V. DÉPOSmON DE GÉRARDIN, COMPÈRE
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Gérardin d'Épinal, laboureur, demeurant à Domremy, était le mari d'Isabellette, Tamie de Jeanne, que nous avons déjà entendue. Leur fils Nicolas avait eu Jeanne pour marraine. Or, dans les idées du temps, la marraine d'un enfant était sa seconde mère. De là le nom de commère que Jeanne donnait à Isabellette et le nom de compère qu'elle donnait à Gérardin. Gérardin avait soixante ans en 1456. Il déposa ainsi :
Il n*y a que du bien à dire des parents de Jeannette. Je les ai toujours connus pour de braves gens, catholiques fidèles et de bon renom.
Ayant habité le viUage de Domremy depuis Tâge de dix-huit ans, j'y ai vu et pratiqué Jeannette. Elle étaj^ modeste, simple et pieuse*. Fréquenter l'église et les lieux de dévotion était son plaisir. Je crois qu'elle se confessait volontiers. Elle avait tant de piété!
1. « Viditque et cognovit dictam Johannam verecuudam , simplicem devotamque. »
Jeannette travaillait, filait, sarclait et faisait les ouvrages nécessaires de la maison comme font nos filles.
Quant à l'arbre des Dames, je vous dirai, pour l'avoir vu, qu'une fois ou deux, au printemps, les seigneurs de Domremy et leurs dames emportaient du vin et du pain et allaient faire un repas sous son ombre. Aussi bien, en cette saison, l'arbre est beau comme les lis; il est large, touffu, et ses branches et son feuillage viennent jusqu'à terre t. C'est la coutume que filles et garçons du village aillent à l'arbre des Dames le dimanche des Fontaines. Ils emportent des pains faits exprès par leurs mères et vont faire leurs fontaines sous l'arbre. Là toute cette jeunesse chante et danse ; puis on revient par la fontaine-des-Groseilliers, où on mange le pain et où, on boit de l'eau de la fontaine. Jeannette allait avec les autres jeunes filles et faisait comme les autres jeunes filles faisaient^.
Jeannette a bien été à Neuf château ; mais peu de temps. Elle y était, ce me semble, avec son frère Jean d'Arc, maintenant prévôt de Vaucouleurs '. Elle gardait les bêtes de son père; mais elle revint vite au logis paternel, parce que, comme elle disait, il lui Aait à charge de rester à Neufchâteau *.
1. « Tune est pulchra sicut lilia, et est dispersa, ac folia et rami ejus veniunt usque ad terram. »
2. « Dizitque quod dicta Johanneta ibat cum aliis pnellis, et faciebat sicut alise puellse faciebant. »