‹ Procès criminel de la dernière sorcière bruléeChapitre 5 sur 31 · I. Sy elle n’a pas donné du sel, pain, beurre et · texte numérisé non relu

I. Sy elle n’a pas donné du sel, pain, beurre et

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febves affin de luy faire un bouillon pour la guérir? — • R. Estre vray quelle luy a bien baillé du pain, du beurre et du sel mais non point en intention de luy avoir donné aucun mal, comme advoue de luy avoir donné auparavant deux pommes gallantines.

Sommée de dire la vérité et à déclarer le mal quelle a donné au tiers et au quart. — Respond avoir dist la vérité et navoir donné aucun mal à personne.

Du 5 mars i65i.

Informations prises d’office par le sieur auditeur Villoc contre Michée Chauderon dit Laya.

Premièrement honorable Bernarde, fille de feu Claude du Coste, vefve en secondes nopces de honorable Nicolas Dufour, aagée d’environ jo ans, ensuitte du serment quelle a presté par devant le sieur auditeur de dire vérité.

A dit et déposé quun sabmedy au soir il y a environ six sepmaines que venant de Longemasle 1 et passant par devant la maison d’Elisabeth Royaume, elle vit sa fille à la fenestre tourmentée des desmons qui hurloit en se frottant le visage, ladite déposante estant voisine y alla après souper où estant elle y trouva plusieurs femmes entre autres la Michée Chauderon qui y estoit et incontinent elle ouyt la fille de ladite Royaume pos-

1 Place publique à Genève.

sédée du malin qui crioit en ces termes à ladite Michée : Michée. fais-nous du potage de ton pain, de ton beurre et de ton sel, mets y de la febve, nous la boirons, laquelle respondit n’avoir ny pain ny beurre ny sel sur quoy ladite déposante aurait veu qu’ils se baisèrent par deux fois et un peu après ladite fille nommée Pernette demeura comme esvanouye et un peu après se descoiffa et s’arracha ses cheveux et la dite déposante en estant effrayée se retira y ayant laissé les autres femmes ques tout ce quelle a dict scavoir.

Répétée a persévéré et a signé : Bernarde de Coste.

Item. Estienna fille de feu Jean Cleigas. femme d’ Abraham Bargoin chappelier, aagée d’environ quarante ans assermentée comme la précédente.

A dist et déposé qu’il y a fort longtemps que la Pernette, fille de la dite Royaume est malade, mais comme la déposante demeurant au dessus des chambres de ladite femme Royaume au second estage a appris seulement depuis trois mois en ca que ladite fille est tourmentée en son Esprit, possédée des démons, en telle sorte quelle ne peut reposer la nuict, et se ressouvint que la veille de Noël, ladite Pernette monta et entra dedans sa chambre où estant elle la pria de souper avec elle et comme elle luy donna de la chair luy disant qu’elle en mangea au nom de Dieu, elle la jetta dans le feu ; et la dite déposante voulant visiter ladite chair ladite Pernette luy sauta au col et la mit par terre et l’égratigna par le visage,

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ce que voyant son mary leva ladite fille dessus elle et comme elle fust levée elle la coucha aussi par terre et après cela demeura comme svanouye.

Dépose en outre qu’un sabmedi matin environ f ou 6 sepmaines, la Michée Chauderon apporta du linge qui appartenait à Elisabeth Royaume et comme elle fust dans la chambre ladite fille se mit à crier contre elle ce qu’oyant ladite déposante dessendit et entrast dans ladite chambre elle auroit ouy dire à ladite Chauderon en ces termes : Dame Elisabeth je vous crie mercy. David Dupuis scait un bon remède je luy en parleray et en même temps ladite fille se mit après à crier contre ladite Chauderon : Voici nostre maistresse, la nommant par son nom Michée, nous sommes dans le corps de la créature pour vous disputer d’une lampe quelle avoit mise dans la lessive de ladite Royaume qui se trouva esgarée il y a fort longtemps, et sur ce ladite Michée Chauderon se retirast.

Et sur le soir environ sept ou huict heures le mari de la déposante montant par les degrés vist qu’il y avoit plusieurs personnes dans la chambre de la dite Royaume. 11 luy dict quelle y allast où estant entrée elle y vist plusieurs femmes et notamment ladite Michée Chauderon et ouyt ladite Pernette qui disoit en ces termes : Michée fais nous de la soupe avec de ton pain beurre et sel et si tu ne le veux faire baille nous de la fève ou du poison, nous en mangerons et sortirons, ce que ladite Michée n’ayant voulu faire quoy que de ce elle ait esté instamment priée,

notamment par ladite déposante qui luy dit quelle fourniroit ce quil faudrait pour faire un potage. Ce que voyant icelle déposante elle se serait mise en debvoir pour luy en faire un, ladite fille dit n’en vouloir point d’elle sinon de ladite Michée disant le terme estre venu pour estre guérie si ladite Michée luy bailloit ledit bouillon. Ce que ne se faisant au même temps elle n’y pourrait pas guérir et sur ce ladite déposante se retirast en sa chambre parce que ses enfants pleuroyent qu’est tout ce qu’elle aditscavoir.

Répétée a persévéré et n’a signé pour ne scavoir escrire de ce enquise.

Item honorable Jeanne fille de feu noble Paul Darlod, relaissée de Jean Destalla, aagée d’environ 42 ans assermentée comme les précédentes.

A dit et déposé avoir ouy dire qu’il y a environ six sepmaines que ladite Michée Chauderon luy aurait baillé un coup sur le bras et que du depuis elle ne se fust point bien portée et avoit ouy dire aussi que la fille de Malbossonqui est après vefve nommée Suzanne que ladite Michée avoit donné du mal à ses enfants lors qu’elle demeurait dans une maison appartenant au sieur Revillod estant toutes deux en son louayer.

Dépose en outre qu’il y a environ trois sepmaines que ladite Michée luy rendant deux liasses de linge quelle avoit reblanchy elle le portast au galetas pendant lequel temps Icelle Michée se mit auprès de l’une de ses hiles nommée Gabrielle et lafrottoit par

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le visage avec les mains, et un peu après ladite fille tumba malade et demeura deux jours sans se recognoistre y ayant une femme qui estoit présente lors que ladite Miellée la toucha.

Dépose aussi que Mecredi au soir troisième de courant les honorables d’Aubigné, Devigné, Lollandais et Rousser maistre chirurgien, et Jean Cougnard le fils vinrent de la part de la Pernette malade désireuse de voir ladite Michée furent dans sa maison la suppliant d’aller voir ladite fille ce quelle ne voulust faire disant qu’elle feroit serment qu’il y avoit cinq ans qu’elle n’avoit vu ladite fille, ce qu'ayant ouy ledit Devigné prist de la paille de son lict et la porta dans la chambre de la malade sans qu'elle l’ait veu, accompagné des sus-nommés et de ladite déposante ledit Devigné l’ayant cachée soubs son manteau, la mist soubs la couche de son lict laquelle se mit à crier en ces termes : C’est de la paille de la Michée nostre Maistresse et en prist en sa main et mangea. Et en mesme instant le sieur Rosser en prist de l’autre du lict de la chambre de ladite fille puis la mist sur le lict sans la voir. Icelle fille dict que ce n’estoit pas de la paille de ladite Michée.

Répétée a perservéré et n’a signé.

Item honorable Jeanne fille de Jouas Pelluard femme d’Humber aagée de 5 i ans assermentée comme la précédente.

A dit et déposé qu’environ six seprnaines sans se

ressouvenir du jour elle alla voir la Pernette comme elle se portoit où estant la dite Pernette la pria d’aller appeler la Michée Chauderon lui voulant parler. Comme ladite déposante vist quelle estoit fort tourmentée elle alla avec la soeur de la dite Pernette quérir ladite Michée qu’elle emmena avec soy. En entrant en la chambre de ladite malade ensemblement la dite Michée dit en ces termes Dieu soit céans en s’adressant à la fille et s’approchant d’elle dit : « Je vous crie mercy Dieu vous délivrera. » Et ladite déposante voyant que ladite fille ne sesmouvoit point luy dict Vous m’aviez dit que je fisse venir ceste femme que vous luy vouliez dire beaucoup d’affaires et vous n’en faites rien. Elle respondit : Nous sommes attachés. Un peu après ladite Pernette pria ladite Michée de luy faire un bouillon de son beurre, sel et pain et que si elle ne vouloit pas qu'elle luy mist ce tout cc quelle voudroit dans ledit bouillon quand ce seroit poison ou suye quelle y prendroit ce que ladite Michée ne voulust jamais faire quoi que tous ceux qui estoyent la présents la priassent.

Et incontinent après ceux qui estoyent dans ladite chambre firent la prière et pendant icelle ladite Pernette se leva qui alla baiser ladite Michée à diverses fois. Et après l’avoir baisée elle demeura muette. Et depuis reprist la parole disant en nous avoir charme et priast derechef ladite Michée de luy faire un bouillon surquoy ladite Michée repartist qu’elle n'en vouloit rien faire et qu’on fist d’elle ce qu’on

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voudroit. Et fut ce elle se retirast. Et autre a dit ne scavoir.

Répétée a persévéré et a signé (Iapariav).

Item honorable Pernette fille de Jaques Chamon vefve de Jaques Favia aagée d’environ cinquante deux années assermentée comme la précédente.

A dit et déposé qu’il y a environ j années que la Michée Chauderon demeuroit en la maison de Monsieur Revilliodt et ladite déposante y demeurant aussi passant toutes deux par un mesme escallier : laquelle aiant oui dire à diverses fois de deffuncte Loyse Valin mère d Elisabet qui est à présent à l'hospital que ladite Michée avoit donné les malins à sa fille en mangeant des pois avec elle l’accusant en ces termes La Michée est nostre maistresse. Elle est de Boëge, c’est elle qui nous a mis dans le corps de la créature qu’elle nous face un bouillon avec du beurre, du pain et du sel. Ladite déposante voit comme la Susanne Dorye entra dans la chambre de ladite Michée luy demandant de son pain de son beurre et de son sel pour porter à la fille Valin, ce qu’elle fit, où estant ladite Michée fait le bouillon et du depuis les démons n’ont point parlé et s’est mieux porté.

Dépose en outre qu’une année après estant devant sa maison avec la deffuncte Valin et Isabeth sa fille ladite Michée s’approchant d’elle ladite Isabeth s’enfuit ce que s’enquerant ladite déposante de la fuyte de sa fille, elle luy respondit qu’aussi tost qu’elle voioit

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ladite Michée elle s’enfuyoit ne la pouvant voir qu’est tout ce qu’elle a dit scavoir.

Répétée a persévéré et n’a signé.

Item. Honneste Sara fille de Noe Chartier femme de Jean Mollet menusier aagée d’environ trente années assermentée comme les précédentes.

A dit et déposé qu’il y a environ deux années qu’elle demeuroit en louage chez monsieur Planchamp ladite deffuncte Louyse Valin y demeuroit aussi se ressouvient bien qu’à diverses fois ladite Valin luy a dit que la Michée Chauderon avoit donné les démons à sa fille Isabeth et quelque temps après la fille estant griefvement tourmentée en son esprit ladite Valin envoya quere ladite Michée qui vinst en sa maison et apporta de son pain et du sel et luy fist un bouillon la malade s’en trouvant bien soulagée ayant ausci oui dire de ladite Valin mère et d’Elisabeth sa fille que cestoit bien ladite Michée qui luy avoit baillé le mal autre a dit ne scavoir.

Répétée a persévéré et n’a signé.

Item honneste Gabrielle fille de deffuncte Nicolas Aubert femme de Jean Dru hollandais aagée d’environ 40 ans, assermentée comme dessus.

A dit et déposé qu’il y a environ 3 années qu’elle fust en la maison de Louyse Valin scachant qu’elle estoit engrande nécessité à cause de sa fille qui estoit tourmentée en son esprit d’assez longtemps auparavant luy porta quelque petite chose. Et comme elle fust

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dans la chambre de ladite Valin la voiant possédée des desmons qui parloientque la Michée Chauderon luy avoit donné le mal en une lessive la mère disant aussi la meschante Michée a empoisonné ma fille, et quelque temps après ladite Louyse Valin mère vinst en la boutique de ladite déposante pourachepter de l’huile et autres choses, elle luy demanda comment sa fille se portoit laquelle respondit estre toujours bien tourmentée et que ladite Michée luy avoit fait cuire une pomme que sa fille a mangé et luy fait aussi un bouillon dans la maison de ladite Valin, ladite Michée y ayant apporté de son pain, de son beurre et de son sel pour le faire et du depuis a souvent oui dire d’Elisabeth Valin la fille que c’estoit bien ladite Michée qui luy a donné le mal et que de tout loin qu’elle la void elle en est toute troublée.

Dépose en outre que mercredi après disner elle fust voir avec la femme du sieur Dobigné la Pernette Royaume ayant été priée par la mère de ladite fille d’y aller, disant que sa fille estant fort tourmentée qu’elle ne scavoit que faire ou estant entendirent de ladite Pernette qui crioit La Michée est nostre maistresse il y a quatre années qu’elle m’a baillé le mal en faisant la lessive mais les malins n’ont point parlé que depuis sept semaines souhaitant alors de ladite Michée qu’elle leur fist un potage de quoi que ce fust quand bien c’eust esté du poison et qu’a présent il n’estoit plus temps le terme estant passé et qu’ils désiroient la voir disant que si elle venoit ils

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l’estrangleroient pourvu qu’elle nous charme pas et si elle entre elle nous charmera et si nous sommes charmés nous la baiserons en la nommant toujours Michée nostre maistresse, La meschante lessiveuse et que si on met ladite Michée en prison nous lirons voir pour l’estrangler en disant la Michée nostre maistresse sera bruslée. Et un peu après ladite Perneite demanda à boire le sieur Rousset y estant luy apporta un gobelet plein de vin qu’il tenoit en sa main laquelle le repoussa si fort qu’il crut tomber.

Et ladite déposante s’en allant avec ladite Dobigné promirent à la mère d’amener ce même soir après souper ladite Michée estant fort désirée de ladite Pernette sa tille alors extrêmement tourmentée. Et le soir après souper les honnestes Dobigné et sa femme, Rousset Jean dist et la dite déposante sa femme avec Devigny allèrent dans la maison de ladite Michée la priant instamment d’aller voir ladite malade, qu’aucun tort ne luy seroit fait ce qu’elle ne voulut faire en aucune façon, disant qu’il y avoit 5 années qu’elle n’avoit veu ladite Pernette; lavefve Darloud estant alors avec les sus-nommées dit qu’il falloit prendre de la paille de la dite Michée et en porter chez ladite Pernette. Devigné en prit un peu qu’il porta soubs son manteau et estant dans la chambre de ladite Pernette s’approcha de son lict elle cria tout haut : Voici de la paille de nostre maistresse la Michée sans l’avoir veue en disant maudite Michée nous coucherons plutôt sur les carreaux que de coucher sur sa paille et hst tant qu’elle

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la trouva et la jetta par terre et incontinent après ledit Rousset en alla prendre deux poils de la mesme et la mist soubs elle sans la voir Elle s’escria de rechef la paille de nostre Maistresse Payant trouvée la mangea et un peu après ledit Rousset en prit dans le lict de la dite mère et la mist sous le coussin de ladite fille laquelle dist vous m’avez apporté d’autre paille ce n’est pas de celle de nostre Maistresse Michée. Et ledit Rousset sous tenant estre celle de ladite Michée en disant : « Satan tu es un menteur, c’est bien de la mesme. » Ladite Pernette criant : Je scais bien le contraire ce n’est pas celle-là de nostre Maistresse et autre a dit ne scavoir.

Répétée a persévéré n’a signé.

Fait à Genève ce 5 mars 1652.

P. Rilliet, auditeur.

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