DÉCLARATION DES EXAMINATEURS DE JEANNE
« Le roi, attendu la nécessité de lui et de son » royaume, et considéré les continues prières de son » pauvre peuple envers Dieu et tous autres aimant » paix et justice, ne doit point débouter ni déjeter la Pu- » celle qui se dit être envoyée de par Dieu pour lui » donner secours, nonobstant que ces promesses » soient seules œuvres humaines; ni aussi ne doit » croire en elle tantôt et légèrement. Mais, en suivant » la sainte Écriture, il la doit éprouver par deux ma- » nières : c'est à savoir par prudence humaine en » s'enquérant de sa vie, de ses mœurs et de son inten- » tion comme dit saint Paul l'Apôtre, Probate spiritus, » si ex Deo sunt (Éprouvez les esprits, s'ils sont de » Dieu); et, par dévote oraison, requérir signe » d'aucune œuvre ou espérance divine par quoi » on puisse juger qu'elle est venue de la volonté de » Dieu. Ainsi commanda Dieu à Achab qu'il demandât » signe, quand Dieu lui faisait promesse de victoire, en » lui disant : Pete signum a Domino (Demandez un » signe au Seigneur); et semblablement fit Gédéon » qui demanda signe, et plusieurs autres.
» Le roi, depuis la venue de ladite Pucelle, a observé » et teAu les œuvres et les deux mœurs [manières] * sus- » dites : c'est assavoir probation par prudence humaine » et par oraison, en demandant signe de Dieu.
» Quant à la première, qui est par prudence humaine, » il a fait éprouver ladite Pucelle de sa vie, de sa nais-
i. Le textn porte meurs, Buchon substitue manières. Cette correction est assez rationnelle.
no PROCÈS DE REHABILITATION DE JEANNE
» sance, de ses mœurs, de son intentiou, et l'a fait » garder avec lui, bien durant l'espace de six semaine^, » [pour] à toutes gens la démontrer, soient clercs, gens » d'Eglise, gens de dévotion, gens d'armes, femmes, » veuves et autres. Et publiquement et secrètement » elle a conversé avec toutes gens ; mais en elle on ne » trouve point de mal, fors que bien, humilité, virgi- » nité, dévotion, honnêteté, simplesse; et de sa nais- » sance et de sa vie plusieurs choses merveilleuses » sont dites comme vraies.
« Quant à la seconde manière de probation, le roi » lui demanda signe, auquel elle répond que devant » la ville d'Orléans elle le montrera et non par ni en » autre lieu : car ainsi lui est ordonné de par Dieu.
« Le roi, attendu la probation faite de ladite Pucelle » en tant que lui est possible, et nul mal ne trouve » en elle, et considérée sa réponse, qui est de démon- » trer signe divin devant Orléans; vue sa constance et » sa persévérance en son propos, et ses requêtes » instantes d'aller à Orléans pour y montrer le signe de » divin secours, ne la doit point empêcher d'alltr à » Orléans avec ses gens d'armes, mais la doit faire » conduire honnêtement, en espérant en Dieu. Car la » mettre en suspicion ou délaisser sans apparence » de mal, serait répugner au Saint-Esprit et se rendre » indigne de l'aide de Dieu, comme dit Qamaliel en » un conseil des Juifs au regard des apôtres. »
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Yllf. —DÉPOSITION DU DUC D'ALENÇON, COMPAGNON