‹ Procès de réhabilitation de Jeanne d'ArcChapitre 165 sur 171 · DÉPOSITION DE L'ÉVÊQUE JEAN DE MAILLY 3S · texte numérisé non relu

DÉPOSITION DE L'ÉVÊQUE JEAN DE MAILLY 3S

Mais les détails ne m'en sont pas restés. Le lendemain, j'assistai à la prédication faite à Saint-Ouen par maître Guillaume Érard. Il y avait là deux estrades ou échafauds *. Sur un échafaud étaient l'évêque de Beau vais, plusieurs autres et moi. Sur le second échafaud se tenaient le prédicateur Guillaume et Jeanne. Les paroles dites par le prédicateur, je ne me les rappelle pas; mais je me rappelle bien que, ce jour-là ou la veille, Jeanne dit que, si dans ses propos ou dans ses actes il y avait quelque mal, bien ou mal cela procédait d'elle, et que son roi ne lui avait rien fait faire ^.

La prédication finie, je m'aperçus qu'on donnait un ordre à Jeanne. J'imagine qu'il s'agissait de l'abjuration. On lui disait : « Jeanne, faites ce qu'on vous conseille. Voulez-vous vous faire mourir ? » Ces paroles vraisemblablement la touchèrent. Elle abjura.

Après l'abjuration, force gens disaient : « C'est une pure trufferie. Jeanne n'a fait que se moquer'. »

Dans le nombre, un Anglais, homme d'église et docteur, qui appartenait à la maison du cardinal d'Angleterre, apostropha ainsi l'évêque de Beauvais : « Vous procédez dans cette matière avec trop grande complaisance et vous vous montrez favorable à Jeanne. » —

1. « Erant duo ambones seu duo scaphalda, gallice eschar^ faulx.

2. « Quod si in dictis vel factis suis erat aliquod malum, sive bene vel maie dictum vel factum, hoc procedebat ab eâ, nec / 8UU8 rex aliquid fecerat sibi fieri ».

3. « Plures dicebant quod noD erat nisi truffa et quod non fecerat nisi deridere. »

« Vous mentez, » répondit l'évêque de Beauvais. — « Docteur, taisez-vous, » ajouta le cardinal.

Comme je l'ai déclaré, plusieurs assistants disaient qu'ils ne faisaient pas cas de cette abjuration et qu'elle n'était qu'une plaisanterie. Il me sembla en effet que Jeanne ne prenait guère son abjuration au sé.ieux ni n'en tenait grand compte. A mon avis, tout ce qu'elle en fit, elle le fit vaincue par les prières des assistants.

Rentrée en prison, Jeanne quitta ses habits -d'homme. Peu de temps après, elle les reprit. J'ai entendu raconter qu'on les lui fît passer par une fenêtre.

Quand vint le jour où elle devait être brûlée, j'assistai à la dernière prédication qui lui fut faite. Il y avait là trois ambons ou échafauds. Sur un échafaud étaient les juges; sur un autre les prélats, dont j'étais; et sur un troisième les tas de bois qui formaient le bûcher.

Le sermon fini, l'évoque prononça la sentence qui livrait Jeanne à la justice séculière. Jeanne se mit alors à faire maintes pieuses exclamations et lamentations. Entre autres choses elle dit qu'elle n'avait jamais été induite par le roi à faire ce qu'elle faisait, soit bien, soit mal*. Là-dessus, je partis, ne voulant pa? la voir brûler. Je vis plusieurs des assistants qui pleuraient.

Dans certaines lettres de garantie que le roi d'Angleterre a données à l'évoque de Beauvais et aux autres

i. (( Inter alla diccbat quod nuiiquam fuerat inducta per regem ad faciendum ea qu« faciebat, sive bene, slve maie »•

DÉPOSITION DE L'ÉVÊQUE JEAN DE MAILLY 3jo

personnes mêlées au procès de Jeanne, je suis signalé, moi évêquef de Noyon, comme présent. Que je fusse présent en effet quand ces lettres ont été délivrées, je veux le croire; mais je ne m*en souviens pas bien*. Une chose qui est à ma connaissance, c'est que Tévêque de Beauvais, qui dirigeait le procès, ne le dirigeait point à ses frais, mais aux frais du roi d'Angleterre. Les dépenses qu'on faisait, les Anglais les payaient. Je ne sais rien autre.

1. Que tout cela est embarrassé! On comprpnd que Tévêque de Noyon trouve profit à iusiimer qu'il Tut étran^pr £i ces impudeDtes lettres de garantie qu'on donna aux juges de Jeanne pour les sauvegarder contre tonte revendication de justice. Mais il est bien expressément constaté que Jean de Mailly fut, en cette circonstance, comme i\ Tétait d'babitude, le coopérateur du cardinal de Winchester, à côté des évoques de Beauvais et de Nordwicls, des abbés de Fécamp et du Mont-Saint-Micbel,'etc. (Voir Procès de condamnation, page 425.)

^^WW^<W^W»»»<»»l»<^ M I» W

Page 1