AVRIL
La Défense n’a fait entendre que la fiile Elise Joutras, le témoin Bourret et sa femme qui ont donné leur témoignage dans l'affaire Provencher, plus le nommé Léandre Lafontaine, qui tient auberge sur le Chemin de Ligne et qui corrobore le témoignage des Bourret en faisant voir cependant que la nuit en question, les prisonniers ont couché
chez lui, ensemble, puisque dans le haut de sa maison, il n’y avait qu’un seul lit, bien qu'il y ait deux chambres, et que les prisonniers ont couché là.
MM. Gaultier et Chapleau adressèrent le Jury pour la Défense et M. Armstrong répliqua pour la Couronne. Puis l'Hon. Juge fit de suite son adresse au Jurés, qu’il termina le même soir, vers huit heures. Elle dura environ deux heures. Le Jury se retira pour délibérer et reparut en Cour à 10 heures, déclarant qu'il n'était pas d'accord et demandant à la Cour la date de l'achat du poison aux Trois-Rivières, par Provencher. Le Juge répondit que c'était le 30 Décembre, la veille de Îa mort du
éfunt. La Cour fut ajournée au lendemain matin, à dix heures, afin de donner un temps nécessaire au Jury pour délibérer.
Jeudi matin, à l'ouverture de la Cour, le Jury revint avec un verdict de culpabilité. La prisonnière ne donna pas de signes d’une émotion bien forte. Interrogée par le Greflier selon l'usage, elle persista à dire qu’elle n’était pas coupable, Ayant déclaré qu’elle était enceinte, le prononcé de la sentence de mort fut suspendu jusqu’à ce qu'un Jury de matrones et un médecin nommé par la Cour, eussent fait leur rapport sur l’état de la prisonnière. Le Juge remercia alors les jurés qui avaient rempli leurs pénibles devoirs et la Cour s'ajourna à Vendredi, pour recevoir le rapport du médecin relativement à la pr'isonnière.
VENDREDI matin, 10 h. À. M.
Les matrones rendent leur verdict, déclarant que la prisonnière est encelente.
Motion fut alors faite de la part de M. Gaulter, pour que le prononcé de la sentence ne soit fait qu'au prochain terme.
Après discussion, la Cour décide qu'elle est obligée de prononcer la sentence immédiatement,
Alors le Greffer demanda à la prisonnière si elle
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avait d'autres raisons à alléguer pourquoi sentence de mort ne serait pas prononcée contre elle. Elle dit : “ Monsieur, je ne veux pas que la sentence de ‘“ mort soit prononcée à c’theure, parce que je suis “enceinte. Je ne suis pas coupable ; j'ai été accu- “ sée à tort.”
Puis la Cour prononce la sentence de mort, et remet au premier jour du terme prochain pour fixer la date de l'exécution.
La prisonnière dit alors en sanglotant : “ Je suis “ accusée sans être coupable ; je puis vous l: dire, “ si mon mari pouvait prononcer des paroles, vous “ verriez que je ne suis pas coupable ; si Dien per- “ mettait que mon mari parlerait, vous verriez ce “ qu'il en serait aujourd’hui. ”
Puis elle est reconduite en prison et la Cour remercie le Jury de matrones au nom du pays.
Le premier jour du terme suivant, la prisonnière annonce à la Cour que sa sentence est commuée en une détention perpétuelle au pénitencier, où elle fut conduite par le Shérif de Richelieu.
Gxérutinn,
À 11 heures ce matin, 3 Mai 1867, Modeste Vilbrun dit Provencher a été exécuté. Il monta les vingt-cinq degrés de l’échafaud d’un pas ferme ; sa figure cependant était un peu pâle. Il avait communié le matin même, pour la troisième fois depuis sa sentence. Il était parfaitement résigné à son sort et semblait puiser toute sa force dans la religion. Quand les Révds. MM. Millier et Leblanc récitèrent, dans sa chambre, les prières que l’église fait adresser à Dieu dans les dernières heures de la vie du chrétien, il répondit d'une voix ferme et pleine d’un sentiment religieux. Le bourreau vint ensuite et lui lia les bras avec une bande de cuir.
Le shérif dit alors au condamné : ‘ Ayez toujours courage !” Oui, oui, répondit-il, et il ajouta quelques instants après : “Notre Seigneur a enduré, et il n’était pas coupable” Comme le bourreau serraït la courroie de cuir sur son bras gauche, avec un peu trop de force, le condamné dit : O ! 51 faut souffrir.” Puis, sur quelque chose qui fut dit, il répondit : ‘7e veux lout ce que l’on veut.” Avant que le bourreau lui passât la corde au cou, il dit : “baïssez mon collet st vous le voulez.” Comme le bourrean serrait trop le nœud de la corde, il dit : “44 mon Dieu l” et après quelques mots du shérif, il ajouta : “27 la serrera plutôt en haut,” en voulant parler de la potence.
Tout le temps qu'il y eut quelqu'un avec lui dans la salle, après la prière des agonisants, il tenait dans sa main un petit crucifix qu'il embrassait avec ardeur. [lle retirait un peu de ses lèvres, pour parler bas au ministre de Dieu et au shérif et le rapprochait aussitôt. Il partit ferme et résigné, à 44 suite des prêtres et des religieuses qui étaient venus prier avec lui dans ses derniers moments, et qui récitaient dans leur marche lugubre, les prières de l’église, auxquelles il répondait d’une manière bien distincte. Avant sou départ, il pressa la main au geôlier puis, quelque temps après, celle des ministres de Dieu, et celle du shérif, puis il fit un signe d’adieu à ceux qui l'environnaient. [l descen-
it les seize degrés d’un escalier qui le conduisait, au moyen d’un corridor, au pied de l'échafaud, qu'il monta d’un pas assuré et d’un air tranquille, Là il s’agenouilla avec les ministres de Dieu, jusqu’à la fin des prières, puis il se releva:—le Révd. M. Millier qui semblait avoir retrouvé. pour ce moment suprême, une grande force, lui offrit le crucitix en lui disant : “baisez le crucifix, pour la dernière fois ;” ce que fit le condamné, puis il se plaça lui-même sur la trappe fatale et il dit au bourreau : “maintenant vous pouvez serrer le noeud.”
Le bourreau fixa alors la corde au crochet de la
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potence, l’ajusta au cou du condamné, la trappe s'ouvrit, et le malheureux fut lancé dans l’éternité... son corps ne fit pas un mouvement, pas un muscle ne se contracta. Sa figure reste la même ; trois minutes après il avait rendu son âme à Dieu! La justice humaine est satisfaite ! Espérons que le malheureux aura trouvé grâce auprès de la justice divine ! RE On estime à cinq mille, d’autres portent à sept mille le nombre des spectateurs venus de toutes parts. :
Le corps de l’exécuté resta suspendu environ un quart d'heure ou vingt minutes. À une heure, l’on procéda à l’autopsie dont voici les résultâts :