‹ Procès de réhabilitation de Jeanne d'ArcChapitre 90 sur 171 · DEPOSITION DE L'AVOCAT BARBIN · texte numérisé non relu

DEPOSITION DE L'AVOCAT BARBIN

même la nuit, et que souvent elJe entrait dans un petit oratoire de la maison pour y prier longuement.

Maints * clercs vinrent visiter Jeanne. Je citerai maître Pierre de Versailles, professeur de théologie, mort évoque de Meaux, et maître Guillaume Aimery, aussi professeur de théologie. Il y avait d'autres gradués en théologie dont je ne me rappelle pas les noms. Tous ces théologiens interrogèrent Jeanne autant qu'ils voulurent.

En ce temps-là, j'appris de la bouche de ces docteurs le résultat de leur examen. Ils avaient fait à Jeanne plusieurs questions. Elle répondait à toutes avec grande sagesse, comme eût fait un bon clerc. Aussi étaient-ils émerveillés de ses propos et croyaient-ils qu'il y avait là quelque chose de divin, étant donnés sa vie et ses comportements.

Finalement il fut conclu, après force examens et questions, qu'il n'y avait en elle aucun mal ni rien de contraire à la foi catholique, et que, vu la nécessité où étaient alors le roi et le royaume, prince et sujets étant «n désespoir et sans aide sur qui compter hors de la part de Dieu, le roi pouvait s'aider de Jeanne.

Dans le cours des délibérations, maître Jean Erault, professeur de théologie, raconta avoir ouï dire par une certaine Marie d'Avignon, jadis venue auprès du roi, qu'elle avait annoncé à celui-ci que le royaume

4. Ou : de ^rand* clercs. — Le manuscrit du fonds Notre-Dame porte magni, au lieu de muJti.

Isa PROCÈS DE RÉHABILITATION DE JEANNE

de France était appelé h beaucoup souffrir et supporterait force calamités; qu'elle avait eu beaucoup de visions touchant le royaume de France et entre autres choses voyait beaucoup d'armures qui lui étaient présentées à elle Marie, et qu'elles lui causaient de l'épouvante, dans la crainte où elle était d'être forcée de les prendre ; mais qu'il lui avait été dit de ne rien craindre vu que ce n'était pas elle qui aurait à s'armer, mais bien une pucelle, laquelle viendrait après elle, prendrait ces armes et délivrerait le royaume de France de ses ennemis. Et le théologien maître Erault croy^iit fermement que Jeanne était la pucelle dont Marie d'Avignon avait parlé.

Tous les hommes d'armes considéraient Jeanne comme une sainte. Dans l'armée, elle se comportait si bien selon Dieu, en ses dits et faits, que personne ne pouvait la reprendre.

Voici wii fait que je tiens de la bouche de maître Pierre de Versailles. Un jour où il se trouvait h Loches ; avec Jeanne, certaines gens, se jetantdans les jambes de son cheval, lui baisaient les mains et les pieds. Maître Pierre dit à Jeanne : « Vous faites mal de souffrir telles choses. Gela ne vous est pas dû. Défendez-vous-en ; car vous entraînez les hommes à l'idolâtrie » Jeanne répondit : « En vérité, je ne saurais m'en garder, si Dieu ne m'en gardait *. »

1. « Ipse autem oidem Johannse dixit quod maie faciebaitalia pati, qua» non sibi spectabant, dicfiudo qiiod ravoret n talibus, quia faciebat homines idolatrare. » Ipsa Johanna respondit :

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