‹ Problèmes de morale socialeChapitre 113 sur 228 · LA RESPONSABILITE MORALE ET LE DROIT DE PUNIR DANS LE DÉTERMINISME · texte numérisé non relu

LA RESPONSABILITE MORALE ET LE DROIT DE PUNIR DANS LE DÉTERMINISME

Sous l'infliicnce dos idées nouvelles, qui tendent à faire de la conscience et de la volonté une dépendance de la physiologie, il faut s'attendre que la liberté morale soit éliminée comme un ressort inutile dans l'engrenage des phénomènes. Dès lors on est amené à se demander ce que deviendra Tordre social tout entitT et spécialement le droit de punir, inexplicable en dehors de ces deux termes, la loi de justice qui le fonde et une volonté libre à laquelle il s'applique La responsabilité sociale est-elle possible, est-elle légitime sans la responsabilité morale ? Quel sens peut avoir le mot de répression, si la répression ne s'adresse i)lus à des libertés qui peuvent être corrigées ou utilement averties? Ces questions et mille autres de ce genre se pressent en foule, sous la forme do doutes poignants et d'inquiétudes sur Tavenir des peu-

pies, dans la pensée de tout homme qui réfléchit. Notre philosophie du droit pénal, nos institutions judiciaires, nos codes sont à refaire, si ces nouvelles théories sont acceptées comme vraies. En tout cas, elles deviennent une occasion naturelle de remettre à Tétude un grave problème.

D'une part, il est infiniment curieux de voir par quels ingénieux artifices ou par quelles concessions étranges les représentants du déterminisme essayent de se soustraire aux conséquences impérieuses de leurs doctrines et de se mettre d'accord, au moins pour les applications, avec la conscience publique. D'autre part, pour ceux même qui maintiennent intacte la responsabilité morale comme l'unique soutien et la condition de la responsabilité sociale, il y a lieu d*examiner si la question du droit de punir ne doit pas être posée dans des termes plus exacts, et analysée de plus près qu'elle ne l'a été dans ces derniers temps. C'est ce que nous essayerons de faire après avoir répondu aux diverses théories qui nient absolument ce droit ou qui l'interprètent d'une manière illusoire *.

Le matérialisme contemporain n'a pas reculé devant la thèse extrême de l'irresponsabilité absolue. La volonté n'est pour lui qu'une des causes occultes par

1. Nous n*ayons pas la prétention de répondre ici à tous les adversaires du droit de punir. Ils se sont multipliés dans ces derniers temps à tel point qu'il faudrait écrire un livre et non pas un cha* pitre pour suivre, dans toutes ses formes, la controverse contemporaine sur cette importante question. M. Emile de Girardin et M. Odysse Barot y brillent au premier rang par Pardeur de leur propagande et la fécondité de leur dialectique. Nous avons voulu ici nous restreindre aux écoles scientiûques proprement dites^

Page 1