‹ Procès de condamnation de Jeanne d'ArcChapitre 98 sur 182 · CE MÊME JOUR APRÈS MIDI · texte numérisé non relu

CE MÊME JOUR APRÈS MIDI

Item ce dit jour de samedi après midi, sous la présidence de nous évêque, et de celle du vicaire de l'inquisiteur susnommé, assistés de vénérables et discrètes personnes seigneurs et maîtres Jean Beaupère, Jacques de Touraine, Nicolas Midi, Pierre Maurice et Gérard Feuillet, docteurs ; Thomas de Courcelles, docteur en théologie sacrée ; Jean de La Fontaine, licencié en droit canon, délégué par nous, évêque susdit ; et en présence de frère Ysambard de La Pierre et de John Grey, déjà nommés.

Ladite Jeanne fut interrogée si les deux anges qui étaient peints en son étendard représentaient saint Michel et saint Gabriel. Répondit qu'ils n'y étaient que pour l'honneur de Notre Seigneur qui était peint en l'étendard. Et dit qu'elle fit faire cette représentation des deux anges seulement pour Thonneur de Notre Seigneur qui y était figuré tenant le monde.

Interrogée si ces deux anges qui étaient figurés en son étendard étaient les deux anges qui gardent le Monde, et pourquoi il n'y en avait plusieurs, vu qu'il lui était commandé de par Notre Seigneur qu'elle prît cet étendard, répondit que tout l'étendard fut commandé par Notre Seigneur, par les voix de sainte Catherine et de sainte

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Marguerite, qui lui dirent : « Prends l'étendard de par le Roi du ciel. » Et parce qu'elles lui dirent : « Prends l'étendard de par le Roi du ciel », elle y fit faire cette figure de Notre Seigneur et des [deuxj anges, et de couleur. Et fit le tout par leur commandement 547,

Interrogée si elle leur demanda [à ses deux saintes] si, par vertu de cet étendard, elle gagnerait toutes les batailles où elle se bouterait, et qu'elle aurait victoire, répondit qu'elles lui dirent qu'elle le prît hardiment et que Dieu l'aiderait.

Interrogée qui aidait le plus, elle à l'étendard ou l'étendard à elle, répondit que, de sa victoire ou de celle de l'étendard, c'est tout en Notre Seigneur.

Interrogée si l'espérance d'avoir victoire était fondée en l'étendard ou en elle-même, répondit : « Elle était fondée en Notre Seigneur, et non ailleurs. »

Interrogée, si un autre avait porté l'étendard, s'il aurait eu aussi bonne fortune comme l'avait Jeanne elle-même, répondit : « Je n'en sais rien, et je m'en attends à Notre Seigneur. »

Interrogée, si un des gens de son parti lui eût baillé son étendard à porter, et qu'elle l'eût porté, si elle aurait eu aussi bonne espérance en celui-là comme au sien, qui lui était disposé de par Dieu, et spécialement interrogée sur celui de son roi, [et si elle l'avait eu], répondit : « Je portais plus volontiers celui qui m'était ordonné de par Notre Seigneur, et toutefois du tout je m'en attendais '"^^ à Notre Seigneur.

Interrogée à quoi servait le signe '"'' qu'elle mettait dans ses lettres, et les noms : Jhesus Maria 5>°, répondit que les clercs écrivant ses lettres le posaient là; et certains disaient qu'il convenait de mettre ces deux mots : Jhesus Maria.

Interrogée s'il ne lui a point été révélé que, si elle perdait sa virginité, elle perdrait son bonheur, et que ses voix ne lui viendraient plus, répondit : <.< Cela ne m'a point été révélé. »

Interrogée si elle croit que ses voix lui viendraient si elle était mariée, répondit : « Je ne sais et m'en attends à Notre Seigneur. »

Interrogée si elle pense et croit fermement que son roi fit bien de

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tuer [ou faire tuer] monseigneur le duc de Bourgogne '''^, répondit que ce fut grand dommage pour le royaume de France ; mais quelque chose qu'il y eût entre eux ^^^, Dieu l'a envoyée au secours du roi de France.

Interrogée sur ce qu'elle a dit qu'elle répondrait à nous, évêque susdir, et aussi à nos commis comnie elle le ferait devant notre saint père le pape, et que toutefois il y a plusieurs interrogatoires auxquels elle ne veut répondre, et si elle ne répondrait plus pleinement devant le pape qu'elle ne fait devant nous, répondit qu'elle a répondu tout le plus véridiquement qu'elle a su ; et si elle savait quelque chose qui lui revînt à la mémoire qu'elle n'ait dit, elle le dirait volontiers.

Interrogée s'il ne lui semble pas qu'elle soit tenue de répondre pleinement la vérité à [notre saint père] le pape, vicaire de Dieu, sur tout ce qu'on lui demanderait touchant la foi et le fait de sa conscience, répondit qu'elle requiert qu'elle soit menée devant lui ; et puis répondra devant lui tout ce qu'elle devra répondre 55 3.

Interrogée de quelle matière était l'un de ses anneaux, où étaient écrits les mots : Jhesus Maria, répondit qu'elle ne lésait proprement ; et s'il était d'or, ce n'était pas de fin or ; et ne sait si c'était d'or ou de laiton ; et pense qu'il y avait trois croix et non autre signe qu'elle sache, excepté les mots : Jhesus Maria.

Interrogée pourquoi elle regardait volontiers cet anneau quand elle allait en fait de guerre, répondit que c'était par plaisance, et en l'honneur de son père et de sa mère ; et, ayant son anneau en sa main et en son doigt, elle a touché à sainte Catherine qui lui apparut visiblement.

Interrogée si elle baisa ou accola onques saintes Catherine et Marguerite, répondit qu'elle les a accolées toutes les deux.

Interrogée si elles fleuraient bon, répondit : « Il est bon à savoir que sentaient bon ! »

Interrogée si, en les accolant, elle n'y sentait point de chaleur ou autre chose, répondit qu'elle ne les pouvait point accoler sans les sentir et toucher.

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Interrogée par quelle partie elle les accolait, ou par haut ou par bas, répondit : « Il convient mieux de les accoler par bas que par haut. »

Interrogée si elle ne leur a point donné de chapeaux de fleurs '^4^ répondit que, en leur honneur, à leurs images et représentations aux églises, plusieurs fois leur donna [de ces chapeaux] ; et quant à celles qui lui apparaissent, elle ne leur en a point baillé dont elle ait mémoire.

Interrogée, quand elle mettait chapeaux en l'arbre désigné plus haut, si elle les mettait en l'honneur de celles qui lui apparaissaient, répondit que non.

Interrogée si, quand les saintes venaient à elle, elle ne leur faisait point la révérence, comme de s'agenouiller ou incliner, répondit que oui; et le plus qu'elle pouvait leur faire de révérences, elle leur faisait; car elle sait bien que ce sont celles qui sont au royaume de Paradis.

Interrogée si elle sait quelque chose de ceux'qui vont en Terre 5>s avec les fées, répondit qu'elle n'y fut onques ou sut quelque chose ; mais en a bien ouï parler, et qu'on y allait le jeudi ; mais n'y croit point, et croit que c'est sorcellerie.

Interrogée si on ne fit point flotter [ou tourner] son étendard autour de la tête de son roi [quand il fut sacré à Reims], répondit que non, qu'elle sache.

Interrogée pourquoi son étendard fut plus porté en l'église de Reims, au sacre, que ceux des autres capitaines, répondit : « Il avait été à la peine, c'était bien raison qu'il fût à l'honneur. »

LE DIMANCHE DE LA PASSION, l8 MARS.

Ite'm, le dimanche de la Passion de Notre Seigneur, dix-huitième jour du mois de mars^ sous la présidence de nous, évêque, et celle dudit frère Jean Le Maistre, vicaire de l'inquisiteur, dans la maison où nous, évêque susdit, demeurions à Rouen, assistés des révérends pères, seigneurs et maîtres : Gilles, abbé de Fécamp ; Pierre, prieur

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de Longueville ; Jean Beaupère, Jacques de Touraine, Nicolas Midi, Pierre Maurice et Gérard Feuillet, docteurs en théologie sacrée ; Raoul Roussel, docteur en l'un et l'autre droit ; — Nicolas de Venderès et Jean de La Fontaine, licenciés en droit canon ; — Nicolas Couppequesne et Thomas de Courcelles, bacheliers en théologie sacrée, nous, évêque susdit, avons exposé comment ladite Jeanne avait été interrogée pendant bien des jours, et que beaucoup de ses confessions et réponses avaient été mises par écrit, demandant aux assesseurs de nous prêter leurs délibérations et conseils sur le mode de procéder ultérieurement en cette matière. Et nous leur avons fait lire plusieurs assertions extraites par certains maîtres, suivant notre ordre, des réponses de ladite Jeanne, afin qu'ils vissent plus à plein la matière et déhbérassent plus sûrement sur ce qu'il y avait à faire. Ces dits seigneurs et maîtres, oui cet exposé, solennellement et mûrement, délibérèrent. Après avoir entendu les opinions de tous, nous avons conclu et ordonné que chacun d'eux examinerait et étudierait diligemment cette matière, consulterait les opinions des docteurs dans les livres authentiques sur lesdites assertions, afin que le jeudi suivant nous pussions en conférer, chacun nous apportant son avis ; et que d'ici là, des interrogatoires et réponses de ladite Jeanne, il serait rédigé certains articles qui, devant nous, les juges, et contre elle, seraient proposés en jugement.

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