EXPLOIT DE L HUISSIER
A révérend père en Christ monseigneur Pierre, par la miséricorde divine évéque de Beauvais, et jouissant du territoire dans cette cité et le diocèse de Beauvais sur l'agrément du vénérable chapitre de la cathédrale de Rouen pendant la vacance du siège archiépiscopal, afin qu'il puisse déduire et terminer l'affaire ci-dessous rapportée, Fhumble prêtre, Jean Massieu, doyen de la chrétienté de Rouen, présente, en toute révérence et tout honneur, prompte obéissance à tous ses mandements. Sache votre révérende paternité que j'ai cité péremptoirement, en vertu du mandement que vous m'avez adressé et auquel est annexé mon présent exploit, la femme vulgairement appelée Jeanne la Piicelle, le mercredi 21 février, à huit heures du matin, dans la chapelle royale du château de Rouen ; cette femme, appréhendée personnellement dans l'enceinte dudit château, et que vous tenez véhémentement pour suspecte d'hérésie, devant répondre la vérité aux articles et interrogatoires qui lui seraient faits et posés touchant la matière de la foi, ainsi qu'aux autres points sur lesquels vous l'estimez suspecte, et pour faire à son sujet comme de juste et de raison, suivant l'intimation contenue dans vos lettres. Ladite Jeanne m'a en effet répondu que volontiers elle comparaîtrait devant vous et répondrait la vérité aux interrogations qui lui seraient faites ; que toutefois elle demandait que, dans cette cause, vous voulussiez bien convoquer des ecclésiastiques des pays tenant le parti de France, tout autant qu'il y en avait d'Angleterre '0°; en outre elle suppliait humblement votre révérende paternité de lui permettre d'entendre la messe demain avant de comparaître devant votre révérende paternité, et que j'eusse bien à vous le signifier : ce que j'ai fait. Tout ce qui précède a été fait par moi ; et je le signifie à
votre révérende paternité par les présentes lettres, scellées de mon sceau et signées.de mon seing manuel. Donné l'an du Seigneur 143 1, le mardi veille dudit mercredi. Ainsi signé : Jean.