‹ Procès criminel de la dernière sorcière bruléeChapitre 12 sur 31 · RAPPORT DES EXPERTS DE NYON · texte numérisé non relu

RAPPORT DES EXPERTS DE NYON

Nous docteur- médecin et maistres-chirurgiens certifions et at estons en parole de vérité et ensuitte du serment par nous presté entre les mains de monsieur le premier Scindicque et de monsieur l’ancien Scindicque Colladon que nous estans transportés exprès aux prisons de ceste cité, pour y voir et visiter une prisonnière accusée de sortilège aurions trouvé diverses marques en son corps et entre autres une sous la mamelle droitte laquelle ne se rencontre p is à nostre jugement semblable aux marques sataniques dont on voit la description dans les autheurs ou que l’expérience nous a fait voir en d’autres, sans pourtant interposer nostre jugement du passé, mais de plus deux bien considérables, l’une sur la

DE MICHEE CHAUDERON

lèvre supérieure, l'autre dans la cuisse droitte, toutes deux de niesme couleur, ascavoir livide et comme d’une lentille qui se noircit et presque d’esgale grandeur, sans aucune exubérance, dans lesquelles l’esguille est entrée de la longueur du doit sans aucun sentiment de douleur ni efusion du sang ni mesme teinture sur l’esguille, les dits sieurs maistres chirurgiens ayant raporté qu’en poussant l'esguille ils y ont trouvé quelque dureté, mais que pour scavoir sy les parties voisines estoient de même disposition, ils ont trouvé que non, et que s’estant tant soit peu dévoyé du premier chemin qu’avoit fait l’esguille ils ont causé du sentiment de douleur et tiré quelque peu de sérosité rouge qui en est sortie, mais en la marque qui est en la cuisse, l’esguille y estant entrée avec peine la première fois sans sang ny douleur, quelle y seroit rentrée la seconde fois, mais sans difficulté avec la mesme insensibilité et sans sortie du sang, de sorte que considérant la nature de ces marques nous les trouvons absolument semblables à celles que l’expérience nous a fait voir en des personnes accusées et condamnées de sortilège, comme aussi à la description qu’en font les autheurs, mais d’autant qu’il peut avoir des places insensibles par le dégorgement d’une humeur atrabilaire sur l'habitude du corps dans certaines espèces et marques de lèpre sy est ce que considérons.

Les autres signes qui accompagnent ceste maladie et qui ne se trouvent en la ditte prisonnière et qu’ayant porté l’esguille en d’autres parties tachetées,

la ditte prisonnière auroit témoigné d’abord un vif sentiment de douleur qui auroit esté suivi de quelques gouttes de sang et ces marques insensibles dans ces espèces de lèpre n’estant point ou à peu près point si profonde, nous jugeons par les raisons susdittes les deux marques sus mentionnées de la lèvre et de la cuisse, n’estre point celles d’aucune maladie ou de cause purement naturelle, mais qu’elles donnent un juste soupçon d’estre marques Sataniques et en confirmation et foy de quoy nous avons soubsigné.

Fait à Genève ce 27 mars 1 65 2-

Puerarj, D. M.1

Bernard, M. C.

Jugaut, maistre chirurgien.

EXTRAIT DES REGISTRES DU CONSEIL

Séance du mardi 30 mars 1632

Michée Chauderon, veu le rapport de la visite qui en a esté fait de nouveau par spect. Daniel Puerari et maistres Bernard et Jugaud maistres chirurgiens de Nyon envoyéz par le Seigneur Baillif dudit lieu ensuite de la demande qui luy en avoit esté faite par lequel ils déclarent luv avoir trouvé deux marques qu’ils estiment luy avoir esté faites par le Diable l’une en la lèvre supérieure et l’autre en la cuisse droite, arresté qu’elle soit suivie par un trait de corde.

1 Daniel Puerari 1621-1G92, D. M.", professeur de philosophie en 1650. Galiffe II, p. J97.

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