articles, dit-il :

Les Moniteurs de igoo.

De lagarde nationale seule barrière pour l'Europe contre le grand empire du Nord.

Projets de livres cités par M. Claretie :

Histoire de la litlératare grecque, huit à dix volumes (conseil de M. Villemain) ;

Les Amours;

Les sept Dormants ; Philosophie des livres populaires;

membres délicats ainsi exposés sans protection et sans voiles sur ce nlarbre glacé...

Personne,ni mère, ni sœur, ne l'avait donc assistée, personne n'était venu réclamer ses pauvres restes ? Une folle jeunesse allait s'en emparer pour en faire brutalement un amas de chairs informes...

(Ces deux titres manquent dans la liste, beaucoup plus longue, donnée par le texte imprimé. Ces articles étaient destinés au journal projeté dont il a été question plus haut.)

(On ne retrouve aucune mention de ces projets, ni dans Mon journal, ni dans Journal de mes idées. Il est question (16 mars 1828) d'une Encyclopédie des chants populaires.)

300 LE PaOBLÊME Dli StYLË

iSalàii.— Séèrbyâht égal à ÎDieu en Ûïbii. D'abord furieux, ^fiCbntaiiil'hist'dirëasa manière, petià péti pâlissant.

11 faudi-ait 1b Inoiitrer diminuant chaque j odr, se, sentant plus innocent qu'il ne croit et s'absôt'bant fen Dieu dont il n'est qu'une forme... Prométhéi3, c'est le Satan de Miltbii.

A la fois l'homme et le Dieu. »

Je rencontre encore dans ces notes — dont la publication est, je pense, une bonne fortune pour les lecteurs du Temps, cette ligne si puissammeUt suggestive :

L'hisibirè de là 'civilisation rëirottvée dans lés langues.

(Développé eii dtlë page entière dans le volume : [J'ouPnal de mes idées, mai 182S.)

Sur d'autres bouts de papiers :

(t L'art de faire le biénj petit essai moral dans la manière de Franklin. »

(Cette ligne est commentée en plusieurs pages ; dans Journal de mes idées, d'abord en septembre I8'19j puis en 1821 : « Je revins avec un réel plaisir ëii livt'e qiie j'avais voulu faire en 1819 :

Caractère des peuples trouvé dans l'ènr vocabulaire . . .

Aujdurd'liui mûme', j'ài modifié... le titre du livre et je préférerais celui-ci : Histoire des mœurs des peuples trouvée dans leur vocabulaire. »

Le développement du plan lient dix pages.

(Après une anecdote sur un pauvre, Miohelet con Linue :)

(Mon Journal, 29 août 1820) :

(( Je reviens d'autant phis volontiers à l'idée d'un petit livre qui aurait pour titre l'Art de faire le bien, Si ce qu'on

NOTES ET COMMENTAIRES

3oi

« 8, dimanche, écrit Michelet. — L'activité singulière que je iUë seoà pour acqUëtir ili'ôté toute celle tjue j'avais cet été pour employèr. J'ëprouVé à peu près là mêmfe chose à réttti-ëfe dë chaque hiver. Les mêmes dispOsîtiijhs rèviehiiënt assez périodiquement eii moi chaque année. Je .pourrais me faire d'avance un calendrier : au printemps l'amour së réveille (l'ambur moral) ; vèrs la fin cta prini'efnps j'etitr'ê en rut; pendant tout Ce têrhps je voudrais êtrë poètëj ét, pour m'ën dédomiliagër, je dëckme eh prosë. A riiëstlre que la saison s'avance je pense InûinS à irioi et aux miënsi pliis â l'humaiiité en génëràl ; j'ai toiijôutS qtiëlqile grand ptojet d'ouvrage utile ; v6rs l'automne je ne pëtisë pliis gilêfé, rtiàis j'ai graiide erivie dé savoir ïi'iillporte quoi; j'ëiiibfîfsâe drdiiiaitëinéiit alors

dit de Franklin est vraij ce serait bien là mon héros. Foret voudrait que ce fût l'introduction d'un grand ouvrage qu'il intitulerait : VArt de diriger le plus utilement les facultés morales. Je préférerais ce titre court : Des vertus actives.

M'ûii Jottrà'àl

(5 novembre). — • ... Ëii

m'exaiiiinant, je troiivë que j'ai repris une activité singulière pour acquérir. Mais j'ai perdu l'ingéiiieux Besoin quë j'avais, cët été, d'employer mes provisions à écrire dil livre. Maintëhâilt jë ii'en Éli pliis atibiiné envië; il iiië semble iiiêmë (jiie je n'aurais rien à dire. Ces mêmes dispositions d'esprit reviennent périodiquement avec les mêmes changements de saisons.

Aussi pourrais-je tous les ans faire d'avance mon calendrier.

Au premier printemps l'amont' idéal se Hveill'e, il dévient passion aà paséagé du prinienips â l'été, aloi'sjë voudt-ais être poète...

(J'arrête ici là cotifrcjntëi tidri. CompàrbîiS cfettë derniêrë (jhrdse aveô lé tëitë ccipîë stir le manuscrit par

une foule d'études diverses.

Et vers le milieu de l'hiver mon imagination est si bas que, si j'y voyais quelque chose à gagner, je serais volontiers traducteur, commentateur, compilateur.

J'accepterai donc l'offre de M, Leclerc. Je traduirai dans cette saison de sommeil le traité des Biens et des Maux. »

Il est poète et il renonce à faire des vers :

(c 1821, 33 avril. Dimanche^ Pâques. — J'essayai de faire des vers ; impossible.

J'étais trop sensible au physique dans ce délicieux jour de printemps pour être capable d'aucun travail suivi. Seulement j'achevai l'éloge que Thucydide fait de Périclès. »

M. Clarelie cite un passage daté du 28 septembre (1820) ; Michelet raconte une promenade à Gharenton, par le bois de Vincennes :

(c 28 septembre. — Sorti du cimetière, je poursuivis le long du boulevard l'Jiistoire

M. Claretie : a Aa printemps, l'amour se réveille {l'amour moral) ; vers la fin da printemps, j'entre en rut... »

(A cette date, dans Mon Journal, dissertation d'une page sur « le réveil universel ds la nature ». L'un des textes est un. abrégé ou une amplification de l'autre. Ceci seulement rappelle la citation de M. Claretie :)

« Mon esprit, dès le matin , était comme tiré hors de moi.

Pourtant, j'ai voulu, avant de partir, faire aussi mes Pâques à ma manière. Travailler, n'est-ce pas prier?... Je me suis donc mis vertueusement à traduire l'éloge que Thucydide fait de Périclès. »

Dans Mon journal, publié par M-ne Michelet, il n'y a pas de 28 septembre 1820, On trouve ceci à la date du 21 septembre :

« J'eus bien de la peine à mener jusqu'au bout l'histoire sanglante des Rois,,. Tobiç

NOTES EX COMMENTAIRES

sanglante des Rois des juifs et j'eus bien de la peine à les achever.

Je voulais aller à Gharentoii et pour cela je pris Saint- Mandé et le bois de Vincennés en dedans. A la porto du.

bois je vis une très grande et belle jeune paysanne, qui sauta lestement d'une charrette et, se renversant en arrière avec une grâce mâle, chargea sur ses épaules un énorme sac de grain. Elle eut beau m'étaler ses appas, rien ne put m'arrêter. Il faut avouer que j'avais un motif de plus qu'à l'ordinaire de fuir.

Ce motif était bien misérable, c'est qu'avee ma cravate, mon gilet noir et ma redingote brune, je croyais qu'on me prenait pour un abbé.

Un peu avant Charenton, j'avais devant moi deux campagnardes, dont l'une, jeuno) portant un enfant. Je m'arrêtai pour demander mon chemin à un homme et on tournant la rue je vois ma jeune nourrice, accroupie à terre, et laissant voir la plus grosse gorge qu'on puisse imaginer.

Je crus que mon apparition subite embarrasserait beaucoup cette pauvre femme, et je me détournai, moins par

m'a dédommagé des Rois. »

De l'anecdote ingénue si singulièrement encadrée dans cette lecture biblique, pas un mot.

Lk PROiBLiÈMË DU STyLe

pudiete qûiê pàT huhiàuité.

Puis> je contiiitlâi iiion teheihin et je la passai. Ne Vôîlàt-il pas mon effroiûtée qui m'appelle, en riant sans doute de ma niaiserie, et qui me demande l'heure? Je n'osai pas la refjarder en face et lui dis l'heure sans me retourner.

Je côtoyai un peu la Seine sous les beaux peupliers qui la couvrent, et par un chemin de traverse regagnai la barrière du Trône en lisant Tobie, qui me dédommagea un peu de l'horrible histoire des Rois que je venais de finir. »

Encore ceci, pour montrer le désaccord des deux textes dans les passages les moins faits, semble-t-il, pour être altérés :

De M. Claretie :

Jeudi, 8 juin 1820, écrit Michelct, c'est hier que Lovivel est mort, devant un peuple indifférent, qui ne semblait amené que pur la curiosité.

Quoique dans son interrogatoire il ait dit que Dieu, n'est qa'un mot, il a, dit-on, conféré avec l'aumônier de la prison qui l'a accompagné à l'échafaud. Il y a monté avec une extrême légèreté. L'en-

Mo^ï JûurïiàL

ma

Mércredi 7. — • Ldtivél viéïit d'être exécuté. Il est mort devant un peuple indifl'érent avec une extrêiiie fermeté .

Li'eiilfaousiasme d'un principe, ([Uelles que soient les consé- (jucnces qu'on en tire, a quelque chose de grand. Lbuvel a vengé Ney; »

NOIES ET COiaMËSÏÀmES

thousîasme d'un principe, quelles que soient les conséquences qu'on en tire, a quelque chose de grand. »

« La cdnclusion sei'a brève, et presque affirmalivé :

« Si les citations de M. Glaretie sont exactes, et décidément elles le paraissent, les œuvres posthumes de Michelet, telles que publiées par sa veuve, peuvent passer poui' apocryphes. Mm" Michelet s'est servie des cahiers de son mari comme d'un brouillon qu'elle a corrigé, amé" îioré, allong-é, accûurci, dénaturé. Si les manuscrits exiistent encore, qu'on les publie; mais il est impossiblé désormais de faire état des publications attribuées à Michelet sous ces tibes : Ma Jeunesse, Mon Journal, Journal âe mes idées.

« Une veuve a sur les œuvres de son inari les drôits d'uh bibliotiiécaire sur lès livres et les manuscrits qu'il garde; elle n'en a pas d'autres. Il faudrait surveiller les Veuves ; elles se font dangereuses .

« M. Glaretie pourrait bien avoir raison. L'étude qu'il vient de nous donner est une bonne fortune, et non seulement pour quelques lecteurs privilégiés, mais pour tous les lettrés, pour tous Ceux qui aiment à boire leur viri pui", à ne pas lire, au lieu des phrases d'un jeune écrivain dé génie, les rêveries d'uiie vieille et honorable écolière. »

Dans une note publiée par l' Intermédiaire du 22 juin 1901, M. Glaretie confirma l'exactitude de sa copie faite sut les autographes. G'était évident.

Le Plagiat. — Voici quelques notes et anecdotes sur le plag-iat, tirées d'un article récent {la Dépêche, 1 4 juillet) :

« C'est une bonne besogne, au contraire, de dénoncer les plagiats, réels. Il est permis d'imiter, il est permis d'emprunter des documents, de s'assimiler des idées ; quand on va plus loin, c'est le plagiat, c'est le vol. De grands poètes. Corneille, Molière, Racine, Victor Hugo, n'ont pas dédaigné l'emprunt, et môme ils ne l'ont pas toujours assez dissimulé. Balzac, avant de trouver dans le réalisme sa véritable voie, imita beaucoup les romans populaires anglais. Alexandre Dumas alla plus loin : ses premiers drames sont faits de pièces et de morceaux pris à droite et à gauche, cousus avec une suprême adresse. Mais ce n'est pas encore le plagiat. L'histoire suivante, qui est fort agréable, montrera ce que c'est quele plagiat véritable :

« Le 10 octobre i84i, la Presse, alors un des grands journaux de Paris, commença la publication d'un nouveau feuilleton, le Val funeste, épisodes, disait le publicateur, Courchamps, tirés des mémoires inédits de Cagliostro. Le comte de Courchamps, de son vrai nom Gousen, était un aventurier qui avait fait tous les métiers, même celui de valet de chambre. Vers i83o, il avait publié les Souvenirs de la marquise de Gréqui, souvenirs fort amusants, quoique apocryphes. Courchamps les avait-il rédigés lui-même? C'est peu proba-

NOTES BT COMMENTAIRES Soj

ble, car il n'avait aucun talent. Enfin, ils sont de quelqu'un, et de quelqu'un d'assez sagacc en histoire et do fort spirituel. Ces souvenirs avaient fait à Courchamps une réputation équivoque, mais une réputation, et on croyait volontiers qu'il détenait toutes sortes de papiers inédits et curieux. La Presse entama donc le Val funeste. C'était romantique à souhait, et le succès se dessinait, lorsqu'une note inquiétante parut dans le National. On y affirmait que le Val funeste était presque littéralement copié dans un roman du comte Potocki, Alphonse van Worden, La note était catég-orique, mais trop longue ; de plus, elle affirmait sans preuves. La Presse répliqua donc que, confiante dans les affirmations répétées de M. de Courchamps, elle maintenait l'authenticité de sa publication. Avec un aplomb extraordinaire, Courchamps joig'nait sa protestation indig'née à celle du journal. Dès le lendemain, le National répliqua par un coup droit : il publia lui-même, en feuilleton, la suite du roman prétendu inédit que donnait la Presse. On s'amusa beaucoup dans les cafés et les deux journaux eurent, ce jour-là, un succès considérable. On les demandait par couple et on confrontait avec étonnement les deux feuilletons aux textes identiques. Le Val funeste devint nécessairement dans toutes les bouches « le vol funeste », et la Presse exécuta Courchamps. Le plagiat avait été découvert par un collaborateur du National, homme érudit, qui a publié des livres intéressants, Charles Romey.

« Le plag'iat n'est certainement pas rare, mais il est rarement découvert au moment opportun. Quand il s'a-

LE PROaLÈMt; DU STÏLE

git d'œuvres incpnniies, 1$ hasard, seul peut mettre sur la trace du vol. Charles Romey raconte que c'est bien fortuitement qu'il trouva chez un bouquiniste du quai Yoltaire le roma,n du conite Potocki ; mais il fallut encore qu'il eût lu les feuilletons do la Presse ctqu'ileiit la curiosité d'entr'ouvrir le volurne qui lui tombait sous la main, au milieu de cent autres. Je ne dis pas celapour encourag'er les plagiaires. C'est le hasard qui les dénonce, ma,is, comme Allah, le hasard est grand. Le plagiat ne tient pas une grande place deiRS l'histoire littéraire, parce que cela se passe généralement entre écrivains d'une importance fort médiocre. On trouve cependant des noms cpni^us dans la liste des plagiaires ; on y trouve jnsqu'à Ignace do Loyola, qui vola ses fameux Exei'cices spirituels, tant vantés par M. Barrés, à un certain Çisnejius, abbé de îtfontserrat. On y trouve Machiavel, qui s'appropria des aphorisrnes de Plutarque, dont il possédait un manuscritunique. On y trouve l'exemplaire madame de Genlis, dont la fraude n'alla pas loin, car sç.n, éditeur s'en aperçut et fit un procès à ce délicat professeur de morale. Qn y trouve enfin M. François Coppée, qui s'amusa un jour à rédiger un poème touchant, le iVaByrag^e, emprunté presque mot pour mot à la description d'un naufrage par Alexandre Dumas dans Monte-Cristo. Mais M. Coppée se donnait au moins la peine d'adapter des rimes à la prose du romancier, et d'y rnénager des césures. Cela rentre plutôt dans les emprunts, si fréquents jadis et même si recommandés. Shakespeare ne s'est pas privé de traduire en vers les pensées de Montaigne qui lui plaisaient, et le beau poème de Victor Hugo, dans les Contemplations,

Mqtes bt commentairès

« ÇharlejÇQ^g'ne, erapereurà la barbe flevirie »., est pris, presque mot pour mot, dans, la traduction d'une ancienne çhanson de gestç publiée par Pa,ulin Paris dans le Musée des familles.- Les plagitits de ce genre sont malheureuseiïieni, des plus r£s,res : pour les bien réussir, il faut un certain g^nie. »

Ve mnet et la prononciation da vers ? — En 1907, on a prié l'auteur de dire son avis sur cette question de Fe muet, toujours ouverte. Il a répondu :

« Les « embarras de la poésie française » viennent du désaccord qui s'est accentué avec les siècles entré la pronpflcisttion çt l'écriture, entre la lang^ue parlée, qui est parlée plus ou nioins instinctivement, avec l'oreille pour guide, et la langue récitée ou déclamée, qui se modèle sur l'écriture, dont le guide est l'œil.

« L'embarras est probablement inextricable, et il faut petit-êtrç l'accepter comme un fait.

« 1° L'e muet semble avoir totalement disparu de la langue parlée, même après des groupes de consonnes où il semble indispensable ; des groupes de sons comme : c'esÉ le peuple français, c'est le peuple belge, se proaoucent très bien sans aucun e muet. Cependant on reconnaît voloptiers qu'une telle prononciation manque d'élégance : et, d'autre part, dès que l'on prend un ton soutenu, déclamatoire ou seulement très affirmatif, on fera sentir toutes les muettes dans les exemples qui vienàl^^e, cités. D'autre p§rt, il est inipossible de pro-

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noncei^ sans une affectation ridicule, aucune muette dans : Une belle femme blonde. Ce gToupe ne donne que quatre syllabes. Il est d'ailleurs peu harmonieux et j'avoue que le vers ou le demi-vers : Une belle femme blonde chantait, serait fort déplaisant. Mais pourquoi? je pense que la cause n'est pas dans la suppression des e muets, puisque ces e sont imprononçables. Elle est dans l'accumulation de trois consonnes sonores à la suite l'une l'autre, n, l, m, d. Si nous avions : Et la femme qui chantait, \a. période de six syllabes serait irréprochable. Cela n'empêche pas que beaucoup de poètes, que presque tout auditeur, trouveraient sept syllabes, là où je n'en vois que six. D'autre part, je ne serai point choqué si on me donne pour vers de six syllabes le groupe : La femme qui chantait, encore que, certainement, il n'en contienne que cinq. C'est qu'un souvenir graphique vient se mêler à mon impression musicale. J'entends cinq et je compte six, parce que je sais l'orthographe. Il sera sans doute arrivé aussi que le récitateur, ne pouvant décemment prononcer \'e muet final de /emme, puisqu'il n'existe pas, aura subtilement appuyé la voix sur la première syllabe du mot. Ne pouvant donner deux noires, il donne une blanche. La poésie est une musique ; seulement les notes dont elle se sert ont une valeur instable. En effet, le même récitateur aurait très bien pu ne donner à la première syllabe du mot femme que la valeur d'une noire. Il l'aurait fait s'il avait eu à déclamer comme un hémistyche de six syllabes, la période : Et la femme qui chantait.

« De cela il résulte que les vers qui contiennent des

NOTES ET COMMENTAIRES

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muettes sont bons ou mauvais, vrais ou faux, selon la manière dont on les prononce. Mais si on peut truquer sur une muette, cela devient difficile sur deux, et impossible sur trois ou sur quatre. Il me semble qu'il vaudrait mieux ne jamais truquer, à moins do vouloir Introduire dans la phrase musicale une syncope destinée à produire un effet particulier et bien déterminé.

« La supériorité du vers libre, c'est qu'il ne truque jamais, du moins volontairement.il ne nous impose pas des prononciations vicieuses ni des accentuations intempestives. »

Littérature d'exception. — L'auteur avait déjà écrit, à propos du livre de M. Pica^ ces brèves notes où est esquissée l'idée que tout ce qui est beau et orig-inal est d'exception.

«Le seul défaut de ce livre estdans son titre. Meilleur que (c Les Modernes Byzantins », épigramme inconsciente qui avait nag'uère tenté M. Pica, Littérature d'exception rend fort mal le sentiment littéraire que l'on éprouve devant les œuvres de Mallarmé, de Verlaine ou de Huysmans ; d'exception, elles le furent ; tout ce qui est orig-inal est exceptionnel ; mais elles ne le sont plus que par leur valeur et ce qu'elles renferment de beauté singulière. Toute la littérature digne de ce nom, en somme, est exceptionnelle ; toute œuvre d'art est un miracle. Le contraire d'exceptionnel est : vulgaire, commun, coutumier, ordinaire, normal. Normal, est-ce

Lç pro.dl4mb; ru stylé

normal qu'a voulu dire M. Pica? Il y a upe littérature normale? C'est difficile à comprendre. Suppose-t-on que Victor Hugo soit plus normal que Verlaine, ou moins exceptionnel ? Il est question dans le même volume de Barrés, d'Anatole France : en quoi ces deux écrivains sont-ils plus anormaux que Benjamin Constant, Sénancôurt ou Bernardin de Saint Pierre? Et Poicteyin luimême, Test-il davantage que X. Doudan, ou Beckford, ou Fromentin?

« Inexplicable logiqitemeiit. Littérature d exception

se comprend, si l'on n'a souci que du sens historique des mots, et si l'on se reporte à quelques années en arrière, quand l'évangile du jour commençait ainsi :

Je suis l'Empire à la fin de la décadence.

(c Et ces études en effet sont de l'histoire presque autant que de la littérature, l'histoire des talents en môme temps que l'analyse des œuvres. Dans les deux cents pages qui traitent de Verlaine, puis de Mallarmé, rien n'est oublié, dates, citations, références; les jugements, toujours motivés, sont précis et sûrs ; les poi'traits, agréables et ressemblants. Le reste du volume n'est pas rédigé avec moins de soin, mais la vérité y apparaît moins sijre, et cela est inévitable puisque la fig'ure des vivants change à chaque jour de leur vie ; il y a néanmoins bien des traits qui ne seront plus modifiés dans les fusains que M. Pica nous donne de Poictevin ou de Huysmans et môme de Finance et de Barrés. C'est qu'il cciiinaît notre littérature, oui, mieux que nous-mêmes. Il la voit et la suit avec un recul qui débrouille des lignes

NdTES Et CÔkkÈNTAtRÈS

pbilr 'nous lii'àlâdrbitèiiiènit fen'chëVêtïéés ; dé plùsj c'ësl un esprit naturellement clair et clarificatour : son Mâllârtaé êst un chef-d'teûvré dé niise au point et de liiise en luniièré.

Àvéc M. î*ica eh ïtklieët M. Symotis en Anglclérr'é, la nouvelle littérature française a ses deux meilleurs critiques, ceux qui doivent inspirer le plus de confiance ; elle en a d'aulres, et d'excellents en presque tous les pays, jusqu'en Russie et jusque dans l'Amérique latine; elle en â partout-, horrhis én Frâiicé iliêtné. J'entends dés critiques, non pas étrangers sans doute, mais extél'ieurs au mouvement littéraire qu'il faudrait apprécier. Ceux qiii ont l'air dte remplir ces conditions ne sont pas sérieux ; leurs jugements n'ont même pas d'importance pratique ; il y a autour d'eux un petit désert arabique et le sable seul s'émeut de leurs paroles. M. Pica, au contraire, a de l'autorité à la fois chez lui et chez nous, pour la l'ectitude de sa pensée, pour le charme de son style, pour la hardiesse aussi avec laquelle il défend, en art et en littérature, le droit à la lumière des beautés nouvelles. »

p. aoo.

tïri coup dé dés Jamais... — îfbiis ne connaissons rien de ce drame « populaire », niais nous connaissons la dernière œuvre de Mallarmé, Un coup de dés jamais n'abolira le hasard, et il est difficile, en ce morceau plus que sing-ulicr, dé découvrir une concession aux foriniilês. Loin de se simplifier, Mallarmé, trâvàillànt résolument au « chef-d'deuvre inconnu », n'écrivait plus

que pai' des signes obscurs à tous et peut-être à luimême.

Cet étrange poème, où le caractère typographique, huit fois varié, joue un rôle mystérieux, ainsi que l'espacement et la disposition des lignes, a paru dans Cosmopolis, mai 1897

La rime en aime. — Avec quoi faire rimer aime ? Voltaire, qui doit à cette rime un vers admirable,

C'est moi qui te dois tout, puisque c'est moi qui t'aime.

(Variantes à' Adélaïde du Guesclin, A. II, x-v.)

Voltaire n'a jamais trouvé autre chose que même, extrême et suprême. Racine, qui en a abusé, peut-être encore plus que Voltaire, connaît, de plus, le mot stratagème. Il y a cependant, en français, une vingtaine de rimes en aime. Pas plus que Racine, pas plus que Voltaire, Victor Hugo ne les employa, du moins dans Hernani. Son vocabulaire s'est bien enrichi à'anathème, mais il a perdu stratagème (cher au dix-septième siècle). Au mot aime, l'écho, à l'oreille de Racine et à l'oreille d'Hugo, renvoie les mêmes sons : l'association des mots est identique.

Sur l'orthographe aux siècles passés, voir les intéressantes Nouvelles glanures grammaticales du philologue russe J. Bastin; Riga, 1907.

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