SI
neijl, aussi célèbre que M. Lamennais; on n'invoque pas contre la supériorité d'un tel esprit le principe de l'égalité de la loi, sans trouble, sans effort, sans déchirement. Il n'y a que les niveleursde l'école révolutionuaire que le talent n'a pas le don d'émouvoir, qui font tomber sans hésitation, sans scrupule, peut-être même sans remords, les têtes de Bailly, Lavoisicr, Condorcet, Champfort, Cazotlc, ïhouret, André Chénier, etc. Il est une doctrine que nous avons constamment soutenue, c'est celle de la stricte observation des lois en tous temps et envers tous, quelque imparfaites ou quelque sévères qu'elles puissent être. Appliquer les lois Ior^llu'ellos sont vicieuses, c'est bfiter le jour de leur réforme ou de leur abrogation. 11 n'y a de lois redoutables et longtemps rigoureuses que colles que le pouvoir laisse sommeiller, que celles que l'arbitraire peut soudainement tirer de la désuétude. Ce qui constitue, suivant nous, l'intimidation, système qui nous a toujours eu pour adversaire, ce n'est pas l'énergie, mais l'intermittence delà répression. Le ministère public, le jury, la magistrature, en poursuivant et en condamnant l'auteur du libelle intitulé : le Pays et le Goiwernement, sans s'arrêter à cette considération que M. Lamennais était aussi l'auteur de l'Essai sur l'indifférence en matière de religion et de l'Esquisse d'une P/iilosophie, ont donc rempli, quoi qu'il pût leur en coûter, les devoirs que la loi et la société leur prescrivaient. Nul doute qu'a son tour le gouvernement ne fasse le sien ! 11 n'exigera pas que l'orgueil du grand écrivain s'humilie ; il ne souffrira pas que les verroux d'une prison s'ouvrent devant un vieillard sexagénaire que l'entraînement de la popularité a pu égarer, mais dont l'étude, avant le temps, a courbé la tête sur la frêle poitrine ! Sans doute le mal que peut causer l'abus qu'un écrivain fait de ses facultés se mesure à leur étendue, et, de môme que la hauteur des clochers tente la foudre, il est des circonstances aussi où l'illustration des écrivains doit appeler l'énergie de la répression ; mais si la sincérité de la justice n'admet aucune exception au principe de l'égalité devant la loi, il n'en est pas ainsi du ministre qui gouverne; il a une autre tâche à remplir que le magistrat qui juge : celui-ci n'a pas de responsabilité ; il n'a de compte à rendre qu'il sa conscience; celui-là en doit a son pays et à son siècle; celui-là u'ost pas seulement tenu d'être juste, mais encore d'être habile, éclairé, généreux, magnanime! Celui-ci n'a jamais que des prévenus à absoudre ou à condamner, celui-là a des ennemis à désarmer, des partis h décoDcerîcr. Il est des cas où la démence n'est pas moins un devoir qu'un droit, où la sévérité de la loi a besoin, pour atteindre son but, d'être aidée par la générosité du pouvoir! — Ce s^ut là des véiilés que
nul ne saurait mieux comprendre que le ministre qui s'appelle Guizot, lorsqu'il s'agit d'un écrivain qui se noranio Latiiennais !