SENTENCE APRÈS L'ABJURATION
Au nom du Seigneur, amen. Tous les pasteurs de l'Église qui désirent et ont cure de conduire fidèlement le troupeau du Seigneur, doivent réunir toutes leurs forces, quand le perfide semeur d'erreurs travaille laborieusement à infecter de tant de ruses et de poisons virulents le troupeau du Christ, afin de s'opposer, avec d'autant plus de vigilance et d'instante sollicitude, aux assauts du Malin. C'est une nécessité, surtout en ces temps périlleux où la sentence de l'apôtre annonça que plusieurs pseudo-prophètes viendraient au monde etqu'ilsy introduiraientsectes de perdition et d'erreur ^°^; lesquels pourraient séduire, par leurs doctrines variées et étranges, les fidèles du Christ, si notre mère sainte
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Église, avec les secours de saine doctrine et des sanctions canoniques, ne s'efforçait de repousser avec diligence leurs inventions erronées.
C'est pourquoi par devant nous, Pierre, par la miséricorde divine évêque de Beauvais, et par devant frère Jean Le Maistre, vicaire en ce diocèse et en cette cité de l'insigne docteur maître Jean Gravèrent, inquisiteur de la perversité hérétique au royaume de France, et spécialement député par lui en cette cause, tous deux juges compétents en cette partie, toi, Jeanne, dite vulgairement /fit PticeUe, tu as été déférée en raison de plusieurs crimes pernicieux et tu fus citée en matière de foi. Et vu et diligemment examiné la suite de ton procès et tout ce qui y fut fait, principalement les réponses, confessions et affirmations que tu y donnas; considéré aussi la très insigne délibération des maîtres de la Faculté de Théologie et de Décret en TUniversité de Paris, bien mieux encore de l'assemblée générale de l'Université; celle enfin des prélats, des docteurs et des savants, tant en théologie qu'en droit civil et canon, qui se rassemblèrent en cette ville de Rouen, et ailleurs, en grande multitude, pour qualifier et apprécier tes assertions, tes dits et tes faits; après avoir pris conseil et mûre délibération des zélateurs pratiques de la foi chrétienne ; ayant considéré et retenu tout ce qui devait être par nous considéré et retenu en cette matière, tout ce que nous, et chaque homme de jugement droit, pouvions et devions remarquer:
Nous, ayant devant les yeux le Christ et l'honneur de la foi orthodoxe, afin que notre jugement semble émaner de la face du Seigneur, nous avons dit et décrété, et nous prononçons que tu as très gravement délinqué, en simulant mensongèrement révélations et apparitions, en séduisant autrui, en croyant légèrement et témérairement, en prophé-
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tisant superstitieusement, en blasphémant Dieu et les saintes, en prévariquant la loi, la sainte Écriture et les sanctions canoniques, en méprisant Dieu dans ses sacrements, en suscitant des séditions, en apostasiant, en tombant dans le crime de schisme et en errant sur tant de points en la foi catholique.
Cependant, après avoir été admonestée charitablement à tant de reprises, après une attente si- longue, enfin, Dieu aidant, tu revins au giron de notre sainte mère l'Église, et, comme nous aimons à le croire, d'un cœur contrit et d'une foi non feinte, tu as révoqué à bouche ouverte tes erreurs, alors qu'elles venaient d'être réprouvées dans une prédication publique, et, de ta propre bouche, tu les as abjurées de vive voix, ainsi que toute hérésie. Suivant la forme voulue par les sanctions ecclésiastiques, nous te délions par ces présentes des liens de l'excommunication par lesquels tu étais enchaînée; pourvu que toutefois tu fasses retour à l'Église, avec un cœur vrai et une foi non feinte, et que tu observes ce qui t'est et te sera enjoint.
Mais toutefois, parce que tu as délinqué témérairement envers Dieu et sainte Église, comme on l'a dit plus haut, pour que tu fasses une salutaire pénitence, nous te condamnons finalement et définitivement à la prison perpétuelle, avec pain de douleur et eau de tristesse, afin que tu y pleures tes fautes et que tu n'en commettes plus désormais qui soient à pleurer, notre grâce et modération étant sauves.
LE MÊME JOUR APRÈS MIDI [24 MAl].
Item ^°^, ce même jour après midi, nous, frère Jean Le Maistre, vicaire susnommé, assisté de nobles seigneurs et maîtres Nicolas Midi, Nicolas Loiseleur, Thomas de Courcelles, et frère Ysambard de La Pierre, et de plusieurs autres, nous nous rendîmes dans la prison
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OÙ Jeanne était alors. Il lui fut exposé par nous et par nos assesseurs, comment ce jour-là Dieu lui avait fait grande grâce, et aussi que les hommes d'Église lui avaient montré grande miséricorde en la recevant à grâce et pardon de notre sainte mère Église ; c'est pourquoi il convenait que ladite Jeanne se soumît humblement et obéît à la sentence et ordonnance de messeigneurs les juges et des gens d'Église, qu'elle abandonnât entièrement ses erreurs et ses inventions anciennes, et n'y retournât jamais; et ils lui exposèrent qu'au cas où elle reviendrait à ses anciennes erreurs, jamais plus à l'avenir l'Église ne la recevrait à clémence, et qu'elle serait abandonnée complètement. En outre il lui fut dit qu'elle quittât ses habits d'homme et prît ceux de femme, comme il lui avait été commandé par l'Église.
Or Jeanne répondit que volontiers elle prendrait ces habits de femme, et qu'elle obéirait et se soumettrait en tout aux gens d'Église. . Des habits de femme lui ayant été présentés, elle les revêtit, ayant déposé sur-le-champ ses habits d'homme ; elle voulut et permit en outre qu'on lui rasât et enlevât les cheveux qu'auparavant elle portait taillés en rond.