‹ Procès de réhabilitation de Jeanne d'ArcChapitre 3 sur 171 · VI PREFACE · texte numérisé non relu

VI PREFACE

juges les dépositions des témoins qui Font connue. Ils constateront q^ie, si la Jeanne des anciens historiens est trop hiératique, la Jeanne de récents historiens est trop émancipée. A la Jeanne classique et à la Jeanne romantique ils substitueront la vraie Jeanne.

Les uns n'ont vu dans la Pucelle qu'une fille miraculeuse, figée dans le moule traditionnel des saintes et accomplissant une mission divine qu'ils ont systématiquement bornée au sacre du roi. Us n'ont soupçonné ni la croyante opposant aux consignes ecclésiastiques le témoignage de ses voix intérieures et les élans de sa libre individualité ; ni la Gauloise aussi gaillarde dang ses saillies qu'impeccable dans sa conduite; ni la tacticienne qui, d'instinct, poussait à ces prompts mouvements où triomphe la fougue française; ni l'initiatrice qui, dans le vague de ses rêves de guerre contre les hérétiques, aspirait à voir tous les royaumes unis par la paix chrétienne, de même qu'aujourd'hui nous aspirons à voir tous les peuples unis par la paix républicaine.

PRÉFACE vu

Les autres, parce que Jeanne s*est montrée rebelle aux théologiens de Rouen, ont voulu faire d'elle une révoltée contre l'Eglise, préludant aux revendications des futurs adversaires du despotisme théocratique.

Égale erreur.

Il ne faut ni affubler Jeanne des défroques de la légende dorée, ni la déguiser sous le masque de l'esprit moderne.

A force de vouloir trouver en elle le divin, on lui ôte son humanité. L'héroïne, si ingénue, si gaie, si tendre, si vive, si agissante, devient une entité froide. Sous la chape de plomb du surnaturel je n'aperçois plus que l'ombre de la bonne Lorraine.

Mais, autre excès, n'allons pas remplacer les effusions béates d'un mysticisme aveugle par les pédantesques dissertations d'un étroit rationalisme. Parce que cette enthousiaste opposa aux arguties et aux menaces des clercs de Rouen l'indépendance et l'inflexibilité de sa foi en ses inspirations, ne faisons pas d'elle une libre-penseuse. Parce que cette fille du peuple

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