‹ Problèmes de l'Ouest africainChapitre 11 sur 35 · IMPORTATIONS EXPORTATIONS · texte numérisé non relu

IMPORTATIONS EXPORTATIONS

a. destination de Kalsena provenant provenant de Katsena à destination

de Tripoli. Je Tripoli.

Fez, toile de coton, tissus légers de Tissus de coton, esclaves, peaux de

laine commune, baiz, cauries, barakans chèvre teintes en rouge et en jaune, ou alhaiks, petits tapis de Turquie, peaux de bœuf et de buffle, poudre d'or, soie (brute ou travaillée), tissus et bro- civettes, carts, lames de sabre, couteaux allemands, ciseaux, perles de corail, petits miroirs.

La mention des « esclaves » prouve encore que les rois baoussas de cette époque étaient de grands marcbands d'esclaves. Il est curieux de remarquer que, dans la carte annexée à cette vieille publication et que l'on retrouve dans le présent ouvrage, on ne trouve pas trace de Kano, ce qui prouve qu'alors cette ville n'avait guère ou n'avait pas d'importance en tant que centre industriel.

Les articles d'importation étaient donc en 1897, dans leur généralité, ce qu'ils étaient en 1851 et même en 1791. Alors comme aujourd'hui, les marchandises anglaises de coton et de laine y figuraient au premier rang, et il est certain que jusqu'en 1897 de gros bénéfices devaient être réalisés par des Européens (indirectement) et des Arabes (directement) dans le commerce des caravanes entre l'Afrique du nord et la ^Nigeria. Sept ansi après l'ouverture régulière de la route fluviale de l'ouest, la Nigeria du Nord se trouve avoir importé de Tripoli plus de marchandises qu'en 1851.

Ce n'est pas parce que le commerce s'est développé par le sud, c'est pour une autre raison, que le trafic par caravanes avec Tripoli a perdu de son importance depuis 1807. Cette raison, il faut la trouver dans les bouleversements politiques à l'intérieur dont le bassin du Tchad a été le théâtre depuis huit ans, et dans les troubles politiques à l'extérieur provoqués par l'action des puissances européennes ou plutôt une puissance européenne, — la France. Quand Eabah fit la conquête du Bornou en 1893-94, les marchands de Ghadamès subirent de lourdes pertes par suite du pillage de Kouka

et le commerce fut entièrement arrêté pendant quelque temps. Rabali vit la faute qu'il avait commise et essaya d'y remédier par des promesses libérales d'aide et de protection futures. Il tint parole et le commerce put renaître. C'est alors que se produisirent les progrès des Français sur le Cbari, progrès suivi d'une nouvelle période d'anarchie dans le Bornou, car Rabali en toute hâte franchit le fleuve et se précipita dans le Baguirmi pour arrêter la marche des envahisseurs. Sous Fad-el-Allah, le Bornou devint le théâtre de luttes meurtrières. Avec l'affermissement de l'influence française dans une partie de la région du Tchad, les marchands des pays du nord reprirent confîanoe une fois de plus, mais le pillage récent de plusieurs caravanes d'importance par les Arabes du Kanem, diverses confédérations touareg et autres adhérents du cheikh Scnoussi, a montré que, quant à présent, lesi Français sont impuissants à assurer la sécurité du transit, si désireux qu'ils en soient. Ces coups répétés ont ruiné le commerce par caravanes entie le Niger et Tripoli, et les marchands qui sont encore assez audacieux pour affronter les risques de ces transactions préfèrent la route du Oiiadai. En 1900 le commerce des caravanes avec le Ouadai était encore important, car il s'élevait au total, selon le consul de France à Tripoli, à £ 210,000, importations et exportations réunies. Mais il est absolument certain que les années 1901 et 1902 témoigneront d'une notable réduction de ces chiffres (1).

Devons-nous donc conclure que le commerce intérieur de Kano avec le nord et l'est n'a jamais regagné le terrain perdu et que le trafic par caravanes est une chose du passé? C'est l'opinion qui semble généralement adoptée (2). J'avoue que je ne la partage pas,

(1) Depuis que ce passage a été écrit, le rapport (n» 578) de M. lo Consul Jago sur le « commerce et la situation économique de Tripoli pendant les quarante dernières années » a été publié par le Foreign Office. C'est un très intéressant document. Le Consul donne un tableau de la valeur du commerce de Tripoli avec les États du Soudan central (Sokoto, Bornou, Wadai) pendant la période 1SG2-1901 et le présente de la manière suivante : 1862-18T2, £ 318,000; 1872-81, £ 1.81G.300; 1882-91 £1,283.000; 1892-1901, £ 1,141,700; moyenne par année, £ 114,725. (Note de l'Auteur.)

(2) Le Consul Jago semble favorable à cette opinion. Je n'hésite pas à soutenir que le passage qui se réfère à la question donne lieu à des critiques. Prenons par exemple le coût de.s transports. Bien que, à première vue, l'affirmation puisse paraître étrange, je crois que si l'on se donne la peine de comparer les frais de transport d'une tonne de marchandise européenne allant de Londres à Kouka, d'une part, via Tripoli par caravane à travers le désert, et, d'autre part, cid Bou-

et oe serait à coup sûr un très grand mallieur pour Kano et pour la Nigeria du nord en général, s'il en était réellement ainsi. Les sources véritables de la richesse et de la piospérité de Kano dépendent non du développement par le sud des transactions commerciales, mais de l'industrie des habitants de la ville, industrie dont l'objet est de pourvoir aux besoins, non pas de l'Europe, mais de l'Afrique. C'est un grand entrepôt de la Nigritie elle-même, et si Kano ne pouvait plusi trouver d'acheteurs pour ses cotons et ses cuirs, sa prospérité devrait nécessairement décroître et sa richesse décliner. A l'heure actuelle il est de notre intérêt évident que semblable événement ne se produise pas. Notre politique devrait tendre à maintenir, fortifier et soutenir la situation commerciale et industrielle de Kano, centre de l'activité haoussa, pôle magnétique qui attire un courant de négoce inter-africain de tous les points cardinaux. Comment faire pour atteindre ce but ?

Tout d'abord, il faut comprendre ce qu'est dans ses lignes générales ce système de caravanes, du nord-ouest de l'Afrique au centre du continent. En jetant les yeux sur la carte, on voit quelles sont les principales routes et, pour peu qu'on ait une vue d'ensemble de la question, on est induit à croire qu'il est de l'intérêt à la fois de la France et de l'Angleterre de faire revivre le transit des caravanes entre Kano (ou, en d'autres termes, la Nigeria) et les marchés intérieurs oii s'approvisionne Kano, ou, tout au moins, de ne rien faire pour en diminuer encore l'importance. Plus fort sera le courant du commerce inter-africain au dedans comme au dehors de la Nigeria et plus grande sera la prospérité du pays. Si les Français, maintenant en possession plus ou moins théorique de la plupart des marchés oii s'approvisionne Kano, réussissaient par hasard à accaparer tout le transit des caravanes en le dérivant de la route de Tripoli vers Tombouotou et In-Salah, une protestation de notre part serait aussi déplacée que le serait, par contre, une intervention des Français en face d'une réouverture toujours possible de la route orientale depuis longtemps abandonnée, et qui s'ouvrait autrefois dans la direction du Nil. Mais il devrait y avoir un accord entre les deux

routou, le Niger et les territoires y faisant suite, la première route se trouvera être la plus économique des deux. Les choses ne sont pas toujours dans les apparences en Afrique ce qu'elles sont dans la réalité. Si la France parvient à s'entendre avec les Senoussis pour la protection des transactions, le commerce par caravanes revivra. {Note de l'Auteur.)

puissances au sujet de ce commerce iiitéiieur, qui est vieux de plusieurs siècles, et qui certainement ne peut être détourné en un jour. En fait, on ne pourrait jamais le déplacer complètement, à moins d'une intervention oppressive et égoïste, de la part des Français ou de nous-mêmes. Toute tentative en vue de détourner le commerce dans telle ou telle direction apparaîtrait finalement comme impuissante à servir les intérêts de la nation d'où elle émanerait. Par exemple, si la France se résolvait à frapper sur la frontière de taxes prohibitives les exportations et les importations vers Kano ou de Kano, elle s'exposerait à de sérieuses difficultés avec les indigènes, difficultés dont la répression lui coûterait plus que l'entreprise ne lui rapporterait éventuellement. De même, si les autorités de la Nigeria septentrionale s'attachaient activement à décourager le commerce de Kano avec les territoires placés sous l'influence française, afin de développer les transactions de ce pays avec le sud, elles ne réussiraient qu'à en diminuer la capacité de production et par suite à affaiblir la prospérité générale des contrées placées sous leur juridiction.

Des changements économiques sont destinés à se produire, surtout quand les voies ferrées françaises et anglaises ayant pour but de desservir le bassin du Niger seront plus avancées, mais le champ est asse25 vaste pour que ces chemins de fer puissent les uns et les autres s'assurer un sort honorable, et le fait capital qui vient à l'esprit, c'est que le commerce de Kano se fait et doit se faire comme nous l'avons établi, avec l'intérieur plus qu'avec l'extérieur du continent. Avant que la ville de Kano puisse se procurer par le sud, c'est-à-dire auprès des marchands européens, tous les cotons, lainages et autres articles qu'elle absorbe, elle doit être eu mesure de vendre en retour des produits africains que les Européens puissent lui acheter.. Supposer que Kano sera dans une telle situation avant que le chemin de fer ait dépassé de beaucoup la rive gauche du Niger ou avant qu'une route carrossable, sur le modèle de celle que les Français construisent de Conakry au Fouta-Djallon, unisse à la ville indigène un point navigable du fleuve, c'est entretenir une illusion. Les frais de transport enlèveraient toute chance de bénéfice à des opérations différant à tous égards de celles du commerce interafricain qui fait vivre Kano. Les premières seraient des transactions directes, destinées à réussir ou à échouer selon leurs mérites propres ; les secondes peuvent être considérées avant tout comme

OUEST AIKICAIN 5

une série de multiples opérations dont la base est la facilité d'acliat qu'offre la cotonnade indigène, un article qui serait sans valeur si l'on songeait à l'exporter en Europe. En réalité, on ne voit pas comment Kano pourra faire vivre un chemin de fer depuis la côte, si l'on ne crée quelque grande industrie pouvant permettre à ses produits d'être exportés en Europe, et correspondant à ce qu'est l'industrie du palmier à huile dans les régions voisines du littoral. Une chose est certaine, c'est que si, pour excès de dépenses dans la construction et la mise en œuvre, ou pour d'autres causes, la première section d'un chemin de fer éventuel entre la côte et Kano ne peut faire ses frais en traversant les régions produisant le palmier à huile, l'exploitation de la voie ferrée, hors de cette zone, se présente, au point de vue économique, sous un aspect défavorable. Naturellement, si l'on vise principalement un but stratégique, des considérations étrangères au commerce entrent en jeu, et la question doit être envisagée à un point de vue différent.

En résumé, il serait, semble-t-il, très désirable qu'une entente réciproque intervînt entre l'Angleterre et la France en ce qui concerne la liberté de la circulation pour le trafic intérieur dans la région du Tchad. J'ai soutenu cette opinion dans la Pall Mail Gazette alors qu'étaient pendantes les négociations d'où est sortie la convention de 1898. De récents événements donnent lieu de croire que ce projet pourrait encore être adopté avec avantage par les deux parties en cause et qu'il appaïaîtrait, en ce qui touche les légitimes intérêts des indigènes, comme une solution pleine d'équité et de sagesse.

Il reste à dire à ce sujet que les principaux articles importés dans le Haut-Niger par la Compagnie royale, qui jusqu'à présent y a joui du monopole du commerce, sont le sel, le cuivre, les tiges de cuivre et de fer, les tissus de damas blancs, les tissus brochés blancs, les tissus teints à l'indigo (imitant sans les égaler ceux que fabriquent les indigènes et qui sont teints à Kano), les cauris, le riz, le fil et la poudre de traite. Le sel, importé surtout d'Angleterre, représente un commerce considérable, car il est de beaucoup supérieur au sel d'origine indigène, venant de Bilma et des rives du Tchad. Le cuivre, les tiges de cuivre et de fer sont principalement destinés à être convertis en pointes de flèches. Quant aux tissus, ils n'égalent pas ceux que l'on fabrique à Kano, et, sauf les plus belles toiles de damas blanc, sont refusés par les musulmans^ Ils peuvent

néanmoins toujours se vendre parmi les populations païennes. Ces tissus sont, en règle générale, troqués contre de l'ivoire, de la gomme, de la cire ou du caoutchouc, produits achetés par des commerçants haoussas qui les apportent à Kano où ils en font l'échange.

Je suis entré assez longuement dans ces détails sur le genre de négoce et d'industrie qui se pratique à Kano, parce que, outre l'intérêt qui s'attache naturellement à la vie commerciale d'une des villes les plus florissantes de l'Afrique et le centre d'une importante légion manufacturière et agricole, un aperçu de ce genre est le meilleur moyen, je pense, do saisir les traits distinctifs de la race haoussa, Kano étant au premier chef une cité haoussa. Le Uaoussa est, avant tout et essentiellement, l'homme d'aiïaires de l'Afrique. Il n'est pas et ne sera jamais fait pour gouverner. Ses visées sont commerciales, et il n'a pas d'autres ambitions ni d'autres désirs. Il se désintéresse de la politique, et, bien qu'il soit fermement attaché à l'islam et qu'il ait un sourire de mépris pour sa clientèle païenne, il ne lui déplaît nullement de la voir demeurer inébranlablement dans le paganisme, et il laisse volontiers aux Peuls les joies du prosélytisme. Au surplus, c'est un joyeux compagnon, généralement bienveillant pour ses esclaves et content de suivre la voie qui lui est tracée. C'est là le caractère naturel du Haoussa. Si nous l'éloignons de ses habitudes commerciales et le transformons en soldat, nous le plaçons de vive force dans des conditions d'existence tout artificielles oii il perd son individualité. Il oû're alors simplement l'intérêt que présentent nos autres troupes africaines, à un point de vue exclusivement militaire.

Le Haoussa peut devenir un bon soldat, et, s'il eet traité convenablement, il montrera beaucoup d'endurance et de bravoure. Comme tous les noirs, si la surveillance nécessaire fait défaut, il tirera avantage du prestige attaché à son uniforme pour tyranniser les indigènes au milieu desquels il tiendra garnison..

Les facultés militaires des Haoussas ont rendu de grands services pendant les campagnes du Bénin et de l'Ashanti, au cours d'innombrables engagements sur le Bas-Kiger et lors des opérations si admirablement dirigées par sir George Goldie contre le Nupé et l'Ilorin, et dans d'autres circonstances encore. Il faudrait se rappeler toutefois que, dans ces occurrences diverses où le soldat haoussa combattait sous le drapeau britannique, il avait conscience de disposer d'armes qui lui donnaient une incontestable supériorité sur

— esses adversaires. Il n'a jamais été appelé à se trouver en face d'une force indigène commandée par des Européens et armée de fusils à" tir rapide semblables au sien. Isous n'avons pas dès lors à nous demander s'il peut ou non, quand la nécessité s'en présente, s'élever à la liautew des circonstances. C'est là une question sur laquelle les militaires ayant pu juger personnellement les qualités et les défauts du soldat baoussa en tant qu'unités combattantes sont seuls en mesure d'émettre une opinion (1). Mais jusqu'à ce que le soldat baoussa ait été mis à l'épreuve on peut, sans paraître les exagérer, apprécier ses capacités militaires, si l'on considère qu'il n'est pas, comme les contingents de l'Afrique occidentale française, issu de populations guerrières.

Ainsi qu'on l'a dit, c'est dans son élément naturel, le commerce et l'industrie, que le Haoussa se distingue. A ce point de vue, il est sans rival sur le continent qu'il babite. Son adresse comme artisan n'est pas seulement remarquable en Afrique ; elle fait bonté à l'Europe. Pour la solidité, la durée et la résistance du tissu, les produits de ses métiers et de ses teintureries éclipsent tout ce que Mancbester peut fabriquer. Dans un pays qu'on dit voué à l'indolence, son activité est aussi remarquable que son esprit d'entreprise. Il fait un voyageur de commerce idéal, colportant ses marcbandiscs sur d'énormes distances et réussissant presque toujours à tirer un bénéfice considérable de ses transactions.

Le Haoussa s'est si bien assimilé les besoins commerciaux d'une immense région que sa langue, partout où il va, a été adoptée comme étant le vébicule nécessaire de tout écbange de vues pour ce qui concerne les cboses du commerce. La langue baoussa est, par ellemême, tout particulièrement propre à se répandre parmi les populations africaines. Reclus (2) a pu dire d'elle que, par sa remarquable sonorité, la richesse de son vocabulaire, la simplicité de sa structure

(1) Selon le lieutenant-colonel Pilchcr, qui en 1898 comn-iandait les forces de frontière dans l'Ouest africain, le Haoussa est plus querelleur que l'indigène du Yoruba et du Nupé; il se met en colère plus souvent, mais il est moins prompt à 3c servir du couteau ou à faire parler la poudre (Rapport au Colonial office, n" 260, West African Fronlier Force, juin 1899). D'autres officiers font l'éloge des Haoussas; dans les milieux militaires, on les considère, je crois, comme étant de meilleurs soldats que les indigènes du « West India » ou les noirs Mendis, et comme égalant à peu près les Yorubas. Il semble que le noir se batte avec plus de courage et de mépris de la mort quand il est soutenu j^ar sa foi dans l'Islam [Noie de V Auteur.)

(2) Géographie unicertelle, livre XII, p. 587, 185>7.

grammaticale, la formation élégante de ses phrases, elle mérite de se placer au premier rang parmi les langues parlées dans le continent noir ; et sir Harry Johnston la comprend, avec l'anglais, le fiançais, l'italien, le portugais, l'arabe et le swahili au nombre des principales langues de l'Afrique nouvelle (1).

Le premier vocabulaire de la langue haoussa a été recueilli par M. James Hichardson, qui, avec le D"" Barth. et le D' Overweg, a traversé le désert jusqu'au lac Tchad en 1850-51 (2). A son retour d'Afrique, le D' Barth lui-même a publié une étude sur les langues haoussa, peul et kanouri (3). MM. Schon (4) et Krause se sont postérieurement beaucoup occupés de la question et le premier a fait paraître en 1876, sur la langue haoussa, un ouvrage remarquable dont une édition i-efondue a été publiée en 1885. Plus tard, M. John A. Eobinson, M. A., élève du Christ's-College de Cambridge, fit de nouvelles recherches sur la langue haoussa, pendant son séjour à Lokoja. Après sa mort se constitua (1891) la « Hausa Association » afin de permettre la continuation de ses travaux, et en 1894 le révérend Charles-Henry Eobinson, M. A., — aujourd'hui le chanoine Robinson, de Ripon — fut envoyé par l'Association à Kano. Le chanoine Robinson et ses compagnons, le D' Tonkin et M. Bonner, passèrent trois mois à Kano, et, quand il jugea le moment venu, le premier exposa ses observations personnelles en un ouvrage qui attira fort l'attention, publié comme il le fut peu de temps après que le remarquable voyage du lieutenant-colonel Monteil avait signalé de nouveau à l'intérêt général la célèbre ville haoussa. Depuis lors, la « Hausa Association » a publié quatre études sur la langue haoussa (5). En 1897, l'Université de Cambridge a institué un cours de haoussa, et les directeurs du Christ's-College ont créé pour le haoussa un diplôme spécial accessible aux gradués de l'Université ou à d'autres candidats ayant subi un examen dans une au moins des langues sémitiques. L'initiative dont ont fait preuve ainsi la 0 Hausa Association » (6) et le chanoine Robinson est digne de tout

fl) The Colonisation of Africa, p. 2S3, 1R09.

(2) Narrative of a Mission to Central Africa.

(3) The languaçje of Bornu.

(4) Magana Hausa, par J. F. Schon O. O., F. R. C. S.

(5) Spécimens of Hausn literature. A flawia grammar. A Hausa English dictionary. The gospel of Saint-John in Hausa.

(6) On trouve tous les détails nécessaires à ce sujet dans le livre du chanoine Robinson. {Note de l'Auteur.)

éloge, et il faut conserrer bon espoir que de nouveaux efforts pourront être tentés pour accroître un champ d'études aussi utiles à toutes les langues importantes de la Nigeria septentrionale : le peul et le kanouri.

La langue liaoussa semble appartenir au groupe liamitique, bien qu'elle renferme de nombreuses expressions sémitiques, ainsi que beaucoup de mots empruntés à l'arabe.

Yne controverse existe sur la question de savoir si le baous^a peut à bon droit être ou non considéré comme une langue écrite. Le chanoine Eobinson soutient nettement l'affirmative, et il va jusqu'à déclarer qu'il n'existe aucun autre peuple au nord de l'Equateur ni même dans toute l'Afrique, à l'exception de l'Egypte et de l'Abyssinie, qui possède une langue écrite ou ait tenté de produire une littérature (1). C'est trop vite généraliser, et je me permets de mettre en doute l'exactitude de l'affirmation. La question est assez importante pour être rapidement examinée.

Dans l'introduction de son ouvrage paru sous le titre de Magana Hausa et déjà cité, M. Scbon se représente lui-même comme ayant écrit une « langue qui jusque-là n'avait jamais été écrite » ; il parlait naturellement du baoussa. Commentant ce passage dans la préface de son Dictionnaire anglo-haovssa, le cbanoine Robinson en infère que Scbôn, lorsqu'il écrivait cette phrase, ignorait sans doute que les Haoussas possédaient une sorte de littérature. Cela me paraît être une supposition toute gratuite, car Barth, qui précéda Schôn, et dont ce dernier a naturellement consulté les travaux, a déclaré plus d'une fois de façon catégorique que la langue haoussa n'est pas une langue écrite. Cependant Barth savait fort bien que les Haoussas avaient possédé des manuscrits historiques, car il déplorait la destruction de ces manuscrits pnr les Peuls à la prise de Katsena, qui était alors, comme Xano l'est aujourd'hui, le centre intellectuel de la race haoussa. On peut donc affirmer avec toute obance d'exactitude que Rchon parlait en pleine connaissance de cause (2) quand il se considérait lui-même comme ayant écrit une langue qui jus-

(1) En dehors de la question de savoir si les Haoussas peuvent revendiquer la production d'une litt<;ralure plus quiî les Peuls ou les Kauoupjs, un fait subsiste, qui contredit la Grénéralisation quelque peu hâtive du chanoine Robinson, c'est que la lanc^ue parlée par les Tonarecrs, le tamashek, a 6té écrite en caractères tamashck, dont les Touarep:s de l'un et l'autre sexes ont connaissance d'ordinaire. {Note de l'Auteur.)

(2) Ces mots sont en français dans le texte .inplais.

qu'alors n'avait jamais été écrite. D'autre part, l'existence d'un certain nombre de manuscrits où la langue liaoussa est écrite en caractères arabes peut-elle être considérée comme prouvant de façon suffisante que le liaoussa lui-même est une langue écrite? S'il en est ainsi, le peul est alors une langue écrite, car Belle fit écrire dans sa langue nationale et en caractères arabes une liistoire du Soudan ; et le kanouri aussi est une langue écrite, car Koelle (1) a publié en 1854 une grammaire kanouri d'après l'ensemble d'une littérature écrite en langue kanouri et en caractères arabes. Mais, dans ce cas, on arrive à cette conséquence q\\e, contrairement à l'affirmation du chanoine Hobinson, les Haoussas ne sont pas les seuls Africains au nord de l'Equateur, en dehors de l'Egypte et de l'Abyssinie, qui aient donné à leur langue une expression écrite et qui aient tenté de produire une littérature^ Des deux affirmations, si la première est exacte, à savoir que le liaoussa est une langue écrite, il se trouve ainsi que la seconde ne l'est pas. Je ne veux pas continuer cette étude critique en m'égarant dans une discussion plus technique qui sans doute fatiguerait le lecteur, et je me contenterai de citer une lettre que j'ai reçue, il y a peu de temps, d'un officier anglais alors en service au bureau des renseignements militaires dans la Nigeria septentrionale et dont la science en haoussa est considérée officiellement comme « unique ». Ne pouvant concilier les affirmations du chanoine Robinson sur l'existence du haoussa en tant que langue écrite et les faits tels qu'ils s'offraient à moi, je me suis finalement adressé à mon correspondant dont je savais l'indiscutable compétence. Yoici quelle a été sa réponse :

et La grammaire haoussa de Robinson a généralement déçu tous les officiers des troupes de frontière de l'Afrique occidentale, qui n'ont pu faire aucun progrès en s'en servant. Je vous ai déjà dit que les indigènes, de leur propre aveu, ne pourraient comprendre Robinson. En outre, il est difficile de parler exactement la même langue avec deux Haoussas consécutivement ; mais après deux minutes de conversation avec un indigène on connaît son dialecte,

(1) Kanuri Prorerbs and Kanuri-Engli<)h Vocabulary, par le Rev. S. N. Koelle. A la page 9 de l'introduction de son livre, il déclare avoir suivi le système d'orthogrophe exposé par le professeur Lepsius, de Ilcrlin, dans sa brochure intitulée : Alphabet-guide pour ramener les « langues non écrites » et les sijstèmes d'écritures étrangères à un type conforme d'orthof:raphe en caractères européen?. (Note de l'Auteur.)

on sait quels mots il emploie et eomment ces mots doivent être prononcés, la prononciation étant d'ailleurs très variable (1). L'écriture haoussa, dont il existe peu de spécimens, est simplement du Laoussa écrit d'après la phonétique des mots en caractères arabes ; mais il n'y a pas de principes adoptés pour orthograpliier un mot et ce seul fait montre combien la langue écrite est i>eu employée. Actuellement le baoussa n'est presque jamais écrit, à l'exception de mots isolés comme « sariki » et « bature ». Le baoussa écrit est appelé s Ajumi », et quand de tels mots sont employés dans une lettre arabe, il est d'usage de les faire précéder du préfixe « Ajumi », afin d'apprendre au lecteur que les mots qui suivent sont baoussas et non arabes. L'arabe employé est d'une forme primitive, mais correcte. Comme les voyelles baoussas ne peuvent pas toujours être exactement représentées par les indications de voyelles arabes, il n'y a que l'ensemble du texte qui puisse guider le lecteur pour beaucoup de mots baoussas écrits et il est difficile de lire cbaque mot selon leur prononciation pbonétique, surtout alors que le son véritable ne peut pas, dans tous les cas, être indiqué. Il m'est arrivé de voir dans la Nigeria les indigènes les plus instruits éprouver de grandes difficultés à lire des spécimens de littérature baoussa tels que les reproduit le cbanoine Robinson. Ce dernier attacbe beaucoup trop d'importance au baoussa écrit* Les rares spécimens qui en existent présentent un intérêt de curiosité, mais sous sa forme écrite la langue haoussa est sans utilité pratique en tant que moyen de communication ! »

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