‹ Procès de réhabilitation de Jeanne d'ArcChapitre 171 sur 171 · Fuit ducta ad supplicium cum magna furia · texte numérisé non relu

Fuit ducta ad supplicium cum magna furia

Plusieurs de ceux qui avaient assisté au procès étaient fort irrités, lis trouvaient excès de rigueur et injustice dans le traitement infligé à Jeanne. «Mal jugé », telle était la voix commune.

Je n'ai plus rien à ajouter, sinon qu autrefois, dans un vieux livre où Ion faisait connaître les prophéties de Merlin, j'ai trouvé écrit que d'un bois chenu des pays de Lorraine il devait venir une pucelle*.

1. Voir UD témoignage analogue de Dunois et la citation de Merlin (p. 202). Voir aussi le témoignage de récuyer Gobert Thibault (p. 162), le témoignage de la femme Leroy er et les . paroles de Jeanne sur ce point (p. 123).

Outre le passage que j'ai cité (p. 202), il y a dans Merlin d'autres passages dont on fit l'application à Jeanne, notamment celui-ci ; « Ex urbe canuti nemoris eliminabitur puella ut t> medelx curam adhibeat; quée^ ut omnes arces inietnt, solo an-^ » helitu suo fontes siccabit.., Lacrimis miserandis manabit ipsa . ») et clamore honndo replebit insulam, Interficiet eam cervus y> decem ramorum. » De la ville du bois chenu devra franchir le seuil une pujcelle, pour employer ses soins à la guérison. Cette pucelle, après avoir forcé toutes les ciladelles, mettra à sec par sa seule haleine les fontaines empoisonnées.,. Elle se répandra en pitoyables pleurs et remplira Vile d'une clameur horrible. Le cerf à dix branches la tuera.

Evidemment Merlin avait voulu parler de Jeanne venant de DomrenDy, qui est au seuil du bois chenu, pour rendre la santé au royaume de France si malade. Jeanne ne forçait-elle pas , toutes les citadelles, au figuré, quand elle se faisait accepter par le roi, par les grands, par les clercs de Poitiers; au propre^ quand elle pénétrait dans Orléans, venait à bout des bastilles anglaises, de Jargeau et de Beaugency? Son haleine mettant à sec les fontaines empoisonnées, c'était sa parole réduisant à l'impuissance les perfides qui lui dressaient des pièges i et tarissant la source de leurs complots. Ses pleurs, c'était cette ^ pitié que Jeanne montra pour le royaume de France, et pour

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tous ceux qui souffraient, même quand ils étaient ses ennemis. La clameur remplissant Tile, c'était ce deuil et cette épouvante que Jeanne sema en Angleterre par ses victoires. Le cerf éi dis branches, c'était Henri VI, qui avait dix ans quand Jeanne mourut.

A ces interprétations il n'y avait qu'un malheur, c'est qu'on y arrivait en forçant les textes, en supprimant des passages intermédiaires non applicables à Jeanne et en oubliant que la prophétie de Merlin visait explictement une ville galloise, Winton.

Parmi les prophéties qu'on évoqua à propos de Jeanne, il y en a une, très ignorée et pourtant bien curieuse, attribuée à Eugélide, princesse de Hongrie, par l'inquisiteur Jean Brehal, qui allègue ces textes, et à qui nous devons de les connaître. (Recol- LECTio. — Puisse ce volumineux mais curieux mémoire être un jour édité!) Je vais traduire la prédiction en entier, sauf un ou deux détails sans portée :

M lis insigne, sur lequel tant de princes ont versé leur rosée, et qui as été semé du milieu d'un délectable parterre, avec un rempart de fleurs et de roses au merveilleux parfum ! Voici que des bêtes brutes venues du dehors, et d'autres nourries sur ton sol, joignant cornes à cornes, se sont unies pour ta destruction. Déjà elles t'étouffent, elles te déracinent. Mais du côté même dés régions où s'est répandu le poison ennemi {les régions où les Bourguignons dominent) va naître une pucelle, signalée par une petite tache rouge écarlate qui a pparatt derrière son oreille droite, par son mol et doux parler et par son cou court, (u Antecedenteque » aurem rétro dextram modico signo coccineo, remisse fabu- » lantCy cdVo modico. .n) Elle chassera ces bêtes destructrices; elle t'arrosera d'ondées rafraîchissantes, et à Reims elle ceindra heureusement la tête de Tenfant des lys, Charles fils de Charles, d'une couronne qui ne sera point l'œuvre d'une main mortelle. A l'entour, tout sera en émotion, et le peuple criera : « Vive le lys I En fuite la bête ! Fertilité au parterre I » Puis, joignant flotte à flottes, elle ira aux champs dans l'île {VAngletei^ré)^ et là périront battues nombre de ces bêtes. Suivra une paix dont beau coup jouiront. Les clefs de maintes cités reconnaîtront d'ellesmêmes la main qui les a faites. (« Multorum claves ultro suum

» opifiçem recognoscent. »^ Les citoyens d'une célèbre ville (Paris) seront exterminés par suite du désastre qu'aura attiré sur eux leur parjure, et de grands pans de murs tomberont à l'entrée des triomphateurs. Pour lors, le parterre du lis sera purifié de tout contact ennemi et longtemps il restera florissant. »

Dans ma conviction, la prophétie dut être imaginée ou du moins arrangée peu après lavènement de Jeanne, quand on espérait que ses victoires aboutiraient à une descente en Angleterre, où elle voulait délivrer le duc d'Orléans. Les détails du petit signe rouge écarlate derrière CoreiUe droite, du mol et doux parler f du cou courte devaient s'appliquer exactement à la pucelle qui, au surplus, était belle et bien faite, d'après la déposition de son intendant Jean d'Aulon {voir ci-dessus, page 249}, robuste et infatigable, d'après la déposition du président Simon Charles (p. 149), avait à la fois l'air riant et l'œil facile aux larmes, d'après la relation du conseiller-chambeilan Perceval de Boulainvilliers (Jeanne d'Abc, libératrice de la France, p. 263), bonne prestance sous les armes et la poitrine belle, d'aprè» la déposition du duc d'Alençon (p. 174 et 183) ; le visage rustique et les cheveux noirs, d'après la relation du moine Philippe de Bcrgamc (Jeanne d'Arc, libératrice de la France, p. 255). Ces détails sont précieux, et je les signale à tous ceux, historiens, poètes ou artistes, qui portraictureront Jeanne.

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