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Il a traité avec une rudesse extrême les défenseurs de M. Mercier.
Je l'avais vu à l’œuvre antérieurement dans les causes politiques auxquelles j'ai été mêlé. C’est pourquoi j'ai été sévère à son égard au cours du procès Mercier. Ses menaces d'étouffer la voie des journaux, l'arrogance de ses rapports avec messieurs Greenshields, Fitzpatrick et Lemieux, ne nous laissaient d'autre alternative que de nous poser resolûment en face de lui, de lui rendre coup pour coup, d'appeler sur lui l’attention du public éclairé.
La presse est le bras droit de la liberté dans notre siècle !
Je n'ai pas agi par malice contre M. Bossé. Pourquoi done l’aurais-je fait ? Non: j'ai acquis la conviction profonde qu’il était en frais de commettre un déni de justice, et j'ai crié: Gare! Assez haut pour être entendu.
Il aura servi, bien contre son gré, à déchirer la légende de l'inviolabilité de la magistrature, et fait faire un grand pas aux idées de légitime émancipation qui seront le salut de notre
race, L'idolâtrie de l'autorité a amené un fatal abaissement
des caractères, et tari les sources de l’orgueil national, chez nos compatriotes. La première des autorités, dans l'ordre civil et
politique, est celle du peuple, et il est plus que le temps que le
peuple s'en rende compte. C’est lui qui paie les lieutenantsgouverneurs, les magistrats—pour en recevoir l'ordre et la justice, et non l’usurpation et la confiscation de ses libertés,
Est-il une doctrine plus monstrueuse que celle que M. Bossé a songé à faire prévaloir pour imposer silence à la presse ?
M. Mercier, cité devant lui, son adversaire politique, pour des actes politiques, ne pouvait être défendu par les journaux qui avaient de la sympathie pour lui !
La population, dont hier il était le chef officiel, était condamnée au baillon, et devait assister muette aux tentati-
ves audacieuses faite contre l'indépendance de la législature et
22 prérogatives du corps électoral !
C'était la première fois dans l'histoire des pays dotés du
gouvernement parlementaire, qu'un ministre de la Couronne
était traîné devant les cours de justice. Et sous peine de la . … 2.
do ER à
prison, les journalistes ne devaient dire ce qu ils pensaient de ces procédés outrageants.
Mais ! si le lieutenant- gouverneur d'une province peut démettre ses ministres et les faire juger par des magistrats fanatiques ; si les juges peuvent conduire à leur gré et sans contrôle les procédures et terroriser la pressé—où vivons-nous ?
: M. Bossé est comme M. de Boucherville, comme M. Angers, comme M. J.J. Ross, fermement convaincu que le peuple n'a d'autre droit que celui d’être gouverné, de payer les impôts et de se prosterner devant les pouvoirs constitués. Pour tout dire, c'est un tory.
Il n'a pas joué de rôle important en politique. Elu aux élections générales de 1882 pour Québec-Centre, il fut nommé juge en 1888. Très occupé à l'exercice de sa profession, il ne donna qu’une attention distraite aux affaires publiques. Ceux qui s’attendaient à ce qu'il fit sa marque en parlement, furent vite disillusionnés. Il sentit lui-même qu’il n'était pas sur son terrain, et monta sur le banc.
M. Bossé ne connait rien en philosophie et peu de chose en histoire. Il a étudié la littérature dans les Status Refoncus, et l: génie de la langue française dans le Code de Procédure. I] sait la partie matérielle et aride du droit, car il a beaucoup pratiqué au Palais. C’est un homme sobre, rangé et métho-
dique. Il est fâcheux qu'il n’ait pas su élever son esprit
au-dessus de la hauteur de ses ‘'ossiers.
M. Bossé est âgé d'environ cinquante ans. Il est plus anglais que français. Il n'y a là-dedans rien d'étonnant, car sa mère était d'origine britannique.
‘ I à amoiïndri, sinon déruit tout-à-fait son utilité comme juge dans le procès qui vient de se terminer, et dans lequel il s’est montré tour à tour violent et pusillanisme.
Il est heureux qu'il ne soit pas resté à son siége et fait
l'adresse aux jurés. Car il il y aurait eu assurément une émeute dans l'enceinte du Palais de Justice.
L'HONORABLE 9. $. C. WURTELE
Bien différent du juge Bossé est cet. allemand d'origine, devenu de cœur et de sentiments sussi Canadien-français que nous, Sans passion, sans préjugé, M. Wiürtele est le type du magistrat qui croit que le banc doit imposer le respect par l'impartialité, et uon inspirer la terreur par l'exercice violent de son autori’é. D'une courtoisie parfaite avec {e Barreau, toujours prêt au travaii, condescendant ponr J£s jeunes, obligeant pour tous, il n’a pas un ennemi parmi les membres de la prosession. 11 peut se tromper comme les autres dans ses scatences, mais il étudie les Causes qui viennent devant lui, et les juge en donnant des raisons.
Il fut élu en 1875 député pour le comté d'Yamaska, où il possède la seigneurie de la Rivière David. Il passait alors pour un libéral modéré, Peu à peu il se rapprocha du parti au pouvoir et surtout de M. Chapleau, dont il devint l'admirateus passionné. Lorsque survint la crise de 1878, il était complète ment rallié à nous. Il fut réélu, et combattit le coup d'état de M. Letellier. Mais il refusa parfois de se joindre à nous dans les moyens extrêmes que nous employions. Sous ses apparences de bonhomie et d'humeur toujours égale, il cache une volonté qui ne fléchit pas, quard il croit être dans là vérité.
Er. 1878, après uné décision de M. Turceotte — président de
l'Assemblée ségislative — qui, selon nous. privait 1 opposition
d’un droit incontestable, nous résolûes de quitter la chambre,
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