I. — Rôle de F Université de Paris dans Je Procès
11 est sur la montagne Sainte-Geneviève, sur la sainte montagne de la science, dans la très paisible rue de Sorbonne,
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au milieu de tant de collèges, de jardins, de couvents, de venelles puantes où l'eau et les immondices séjournent, un pauvre collège et une chapelle que hantent des clercs hâves et de jeunes religieux : c'est l'insigne maison de Sorbonne. Là se rencontrent maîtres et élèves, discjpjes souvent âgés, souvent faméliques, qui, pendant tant d'années ont partagé une misère commune, un peu de paille, ont enduré le froid et la faim, aspirant aux titres dejjcencié, de maître qui permettrontauxuns de professer, aux autres de méditer, et procureront aux plus habiles l'unique et grand mo3Tn de parvenir : l'accès aux bénéfices. Ils sont rassemblés là, les fils de toutes les provinces de France, groupés en Nations, a-ssoiffés de science, de bonne doctrine, accomplissant le vœu d'une mère pieuse, orgueil de leur village et parfois de leur province. Timides, pauvres, jimHtieux, ils élucident solennellement les textes sacrés de l'ancien et du nouveau Testament, s'entraînent aux lectures et aux discussions, aux prédications, rongés de soucis, amaigris par les veilles, toujours prêts à écraser l'erreur, à défendre la foi catholique, aptes à soutenir sur les mêmes conclusions des opinions opposées, dans l'attitude de lutteurs.
Et non loin, dans la rue du Clos-Bruneau, ou à Saint-Jean de Beauvais, sont groupés les nombreux auditeurs des cours sur le Décret et les Décrétales, idoines à administrer les églises, à discuter les affaires des chapitres et des cures, à l'enseignement et au commentaire des lois.
Aux environs de Saint-Côme se tiennent les docteurs et les étudiants en médecine, en petit nombre ; rue du Fouarre, dans les échoppes et parfois dans la rue, se presse la foule plus turbulente des artiens, étudiants en sciences, en philosophie et en lettres".
C'est sur la montagne Sainte-Geneviève que se sont formées les camaraderies ; c'est là qu'est né l'esprit de corps.
I . Cf. Jean de Jandun et Guillebert de Metz dans Le Roux de Lincy, Puris et ses historiens aux XIF<^ et XV« siècles, 1867, p. 39-45; P- 165-182; Pasquier, Les Recherches sur la France, 1. IX.
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s'il préféra quitter Rouen plutôt que d'avoir à donner son opinion à l'évêque de Beauvais sur la régularité formelle et foncière du procès : « et si n'avoit quelque conseil icelle femme, qui estoit une simple fille, pour respondre à tant de maistreset de docteurs, et en grandes matières, spéciallment celles qui touchent ses révélations, comme elle disoit. Et pour ce lui sembloitque le procez n'estoit pas valable... Vous voyez la manière comment ilz procèdent : ilz la prendront, s'ils peuvent, par ses paroles... » (Déposition de Guillaume Manchon.)
Ainsi agencée et solennellement menée, Tafïaire de Jeanne ne pouvait avoir que la triste issue qu'elle a eue. Et il conviendra d'admirer désormais comment le Procès de Réhabilitation a pu être conduit. Ce procès n'était plus l'affaire du roi; il n'était pas facile à l'Église de détruire le monument qu'elle avait elle-même édifié. Ce n'est guère qu'après 1452 qu'on reprendra courage en France et que les témoignages en faveur de Jeanne oseront se produire au grand jour,