‹ Procès de condamnation de Jeanne d'Arc. Texte, traduction et notes [par] Pierre ChampionChapitre 88 sur 183 · MARS. CINQUIÈME SÉANCE · texte numérisé non relu

MARS. CINQUIÈME SÉANCE

Item le jeudi, premier jour de mars, nous, cvêque susdit, nous rendîmes au lieu accoutumé du château de Rouen; ladite^ Jeanne comparut devant nous en jugement, en présence des révérends pères, seigneurs et maîtres, savoir Gilles, abbé de la Sainte-Trinité de Fécamp; Pierre, prieur de Longueville-Giffard, Jean de Chastillon, Érard Emengart, Jean Beaupère, Jacques de Touraine, Nicolas Midi, Denis de Sabrevois, Pierre Maurice, Gérard Feuillet, Maurice du Quesnay, Guillaume Le Boucher, Pierre Houdenc, Jean de Nibat, Jean Le Fèvre, Jacques Guesdon, docteurs en théologie sacrée; — Nicolas de Jumièges, Guillaume de Sainte-Catherine, Guillaume de Cormeilles, abbés ; Jean Garin, docteurs en droit canon ; Raoul Roussel, docteur en l'un et l'autre droit ; — les abbés de Saint- Ouen et de Préaux, et le prieur de Saint-Lô ; Guillaume Haiton,

Nicolas Couppequesne, Thomas de Courcelles, Guillaume de Baudribosc, Jean Pigache, Raoul Le Sauvage, Richard de Grouchet, Pierre Minier, Jean Le Maistre, Jean Le Vautier, bacheliers en théologie sacrée; — Nicolas de Venderès, Jean Bruillot, Jean Pinchon, Jean Basset, Jean de La Fontaine, Raoul Anguy, JeanColombel, Richard des Saulx, Aubert Morel, Jean Duchemin, Laurent Du Buse, Philippe Le Maréchal ^°9, bacheliers en droit canon ; — Denis Gastinel, Jean Le Doulx, Robert Le Barbier, bacheliers en l'un et l'autre droit ; — André Marguerie, Jean Alespée, Gilles Deschamps, Nicolas Gavai, Geoffroy du Crotay, Pierre Cavé^'°, Nicolas Maulin, licenciés en droit civil; — Robert Morellet et Nicolas Loiseleur, chanoines de la cathédrale de Rouen.

En leur présence nous avons sommé et requis Jeanne de faire et de prêter le serment de dire la vérité sur ce qu'on lui demanderait, purement et simplement. Répondit qu'elle était prête à jurer de dire vérité sur tout ce qu'elle saurait, touchant le procès, comme elle l'a dit ailleurs. Item dit qu'elle sait bien des choses qui ne touchen. pas le procès, et il n'est besoin de les dire. Puis elle dit :

— De tout ce que je saurai vraiment, qui touche le procès, volontiers le dirai.

Item sommée à nouveau et requise, comme devant, de faire serment, répondit :

— Ce que je saurai répondre de vrai, je le dirai volontiers concernant le procès.

Et ainsi jura, touchant les saints Evangiles. Puis elle dit :

— De ce que je saurai, qui touche le procès, volontiers dirai la vérité, et vous en dirai tout autant que j'en dirais si j'étais devant le pape de Rome !

Interrogée sur ce qu'elle dit touchant notre Saint Père le Pape, et lequel elle croit être le vrai pape, répondit en demandant s'ils étaient deux.

Interrogée si elle n'eut pas lettres du comte d'Armagnac ^" pour savoir auquel des trois souverains pontifes il devait obéir, répondit que ledit comte lui écrivit certaine lettre sur ce fait, à laquelle elle

donna réponse, entre autres, qu'elle lui donnerait réponse quand elle serait à Paris, ou ailleurs au repos. Et allait monter à cheval quand lui donna réponse.

Nous fîmes alors lire en séance une copie des lettres dudit comte et de ladite Jeanne; et elle fut interrogée pour savoir si c'était bien sa réponse que présentait ladite copie. Répondit qu'elle pensait avoir donné cette réponse en partie, non en tout.

Interrogée si elle dit savoir par conseil du Roi des Rois ce que le comte devait tenir en cette matière, répondit qu'elle n'en sait rien.

Interrogée si elle faisait doute à qui le comte devait obéir, répondit qu'elle ne savait quoi lui mander sur cette obédience, car le comte demandait de lui faire savoir à qui Dieu voulait qu'il obéît. Mais quanta elle, Jeanne, elle croit que nous devons obéir à notre Saint Père le pape qui est à Rome. Dit aussi qu'elle dit autre chose au messager du comte, qui n'est pas contenu dans la copie de la lettre ; et, si ledit messager ne s'était pas éloigné aussitôt, on l'aurait bien jeté à l'eau, mais non du fait de ladite Jeanne. Item dit que, sur ce que le comte demandait de lui faire savoir à qui Dieu voulait qu'il obéît, elle répondit qu'elle ne le savait pas ; mais lui manda plusieurs choses qui ne furent couchées par écrit. Et quant à elle, elle croit en notre Saint Père le pape qui est à Rome -'^.

Item interrogée pourquoi elle avait écrit qu'elle donnerait ailleurs réponse, puisqu'elle croyait en celui de Rome, répondit que la réponse qu'elle donna concernait autre matière que le fait des trois souverains pontifes.

Interrogée si elle avait dit que sur le fait des trois souverains pontifes elle aurait conseil, répondit que jamais n'écrivit et ne fit écrire sur le fait des trois souverains pontifes. Cela, elle le jura par son serment, qu'elle n'avait jamais écrit ni fait écrire.

Interrogée si elle a accoutumé de mettre dans ses lettres les noms JHESVS MARIA ^'5, avec une croix, répondit que les mettait dans certaines, et parfois pas. Quelquefois mettait une croix afin que celui de son parti à qui elle écrivait ne fît pas ce qu'elle écrivait.

La teneur des lettres que le comte et Jeanne s'écrivirent est insérée plus bas parmi les articles du promoteur.

Ensuite fut donnée lecture à Jeanne des lettres qu'elle adressa au roi notre Sire, à monseigneur de Bedford ^'^ et à d'autres, dont la teneur se trouve plus bas parmi les articles du promoteur.

Et ensuite fut interrogée si elle reconnaissait ces lettres; répondit que oui, excepté trois mots : assavoir là où il est dit rende:^ à la Piicelle, il faut mettre rende:^ au roi ; il n'y a autre chose que chef de guerre; troisièmement on y a mis corps pour corps. Ces mots n'étaient pas dans les lettres que j'ai envoyées. Dit aussi que jamais aucun seigneur ne dicta ces lettres ; c'est elle-même qui les a dictées avant qu'on les envoyât; mais elles furent montrées à certains de son parti.

Item dit qu'avant qu'il soit sept ans les Anglais perdront plus grand gage qu'ils ne firent devant Orléans, et qu'ils perdront tout en France. Dit aussi que lesdits Anglais auront plus grande perte qu'onques n'eurent en France ; et ce sera par grande victoire que Dieu enverra aux Français.

Interrogée comment elle le sait, répondit :

— Je le sais bien par révélation qui m'a été faite, et, avant sept ans cela adviendra; et étais-je bien courroucée que ce fût tant différé !

Dit aussi qu'elle sait cela par révélation, aussi bien qu'elle savait que nous [l'évêque] étions devant elle ^'5.

Interrogée quand cela arrivera, répondit qu'elle ne sait le jour ni l'heure.

Interrogée quelle année cela arrivera, répondit :

— Vous n'aurez pas encore cela ; bien voudrais-je que ce fût avant la Saint-Jean !

Interrogée si elle a dit que cela adviendrait avant la Saint-Martin d'hiver, répondit qu'elle .avait dit qu'avant la Saint-Martin d'hiver on verrait bien des choses ; et ce pourrait être que ce soient les Anglais qui seront couchés à terre.

Interrogée sur ce qu'elle a dit à John Grey, son garde, touchant cette fête de Saint-Martin, répondit : « Je vous l'ai dit. »

PROCÈS DH CONDAMNATION DE JEANNE d'aRC 57

Interrogée par qui elle sait que cela adviendra, répondit qu'elle le sait par saintes Catherine et Marguerite.

Interrogée si saint Gabriel ^'^ était avec saint Michel, quand il vint à elle, répondit qu'elle n'en a pas mémoire.

Interrogée si depuis mardi dernier passé elle n'avait point parlé avec saintes Catherine et Marguerite, répondit que oui ; mais ne sait l'heure.

Interrogée quel jour, répondit : hier et aujourd'hui ; il n'est jour qu'elle ne les entende.

Interrogée si elle les vit toujours dans le même habit, répondit qu'elle les voit toujours sous même forme ; et leurs figures sont couronnées bien richement. De leurs autres habits, elle ne parle pas. Item dit que de leurs robes, rien ne sait.

Interrogée comment elle sait que son apparition -'" est homme ou femme, répondit que bien le sait, et qu'elle les reconnaît à leurs voix ^'^ et qu'elles le lui révélèrent; et rien ne sait que ce ne soit par révélation et commandement de Dieu.

Interrogée quelle figure elle y voit, répondit qu'elle voit le visage.

Interrogée si les saintes qui lui apparaissent ont des cheveux, répondit : « C'est bon à savoir ^'9 1 »

Interrogée s'il y avait quelque chose entre leurs couronnes et leurs cheveux, répondit que non.

Interrogée si leurs cheveux étaient longs et pendants, répondit : « Je ne le sais. » Dit aussi qu'elle ne sait s'il y avait des bras ou d'autres membres figurés. Item dit qu'elles parlaient très bien et bellement, et les entendait très bien.

Interrogée comment elles parlaient, puisqu'elles n'avaient pas de membres, répondit : « Je m'en rapporte à Dieu ! »

Item dit que cette voix est belle, douce et humble, et parle langage de France ^'°.

Interrogée si sainte Marguerite parle la langue anglaise, répondit : « Pourquoi parlerait-elle anglais puisque n'est du parti des Anglais ? »

5ô PROCES DE CONDAMNATIOX DE JEANNE D ARC

• Interrogée si dans leurs cheveux, avec les couronnes, il n'y avait point d'anneaux d'or, ou autres, répondit : « Je ne le sais. »

Interrogée si elle-même n'avait pas quelques anneaux"', elle répondit à nous, évêque : « Vous, vous en avez un de moi; rendezle-moi ! » Item dit que les Bourguignons ont un autre anneau. Et nous requit, si nous avions ledit anneau, que nous lui montrassions.

Interrogée qui lui donna l'anneau qu'ont les Bourguignons, répondit que c'était son père, ou sa mère. Et lui semble qu'il y avait écrit les noms JHESUS MARIA ; ne sait qui les fit écrire ; et n')' avait pas de pierre, à ce qu'il lui semble ; et l'anneau lui fut donné à Domrémy. Item dit que son frère lui donna un anneau autre que celui que nous avions et qu'elle nous chargeait de le donner à l'église. Item dit que jamais ne guérit aucune personne par le moyen desdits anneaux.

Interrogée si saintes Catherine et Marguerite lui parlèrent sous l'arbre mentionné plus haut, répondit : « Je ne sais. »

Interrogée si, à la fontaine qui est près de l'arbre, les saintes parlèrent avec elle, répondit que ouij et que là elle les ouït bien ; mais ce qu'elles lui dirent alors, elle ne le sait plus.

Interrogée sur ce que les saintes lui promirent, soit là, soit ailleurs, répondit qu'elles ne lui firent nulle promesse, si ce n'est par congé de Dieu.

Interrogée quelles promesses elles lui firent, répondit : « Ce n'est pas du tout de votre procès ! » Et, entre autres choses, elles lui dirent que son roi serait restitué dans son royaume, le veuillent ou non ses adversaires. Dirent aussi qu'elles promirent de conduire ladite Jeanne au Paradis ; et ainsi l'avait requis d'elles.

Interrogée si elle eut autre promesse, répondit qu'il y a une autre promesse, mais ne la dira pas, et que cela ne concerne pas le procès. Et dit qu'avant trois mois elle dira autre promesse.

Interrogée si les voix lui dirent qu'avant trois mois elle serait délivrée de prison, répondit :

— Ce n'est pas de votre procès; cependant ne sais quand serai délivrée.

Et dit que ceux qui la veulent ôter de ce monde pourraient bien s'en aller avant elle.

Interrogée si son conseil ne lui a pas dit qu'elle serait délivrée de la présente geôle, répondit :

— Reparlez m'en dans trois mois ; alors je vous répondrai. Et dit en outre :

— Demandez aux assesseurs, sur leur serment, si cela concerne mon procès !

Ensuite, après la délibération des assesseurs, qui tous conclurent que cela concernait le procès, elle dit :

— Moi, je vous ai toujours bien dit que vous ne sauriez tout. Il faudra bien un jour que je sois délivrée. Mais je veux avoir congé si je vous le dirai : c'est pourquoi je requiers délai.

Interrogée si les voix lui défendirent de dire vérité, répondit :

— Voulez-vous que vous dise ce qui ne va qu'au roi de France? Il y a bien des choses qui ne concernent le procès.

Dit aussi que bien sait que son roi gagnera le royaume de France ; et le sait bien, comme elle sait que nous sommes là devant elle, comme juges. Dit aussi qu'elle 'serait morte, n'était la révélation qui la réconforte chaque jour.

Interrogée sur ce qu'elle fit de la mandragore "% repondit qu'elle n'a point de mandragore, et onques n'en eut ; mais ouït dire que proche son village il y en a une : mais ne l'a jamais vue. Dit aussi qu'elle ouït dire que c'est chose périlleuse et mauvaise à garder; ne sait cependant à quoi cela sert.

Interrogée en quel lieu est cette mandragore dont elle ouït parler répondit qu'elle ouït dire qu'elle est en terre, proche l'arbre cidessus mentionné; mais ne sait le lieu. Et dit qu'elle a ouï dire que sur cette mandragore s'élève un coudrier.

Interrogée à quoi elle a entendu dire que sert cette mandragore, répondit qu'elle a ouï dire qu'elle fait venir l'argent; mais n'a croyance en cela. Et dit que les voix ne lui dirent jamais rien à ce sujet.

Interrogée quelle figure avait saint Michel, quand il lui apparut,

6o PROCÈS DE CONDAMNATION DR JEANNE d'aRC

répondit qu'elle ne lui vit pas de couronne ; et de ses vêtements, rien ne sait.

Interrogée s'il était nu^ répondit :

— Pensez-vous que Notre Seigneur n'ait de quoi le vêtir ? Interrogée s'il avait des cheveux, répondit : « Pourquoi les lui

aurait-on coupés ? »

Dit aussi qu'elle ne vit pas le bienheureux Michel depuis qu'elle a quitté le château du Crotoy "', et ne le voit pas souvent. Et enfin dit qu'elle ne sait s'il a des cheveux.

Interrogée s'il avait sa balance, répondit : « Je n'en sais rien. »

Item dit qu'elle a grande joie quand elle le voit; et lui semble, quand elle le voit, qu'elle n'est pas en péché mortel.

Item dit que saintes Catherine et Marguerite la font volontiers confesser à tour de rôle et de temps à autre.

Item dit que, si elle est en péché mortel, elle ne le sait.

Interrogée si, quand elle se confesse, elle croit être en péché mortel, répondit qu'elle ne sait si elle a été en péché mortel, mais n'en croit pas avoir fait les œuvres : « Jà ne plaise à Dieu, dit-elle, que j'y fusse onques, et jà ne lui plaise que j'en fasse les œuvres ou les aie faites, par quoi mon âme en soit chargée ! »

Interrogée quel signe elle donna à son roi qu'elle venait de par Dieu, répondit : « Je vous ai toujours répondu que vous ne le tirerez pas de ma bouche. Allez lui demander !»

Interrogée si elle a juré de ne pas révéler ce qui lui serait demandé touchant le procès, répondit :

— Ailleurs je vous ai dit que je ne vous dirais pas ce qui touche et va à notre roi; et de ce qui va à notre roi, je ne vous le dirai pas.

Interrogée si elle ne sait point le signe qu'elle donna à son roi, répondit : « Vous ne le saurez de moi. » Et comme on lui dit que cela touchait le procès, elle répondit : « De ce que j'ai promis de tenir bien secret, je ne vous le dirai. » Et dit en outre :

— Je l'ai promis en tel lieu que je ne puis vous le dire sans me parjurer.

PROCÈS DE CONDAMNATION DE JEANNE d'aRC 6l

Interrogée à qui elle l'a promis, répondit qu'aux saintes Catherine et Marguerite l'a promis ; et ce fut montré au roi. Item dit qu'elle l'a promis à ces deux saintes, sans qu'elles la requissent. Et ladite Jeanne le fit à sa propre requête, car trop de gens le lui eussent demandé, si elle n'avait fait cette promesse à ses dites saintes.

Interrogée si, quand elle montra le signe --'^ à son roi, il y avait autre personne en sa compagnie, répondit, qu'à ce qu'elle pense, il n'y avait autre personne que lui, bien que, assez près, fussent beaucoup de gens.

Interrogée si elle a vu la couronne sur la tête de son roi, quand elle lui montra le signe, répondit : « Je ne puis vous le dire sans me parjurer. »

Interrogée si son roi avait une couronne, quand il fut à Reims, répondit, qu'à ce qu'elle pense, son roi prit volontiers la couronne qu'il trouva à Reims "' ; mais une bien plus riche fut apportée plus tard. Et fit cela pour hâter son fait, à la requête de ceux de Reims, pour éviter le fardeau des gens d'armes '^^. Et, s'il avait attendu, il aurait eu une couronne mille fois plus riche.

Interrogée si elle vit cette couronne, qui est plus riche, répondit :

— Je ne puis vous le dire sans encourir parjure. Et si je ne l'ai vu, j'ai oui dire qu'elle est à ce point riche et opulente.

Cela fait, nous avons terminé pour ce jour ; et nous avons assigné pour procéder ultérieurement le samedi, à huit heures du matin, requérant les assistants de se rendre au même endroit, au jour et à l'heure dits.

3 mars, sixième séance.

Item le samedi suivant, troisième jour de iuars, au lieu désigné plus haut, Jeanne comparut devant nous et en présence des révérends pères, seigneurs et maîtres : Gilles, abbé de la Sainte-Trinité de Fécamp ; Pierre, prieur de Longueville ; Jean de Ciiastillon,

Erard Emeiigart, Jean Beaupère, Jacques de Touraine, Nicolas Midi, Denis de Sabrevois, Nicolas Lami"s Guillaume Evrard"**, Pierre Maurice, Gérard Feuillet, Maurice du Quesnay, Pierre Houdenc, Jean de Nibat, Jacques Guesdon, docteurs en théologie sacrée ; — Guillaume, abbé de Sainte-Marie de Cormeilles, docteur en droit canon ; — Guillaume Desjardins, Gilles Canivet "', Roland L'Escrivain^'îo, Guillaume de La Chambre ^5', docteurs en médecine ; — l'abbé de Saint-Georges, Tabbé de Préaux, le prieur de Saint-Lô ; et aussi Nicolas Couppequesne, Thomas de Courcelles, Guillaume Le Maistre, Guillaume de Baudribosc, Jean Pigache, Raoul Le Sauvage, Richard de Grouchet, Pierre Minier, bacheliers en théologie sacrée ; — Jean Le Doulx, bachelier en l'un et l'autre droit ; Jean Duchemin, Jean Colombel, Raoul Anguy, Aubert Morel, bacheliers en droit canon ; — Geoffroy du Crotay, Bureau de Cormeilles, Nicolas Maulin, licenciés en droit civil, — et Nicolas Loiseleur, chanoine de la cathédrale de Rouen.

En leur présence, nous avons requis Jeanne de jurer de dire la vérité sur ce qui lui serait demandé, simplement et absolument. Elle répondit : « Comme autrefois j'ai fait, je suis prête de jurer. » Et ainsi elle jura, les mains sur les saints Évangiles.

Ensuite, comme elle avait dit que saint Michel avait des ailes, et que cependant elle n'avait pas parlé du corps et des membres des saintes Catherine et Marguerite, elle fut interrogée sur ce qu'elle en voulait dire. A quoi elle répondit : « Je vous ai dit ce que je. sais et ne vous en répondrai autre chose. » Dit également qu'elle a aussi bien vu ledit saint Michel et les saintes qu'elle sait bien qu'ils sont saint et saintes du paradis.

Interrogée si elle vit rien d'autre que leur visage, répondit :

— Je vous ai dit tout ce que je sais sur cela; et plutôt que de dire tout ce que je sais, j'aimerais mieux que me fissiez trancher le col !

Item dit que tout ce qu'elle sait, touchant le procès, elle le dira volontiers.

Interrogée si elle croit que saint Michel et saint Gabriel aient têtes naturelles, répondit :

— Je les ai de mes yeux vus, et crois que ce sont eux aussi fermement que Dieu est.

Interrogée si elle croit que Dieu les forma dans les mode et forme où elle les vit, répondit : oui.

Interrogée si elle croit qu'en ces mode et forme Dieu les a créés, dès le principe, répondit :

— Vous n'aurez autre chose pour le présent, fors ce que je vous ai répondu.

Interrogée si elle avait su par révélation qu'elle s'échapperait, répondit :

— Cela ne touche votre procès. Voulez-vous que je parle contre moi ?

Interrogée si les voix lui en dirent quelque chose, répondit ':

— Ce n'est de votre procès. Je m'en rapporte à Messire. Et si tout vous concernait, je vous dirais tout.

Dit en outre que, par sa foi, ne sait l'heure ni le jour où elle échappera.

Interrogée si les voix ne lui en ont rien dit en général, répondit :

— Oui vraiment, elles me dirent que je serai délivrée ; mais ne sais le jour ni l'heure ; et qu'hardiment, je vous fasse bonne chère -^'- !

Interrogée, quand pour la première fois elle vint devers son roi, s'il lui demanda si c'était par révélation qu'elle avait changé son habit, répondit :

— Je vous en ai répondu ; toutefois ne me rappelle s'il me fut demandé. Et cela est écrit à Poitiers.

Interrogée si elle se souvient que les maîtres qui l'examinèrent dans l'autre parti, les uns par l'espace d'un mois, les autres pendant trois semaines, l'aient interrogée sur le changement de son habit, répondit :

— Il ne m'en souvient. Toutefois ils me demandèrent où j'avais pris cet habit d'homme ; et je leur ai dit que l'avais pris à Vaucouleurs.

Interrogée si les dits maîtres lui demandèrent si elle avait pris cet habit suivant ses voix, répandit : « Il ne m'en souvient. »

Interrogée si la reine ^''^ ne s'enquit point du changement de son habit, quand la visita pour la première fois, répondit : « Il ne m'en souvient. »

Interrogée si son roi, ou la reine, ou autres de son parti ne la requirent point parfois de déposer son habit d'homme, répondit : « Ce n'est de votre procès. »

Interrogée si, au château de Beaurevoir ^^4^ elle n'en a pas été requise, répondit :

— Oui, vraiment. Et j'ai répondu que. ne le déposerais sans le congé de Notre Seigneur.

Item, dit que la demoiselle de Luxembourg ^'5 et la dame de Beaurevoir-'^ lui offrirent habit de femme, ou drap pour le faire, et lui requirent qu'elle le portât. Et elle répondit qu'elle n'en avait pas congé de Notre Seigneur, et qu'il n'était pas encore temps.

Interrogée si messire Jean de Pressy et autres à Arras'''' ne lui offrirent point d'habit de femme, répondit : « Lui et plusieurs autres m'ont plusieurs fois demandé que prisse tel habit. »

Interrogée si elle croit qu'elle eût délinqué ou fait péché mortel en prenant habit de femme, répondit qu'elle fait mieux d'obéir à son souverain Seigneur, c'est assavoir Dieu, et de le servir. Item dit que si elle dût l'avoir fait, elle l'eût plutôt fait à la requête de ces deux dames que d'autres dames qui soient en France, sa reine exceptée.

Interrogée, quand Dieu lui révéla qu'elle changeât son habit, si ce fut par la voix de saint Michel, de sainte Catherine ou de sainte Marguerite, répondit : « Vous n'en aurez maintenant autre chose. »

Interrogée, quand son roi la mit premièrement en œuvre et qu'elle fît faire son étendard, si les gens d'armes et autres gens de guerre ne firent faire pannonceaux ^'^^ à la manière du sien, répondit : « Il est bon à savoir que les seigneurs maintenaient leurs armes. » Item répondit : « Certains compagnons de guerre en firent faire à leur plaisir, et les autres non. »

Interrogée de quelle matière ils les firent faire, si ce fut de toile ou de drap, répondit : « C'était de blancs satins et il y avait en cer-

tains les fleurs de lis. » Et n'avait ladite Jeanne que deux ou trois lances ^59 en sa compagnie; mais les compagnons de guerre parfois faisaient faire des pannonceaux à la ressemblance des siens; et ne faisaient cela que pour reconnaître les siens des autres.

Interrogée si les pannonceaux étaient assez souvent renouvelés, répondit : « Je ne sais ; quand les lances étaient renouvelées, on en faisait faire de nouveaux. »

Interrogée si elle ne dit point que les pannonceaux qui étaient à la ressemblance des siens portaient bonheur, répondit qu'elle disait bien parfois aux siens : « Entrez hardiment parmi les Anglais » ; et elle-même y entrait.

Interrogée si elle leur dit qu'ils les portassent hardiment et qu'ils auraient bonheur, répondit qu'elle leur dit bien ce qui était advenu et adviendrait encore.

Interrogée si elle mettait ou faisait mettre l'eau bénite sur les pannonceaux, quand on les prenait de nouveau, répondit: « Je n'en sais rien; et si ce fut fait, ce n'a pas été sur mon commandement. »

Interrogée si elle n'y a point vu jeter d'eau bénite, répondit : « Cela n'est pas de votre procès » ; et si elle en a vu jeter, elle n'est maintenant avisée d'en répondre.

Interrogée si les compagnons de guerre ne fiiisaient pas mettre en leurs pannonceaux jhesus maria, répondit : « Par ma foi, je n'en sais rien. »

Interrogée si elle n'a pas tourné ou fait tourner toiles, par manière de procession, autour d'un autel ou d'une église, pour faire pannonceaux, répondit que non et n'en a rien vu faire.

Interrogée, quand elle fut devant Jargeau ^•'°, sur ce qu'elle portait derrière son heaume, et s'il n'y avait pas quelque chose de rond ^'*', répondit : « Par ma foi, il n'y avait rien. »

Interrogée si elle ne connut pas frère Richard ^'*^, répondit : ^ Je ne l'avais jamais vu quand je vins devant Troyes ^'^K »

Interrogée quelle chère frère Richard lui fit, répondit que ceux de la ville de Troyes, comme elle pense, l'envoyèrent devers elle, disant qu'ils redoutaient qu'elle ne fût pas chose envoyée de par

Procès di; Jeanne d'Arc. — II. 5

6G PROCÈS DE CONDAMNATION DE JEANNE d'aRC

Dieu ; et quand frère Richard vint devant elle, en approchant il faisait le signe de la croix et jetait de l'eau bénite. Et elle lui dit : « Approchez hardiment, je ne m'envolerai pas ! »

Interrogée si elle n'a point vu, ou fait faire certaines images ou peintures à sa ressemblance, répondit qu'elle vit, à Arras, une peinture dans les mains d'un Écossais ; et il y avait son image, toute armée ; et présentait une lettre à son roi, et était agenouillée d'un genoux. Et dit qu'onques ne vit ou fit faire autre image ou peinture à sa ressemblance ^'^^.

Interrogée si, dans la m.aison de son hôte, à Orléans '''^^^ il n'y avait point un tableau, où il y avait trois femmes peintes et l'inscription : Justice, Paix, Union, répondit qu'elle n'en sait rien.

Interrogée si elle ne sait point que ceux de son parti aient fait dire services, messes et oraisons pour elle -+^, répondit qu'elle n'en sait rien ; et si ils firent dire services, ils ne l'ont point fait par son commandement ; et s'ils ont prié pour elle, il lui est avis qu'ils n'ont point fait de mal.

Interrogée si ceux de son parti croient fermement qu'elle soit envoyée de par Dieu, répondit : « Ne sais s'ils le croient, et m'en attends à leur courage ^+7 ; mais s'ils ne le croient, je suis bien envoyée de par Dieu ! »

Interrogée si elle croit qu'ils aient bonne croyance, en croyant qu'elle soit envoyée de par Dieu, répondit: « Si ils croient que je suis envoyée de par Dieu, ils ne sont point abusés ^^s. »

Interrogée si elle ne savait pas le sentiment de ceux de son parti quand ils lui baisaient les pieds, les mains et ses vêtements, répondit que beaucoup de gens la voyaient volontiers ; et dit qu'ils lui baisaient les mains [et les vêtements] et qu'elle n'en pouvait mais. Car venaient les pauvres gens volontiers à elle, pour ce qu'elle ne leur faisait point de déplaisir, mais les supportait à son pouvoir.

Interrogée quelle révérence lui firent ceux de Troyes, à son entrée, répondit : « Ils ne m'en firent point » ; et dit, qu'à son avis, frère Richard entra en même temps qu'eux à Tro^'es. Mais n'a point souvenir si elle le vit à l'entrée ^^'^ .

Interrogée s'il ne fit point de sermon à l'entrée, lors de sa venue, répondit qu'elle ne s'y arrêta guère ^5° et n'y coucha jamais; quant au sermon, elle n'en sait rien.

Interrogée si elle fut beaucoup de jours à Reims, répondit : « Je crois que nous y fûmes quatre ou cinq jours ^5 1. »

Interrogée si elle n'y leva point des fonts du baptême un enfant, répondit qu'à Troyes, en leva un ; mais à Reims, elle n'en a point mémoire, ni à Château-Thierry; et aussi en leva deux à Saint-Denis. Et volontiers donnait aux fils le nom de Charles, pour l'honneur de son roi, et aux filles, celui de Jeanne ; et parfois les nommait comme les mères le voulaient.

Interrogée si les bonnes femmes de la ville ne faisaient pas toucher leur anneau à l'anneau qu'elle portait, répondit : « Maintes femmes ont touché à mes mains et anneaux ; mais ne sais point leur pensée et intention. »

Interrogée qui furent ceux de sa compagnie qui prirent papillons^52 en son étendard, devant Château-Thierry ^53^ répondit que ce ne fut onques fait ou dit dans leur parti ; mais ceux du parti de deçà l'ont controùvé*î+.

Interrogée sur ce qu'elle fit à Reims des gants ^5 5 avec lesquels son roi fut sacré, répondit : « II y eut une livrée de gants ■^''^ pour bailler aux chevaliers et aux nobles qui étaient là. » Et il y en eut un qui perdit ses gants ; mais elle ne dit point qu'elle les ferait retrouver.

Item dit que son étendard fut en l'église de Reims ; et lui semble que son étendard fut assez près de l'autel, et elle-même le tint un peu ; mais elle ne sait point que frère Richard le tint.

Interrogée, quand elle allait par pays, si elle recevait souvent le sacrement de confession et de l'autel, quand elle s'arrêtait aux bonnes villes, répondit que oui, l'un et l'autre.

Interrogée si elle recevait lesdits sacrements en habit d'homme, répondit que oui ; mais n'a point mémoire de les avoir reçus en armes. Interrogée pourquoi elle prit la haquenée de l'évêque de Senlis ^>', répondit : « Elle fut achetée deux cents saluts'^s. » S'il les eut ou non, elle ne le sait; mais il en eut assignation et il en fut payé. Et

lui écrivit qu'il pourrait la recouvrer, s'il voulait, et qu'elle n'en voulait point, et qu'elle ne valait rien pour résister à la peine.

Interrogée quel âge avait l'enfant qu'elle ressuscita -59 à Lagny ^^°, répondit : « L'enfant avait trois jours » ; et fut apporté à Lagny devant Notre-Dame ^^'. Et lui fut dit que les demoiselles de la ville étaient devant Notre-Dame et qu'elle voulût y aller prier Dieu et Notre-Dame de rendre vie à l'enfant ; et elle y alla et pria avec les autres. Et finalement la vie apparut en lui et il bâilla trois fois; et puis fut baptisé : mais bientôt il mourut et fut enterré en terre sainte. Et il y avait trois jours, comme l'on disait, que dans cet enfant la vie n'était apparue ; et il était noir comme sa cotte. Mais quand il bâilla, la couleur commença à lui revenir. Et était ladite Jeanne avec les demoiselles à genoux devant Notre-Dame à faire sa prière.

Interrogée s'il ne fut point dit par la ville qu'elle avait obtenu cette résurrection , et que c'était fait à sa prière, répondit : « Je ne m'en enquis '^omr.^^''. »

Interrogée si elle connut ou vit Catherine de La Rochelle ="^-% répondit que oui, à Jargeau et à Montfaucon en Berry '^^.

Interrogée si- Catherine ne lui montra point une dame vêtue de blanc, qu'elle disait lui apparaître parfois, répondit que non.

Interrogée sur ce que lui dit cette Catherine, répondit que cette Catherine lui dit qu'une dame blanche venah à elle, vêtue de drap d'or, qui lui disait qu'elle allât par les bonnes villes et que le roi lui baillât des hérauts et des trompettes pour faire crier que quiconque aurait or, argent ou trésor caché, l'apportât bientôt ; et que ceux qui ne le feraient pas, et qui en auraient de caché, elle les connaîtrait et saurait bien trouver lesdits trésors; et que ce serait pour payer les gens d'armes de Jeanne. A quoi ladite Jeanne répondit qu'elle retournât vers son mari faire son ménage et nourrir ses enfants. Et, pour en avoir certitude, elle parla à sainte Catherine ou â sainte Marguerite, qui lui dirent que du fait de cette Catherine il n'y avait que folie, et que c'était tout néant. Et écrivit à son roi qu'elle lui dirait ce qu'il en devait faire. Et quand elle vint à lui, elle lui dit que c'était folie et tout néant du tait de ladite Catherine. Toutefois

PROCÈS DK CONDAMNATION DE JEANNE d'aRC 69

frère Richard voulait qu'on la mît en œuvre. Et ont été très mal contents de ladite Jeanne lesdits frère Richard et ladite Catherine.

Interrogée si elle ne parla pas à Catherine de La Rochelle d'aller à la Charité-sur-Loire -^5, répondit que ladite Catherine ne lui conseillait point qu'elle y allât, et qu'il faisait trop froid, et qu'elle n'irait pas.

Item dit à ladite Catherine, qui voulait aller devers le duc de Bourgogne pour faire paix, qu'il lui semblait qu'on n'y trouverait point de paix, si ce n'était par le bout de la lance.

Item dit qu'elle demanda à cette Catherine si la dame blanche qui lui apparaissait venait toutes les nuits, disant vouloir pour ce coucher avec elle en même lit. Et y coucha et veilla jusqu'à minuit, et ne vit rien ; et puis s'endormit. Et, quand vint le matin, elle demanda à Catherine si la dame blanche était venue. Elle lui répondit que oui, tandis que dormait alors ladite Jeanne, et qu'elle ne l'avait pu réveiller. Alors Jeanne lui demanda si elle ne viendrait pas une autre nuit ; et ladite Catherine lui répondit que oui. C'est pourquoi Jeanne dormit de jour, afin qu'elle pût veiller toute la nuit suivante. Et coucha cette nuit-là avec ladite Catherine, et veilla toute la nuit ; mais elle ne vit rien, bien que souvent elle demandât à Catherine si ladite dame ne viendrait point. Et ladite Catherine lui répondait : « Oui, bientôt ! »

Ensuite Jeanne fut interrogée sur ce qu'elle fit sur les fossés de La Charité: répondit qu'elle y fit faire un assaut ; et dit qu'elle n'y jeta ou fit jeter eau bénite par manière d'aspersion.

Interrogée pourquoi elle n'entra pas dans ladite ville de La Charité, puisqu'elle en avait commandement de Dieu, répondit : « Qui vous a dit que j'avais commandement d'y entrer ? »

Interrogée si elle n'eut point conseil de sa voix, répondit qu'elle voulait venir en France -"^^ ; mais les gens d'armes lui dirent que c'était mieux d'aller premièrement devant La Charité.

Interrosée si elle fut lons;uement en la tour de Beaurevoir, répondit qu'elle y fut quatre mois ou environ -^T\ et dit que, quand elle sut que les Anglais devaient venir pour la prendre, elle fut

fort courroucée ; et toutefois ses voix lui défendirent souvent qu'elle ne sautât de la tour : et finalement, par terreur des Anglais, sauta et se recommanda à Dieu et à Notre-Dame, et fut blessée de ce saut. Et quand elle eut sauté, la voix de sainte Catherine lui dit qu'elle fît bonne chère ^^^ [et qu'elle guérirait] ^^'^ et que ceux de Compiègne auraient secours.

Item dit qu'elle priait toujours pour ceux de Compiègne^'?*' avec son conseil.

Interrogée sur ce qu'elle a dit quand elle eut sauté, répondit que certains disaient qu'elle était morte ; et sitôt qu'il apparut aux Bourguignons qu'elle était en vie, ils lui dirent qu'elle s'était sauvée ^''.

Interrogée si elle ne dit point qu'elle aurait mieux aimé mourir que d'être entre la main des Anglais, répondit qu'elle aimerait mieux rendre son âme à Dieu que d'être en la main des Anglais.

Interrogée si elle ne se courrouça point alors, et ne blasphéma point le nom de Dieu, répondit qu'onques ne maugréa saint ni sainte, et qu'elle n'a point accoutumé de jurer.

Interrogée sur le fait de Soissons, et sur le capitaine ^'^ qui avait rendu la ville, et si elle avait renié Dieu [et dit que] si elle tenait ledit capitaine elle le ferait trancher en quatre pièces, répondit qu'elle ne renia onques saint ni sainte, et que ceux qui l'ont dit ou rapporté ont mal entendu.

Tout s'étant passé ainsi, Jeanne fut reconduite au lieu qui lui avait été assigné pour prison ; puis nous, évêque susdit, nous dîmes que, continuant le procès sans aucune interruption, nous appellerions quelques docteurs et gens expérimentés en droit canon et civil qui recueilleraient ce qui est à recueillir parmi les choses confessées par ladite Jeanne, ses réponses ayant été rédigées par écrit; et après les avoir vues et recueillies, s'il y avait quelques points sur lesquels cette Jeanne semblait devoir être plus amplement interrogée, elle serait interrogée par certains que nous lui députerions, sans qu'il soit besoin de déranger toute la foule des assesseurs. Tout serait rédigé par écrit chaque fois qu'il serait

PROCÈS DE CONDAMNATION DE JEANNE d'aRC Jl

opportun de le faire, afin que lesdits docteurs et experts pussent en délibérer et bailler leurs opinions et conseils. Nous leur dîmes alors qu'ils eussent dès maintenant à étudier et à voir chez eux, sur la matière et sur ce qu'ils avaient déjà entendu du procès, ce qui leur semblerait à faire, et qu'ils pussent en référer à nous ou à nos députés et commis, ou conserver à part eux leurs opinions, et, maturément et salubrement, en délibérer en lieu et temps opportuns et nous donner leur opinion. Nous avons défendu enfin à tous et à chacun des assesseurs de s'éloigner de cette cité de Rouen avant la fin du procès et sans notre congé.

Page 1