ELLE EST REQUISE DE PRÊTER SERMENT
En outre, suivant notre office, nous avons requis judiciairement ladite Jeanne de prêter serment en forme due, les mains sur les saints Evangiles, et de dire la vérité sur les questions qui lui seraient posées, comme il a été dit ci-dessus. •
Ladite Jeanne a répondu de la sorte :
— Je ne sais sur quoi vous me voulez interroger. Par aventure, vous pourriez me demander telles choses que je ne vous dirais pas.
Sur quoi nous lui répondîmes :
— ■ Jurerez-vous de dire vérité sur ce qui vous sera demandé, concernant la matière de foi, et sur ce que vous saurez ?
Celle-ci répondit que, au sujet de ses père et mère et sur ce qu'elle avait fait depuis qu'elle avait pris le chemin de France, volontiers en jurerait; mais les révélations à elle faites de par Dieu, jamais elle ne les avait dites ni révélées à personne, fors au seul Charles,
PROCKS DE CONDAMNATION DK JEANNE o'aKC 29
qu'elle dit son roi"''^; ces choses-là, elle ne les révélerait, dût-on lui couper la tête ; car elle les avait eues par visions ou par son conseil secret. Et avant huit jours, elle saurait bien si elle les devait révéler.
Derechef, et par plusieurs fois, nous, évêque, l'avons admonestée et requise de vouloir bien prêter serment de dire vérité, en ce qui toucherait notre foi. Ladite Jeanne, les genoux fléchis, les deux mains posées sur le livre, assavoir le missel, jura qu'elle dirait la vérité sur toutes les choses qui lui seraient demandées, et qu'elle saurait, concernant la matière de foi. Elle passa sous silence la condition susdite, savoir qu'elle ne dirait à personne et ne dévoilerait les révélations à elles faites.