CHAPITRE VI
manité reculera vers la barbarie. Il y a lieu d'aviser, s'écrie M. Spencer ; il faut modifier les arrangements sociaux de manière qu'au rebours de ce qu'ils font aujourd'hui, ils favorisent à l'avenir la multiplication des individus les mieux doués et s'opposent à la multiplication des autres.
Que de matières délicates à traiter, que de questions difficiles à résoudre pour les législateurs de l'avenir ! Faut-il s'étonner si, excité par l'exemple des maîtres de la doctrine, un sectateur quelque peu fantaisiste de l'évolution * réclame la suppression du mariage comme attentatoire à la liberté individuelle et au progrès de l'espèce, soit parce que Tunion a été contractée par intérêt et sans amour, soit parce que l'amour est inconstant, dans le mariage comme ailleurs, et dans ce cas, quand l'harmonie est rompue, on a non-seulement le droit, mais le devoir social de chercher un amour nouveau. Ainsi le veut la loi de la sélection sexuelle, qui n'est qu'une des formes de la sélection générale, seul guide, seul agent du progrès.
Dans toutes ces théories, on remarquera qu'il n'est jamais question que de Tamélioration du bien-être de l'humanité. C'est le mot qui revient à chaque instant sous la plume de M. Darwin, et, si l'on regarde de près dans la pensée obscure et subtile de M. Spencer, on verra aussi que c'est l'idée centrale de tout son système. Ce sont les lois de la vie, bien comprises et rigoureusement appliquées, qui doivent régénérer le monde. Quand le principe de la sélection régnera dans nos codes et dans nos mœurs, sans entraves, sans op-
1. M; Naquet, dans son livre licUyio :, l'a/fuille, Proprlctr.
position occulte ou déclarée, la multitude « des faibles de corps, des insouciants et des sots » disparaîtra peu à peu, et nos descendants, s'ils sont parmi les élus, auront leurs yeux réjouis par la vue de cette humanité florissante en beaux corps, en vigoureuses santés, en forces musculaires et intellectuelles, toutes exclusivement tournées à Famélioration de ce séjour terrestre et de <;ette vie, où doit se réaliser Tidéal ébauché, il y a plusieurs milliers de siècles, par le premier singe anthropoïde, Tidéal deTanimal selon la doctrine de l'évolution, l'homme civilisé.
On ne s'étonnera pas que le spiritualisme fasse ses réserves, et les plus graves, contre les principes et les applications de cette nouvelle morale sociale ; mais on devra s'étonner, si l'on y réfléchit, de l'accueil favorable, pour ne pas dire enthousiaste, qu'elle a rencontré en France, ert Europe même, et tout spécialement dans le parti de la démocratie avancée. Comment peut-il se faire que certains représentants de ce parti saluent avec enthousiasme, comme des victoires personnelles, les progrès d'une doctrine qui les ensevelira infailliblement dans son triomphe, si le jour de ce triomphe arrive, eux, leurs idées les plus chères et les conquêtes de leur principe qui semblaient le mieux assurées ?
l.a démocratie radicale (il serait facile d'en donner