DÉPOSITIONS DE TROIS VOISINS DU PÈRE D'ARC
connu en elle une bonne fillette. Jamais je n'entendis rien dire contre elle.
Dès l'ancien temps, les seigneurs de Domremy et leurs dames allaient se promener sous Tarbre des Dames. J'y ai vu aller le seigneur Pierre de Bourlemont avec sa femme et les demoiselles et les serviteurs de la maison. Aujourd'hui encore, le dimanche des Fontaines et au printemps, les jeunes filles et les garçons du village vont sous Tarbre. On apporte de petits pains, on se promène, on mange, on danse et on prend ses ébats. Jeannette allait avec les autres. Jamais je n'ai ouï dire qu'elle fût allée sous l'arbre pour un autre motif, ni seule sans ses compagnes.
Je ne sais rien autre.
Jacquier, de Saint- Amance, près de Nancy, laboureur, résidant à Domremy, âgé de soixante ans, dit:
Les parents de Jeannette, Jacques d'Arc et Isabellette, étaient des laboureurs bien réputés et bons catholiques.
Jeannette était une bonne fillette, craignant Dieu, allant volontiers à l'église, se confessant assidûment au temps pascal, et chaque jour occupée aux travaux de la maison. Bien des fois, pendant la veillée, je l'ai vue, chez moi, filant avec ma fille. Jamais je ne remar* quai rien de mal en elle. Quand il y avait lieu, elle gardait les animaux.
Aux beaux jours et en particulier le din^anche dcf
Fontaines, Jeannette allait se promener à Tarbre des Dames avec les autres jeunes fillesl
Je me souviens d'avoir vu Jeannette à Neufchâteau. Elle y menait aux champs les animaux de son père et de sa mère, qui, Tun et l'autre, étaient à Neufchâteau avec 'elle.
Je ne sais rien autre.
Jean Moen, de Domremy, charron, résidant à Coussey, près Neufchâteau, âgé de cinquanteaix ans, dit:
Le père et la mère de Jeannette étaient de bons catholiques, avaient bonne réputation et étaient en situation honnête comme laboureurs. Je le sais ; car j'étais le voisin des d'Arc.
Jeannette, je le dis pour l'avoir vu, fut, dès sa plus tendre enfance jusqu'à son départ de la maison paternelle, une fille bonne et chaste, craignant Dieu, assidue ' à l'église, zélée au travail, filant, faisant les travaux du ménage, et quelquefois gardant les animaux. Je croîs pouvoir dire qu'à partir du temps où elle eut la connaissance elle se confessait plusieurs fois l'an.
L'arbre des Dames est sous un bois, près du grand chemin par où Ton va à Neufchâteau. Filles et garçons du village vont s'y promener chaque année, généralement le dimanche des Fontaines. On y fait gaiement un goûter et on va boire aux fontaines qui sont près de l'arbre. Je ne sais rien autre.
ÎII. — DÉPOSITION DE DURAND LAXART, ONCLE
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Les vingt-trois témoins dont on a lu les dépositions dans les chapitres précédents, n'ont donné des détails que sur la vie et les mœurs de Jeanne enfant et sur son séjour à Neufchâteau. Nous allons maintenant entendre une nouvelle série de témoins qui nous parleront du séjour de Jeanne à Burey-le-Petit et à Vaucouleurs, de ses démarches auprès de Beaudricourt, de son départ pour France et de son arrivée à Chinon.
L'oncle de Jeanne, Durand Laxart, laboureur à Burey-le-Pelit, reçut ses premières confidences, eut foi en elle, brava les dédains de Baudricourt et n'épargna rien pour assurer la mission de Théroïne. Béni soit-il, cet humble paysan qui dota la patrie de sa libératrice !
Durand Laxart avait soixante ans, en 1456, quand il déposa ce qui suit :
Jeannette était une fille de bonne nature, pieuse, patiente, charitable. Elle aimait à fréquenter les églises, était exacte à se confesser et faisait Taunnône aux pauvres toutes les fois qu'elle le pouvait, ainsi que j'en ai été témoin, soit à Domrémy, soit à Burey-le-Petit, dans ma maison, où Jeannette resta pendant l'espace de six semaines *. Elle était assidue au travail, filait, allait à la charrue, gardait les bêtea et s'acquittait des autres besognes convenant aux femmes.
J'allai la prendre au logis de son père et Temmenai chez moi. Elle me disait qu'elle voulait se rendre en Franco, vers le dauphin, pour le faire couronner. « N'a-t-il pas jadis été dit, ajoutaiti-elle, que la France serait désolée par une femme et puis devait ôtre rélablio par une pncelle^? » Et ejle me demanda d'&ller dire au sire Robert de Baudricourt de Ja faire conduire là où était monseigneur le dauphin. Robert me dit à plusieurs reprises : « Ramenez-la au logis de son père et donnez-lui des soufflets ^ »
4. DanB Tinterrogatoire du 23 février, Jeanne a dit qu'elle resta chez son oncle à peu près huit jours, « et i})i wansit quasi por octo dies. » (Voir Procès de condamnation, page 68). Pour concilier TasBertion de Jeanne avec l'assertion do l^axart, il n'y a qu'à remarquer que Toncle, dans sou témoignage, doit indiquer la durée de tout le temps que Jeanne passa chez lui à plusieurs reprisas, tandis que Jeanne ne parle que du. temps quelle passa choz Laxart avant d'aller faire sa première visite à Robert de Baudricourt.
â. <( Nonne alias dictum fuit quod Francia par mulierem desolaretur et postea per mulierem restaurari dobebat? »