‹ Procès-Verbaux de la Commune générale des arts de peinture, sculpture, architecture et gravure (18 juillet 1793--tridi de la 1re décade du 2e mois de l'an II) et de la Société populaire et républicaine des arts (3 nivôse an II--28 floréal an III) :publiés intégralement pour la première fois avec une introd. et des notes /par Henry LapauzeChapitre 27 sur 125 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

Xavier Fabre, peintre, qui a trahi lâchement sa patrie en jurant d’être i’esdave de Louis XVII, et contre Corneil, sculpreur. Après avoir exprimé dans ce rapport leur indignation, ils engagent la Société à la partager et à s’unir à eux pour demander : 1° que le prix de Xavier Fabre, sujet de Louis XVII soit arraché des salles de l’école souillée de la ci-devant académie, qu’il soit immédiatement trainé au pied de l’arbre de la Liberté où il sera mutilé par chacun des membres de la Société, et que les débris soient brûlés et leurs cendres jettées au vent au cris mille fois repettés de vive la République. 2° Qu’il soit nommé quatre commissaires pris dans le sein de la Société et envoyés à toutes les sections pour les instruire du fait et leur communiquer l’arrêté en demandant leur adhésion et leur réunion pour obtenir de la Convention Nationale une prompte execution de cette vangeance due à la République et aux arts. 3° Que ceux des artistes qui auront été reconnus par les bons patriotes comme intimement liés avec les aristocrates contrerevolutionnaires ci-dessus nommés soyent regardés comme suspects et déclarés incapables de remplir aucun emploi dans la République. 4° Que comme il est constant que le nommé Gauffier continu à rester à Florence attendu qu’il est peintre en titre de l’infâme lord Hervei, ministre d’Engleterre, et protégé par le soi-disant Prince Auguste, f ennemi le plus acharné contre la France, et par ses rapports avec l’aristocratie Cardinalesque de Demis; le tableau du prix de Gauffier soit descendu ou qu’il soit tourné vers la muraille dans la même place qu’il occupe, jusqu’à ce qu’il soit bien constaté qu’il a prêté le serment ordonné par le nouvel Edit du grand Duc. 5° Que comme le nommé Desmarais est émigré à Pise et intimement lié avec Tierce peintre, également émigré à Livourne, et dont les fils portent la cocarde blanche; et que ce Desmarais etoit intime-

ment lié avec Corneil, Fabre, Gagnereaiix Tainé, Gauffier et plusieurs autres dont ils peuvent donner les noms; que plusieurs artistes au dehors semblent balancer entre l’émigration et la rentrée dans leur patrie; ils demandent pour fixer leur irrésolution qu’il soit accordé deux mois aux artistes seulement qui sont en pays ennemis et qui ne sont que suspects, après lequel tems ils seront regardés comme émigrés et mis hors de la loi. 6" Enfin ils demandent que les noms des traître émigrés soient envoyés a leur département respectif pour y être inscrits sur la liste des émigrés. Les artistes au nom desquels le rapport du c‘‘" \Ficar est fait sont les citoyens Lafitte, Meynier. Gois fils, Michalon, Dandrillon, Moinet, Varon, Debure, Gérard et Bidan fils, la plupart pensionnaires de la République.

«Après la lecture de ce rapport il s’engage une discussion très vive entre les membres de l’assemblée; les uns adoptent en partie les demandes qui en sont l’objet; d’autres ne les approuvent point du tout, mais le plus grand nombre animé d’un zele patriotique les approuvent toutes et veulent de plus que les tableaux de réception des artistes émigrés Doyen, Ménageot et autres soient aussi brûlés. On propose qu’il soit incessament fait une pétition sur cet objet mais généralisé. Cette proposition parroit satisfaire l’assemblée, lorsqu’un de ses membres s’y oppose, alléguant que la loi pour les traîtres est faite, et que d’ailleurs des artistes ne doivent pas demander la destruction des ouvrages de ceux qui leur sont supérieurs en talent; mais plusieurs autres membres, n’écoutant que leur patriotisme, se lèvent spontanément et viennent au bureau pour y signer leur vœu en demandant l’appel nominal. «A cet enthousiasme succède un instant de calme, et l’assemblée arrête qu’elle fera une pétition sur cet objet. Elle nomme sur le champ six commissaires pour la rédiger qui sont

les citoyens Espercieiix , Destournelie , Balzac, Chaudet, Désoria et Bienaimé, en leur adjoignant le c®" Wicar, «

Le ip nivôse, «on propose d’admettre au nombre des membres de la Société les artistes nouvellement arrivés d’Italie que leur patriotisme ramene au sein de leur patrie , tadis que d’autres l’abandonnent et la trahissent et qu’a leur égard il y ait une exception au mode d’admission, qui les dispense des cartes civiques qu’ils ne peuvent avoir au terme de la loi qu’après six mois de résidence, en les engageant néanmoins a obtenir de leur section la faveur accordée a l’un d’eux, qui vient d’en obtenir une par cela seul qu’il a mieux aimé être le deffenseur que l’ennemi de sa patrie. Cette proposition est vivement appuyée par plusieurs membres ; d’autres sans la combattre demande que la Société appuyé ces artistes auprès de leurs section pour l’obtention de leur carte civique, attendu que la loi à cet egard a été faite lors que ces artistes étoient en pays étranger et qu’il doit y avoir une exception en leur faveur puisqu’ils sont connus pour de bons patriotes. L’assemblée ajourne et renvoie cette proposition à son comité d’organisation. »

On ne s’en tient pas là, et après l’examen rapide de mêmes propositions, on revient à l’affaire Wicar, qui est assez vivement discutée.

«L’un des commissaires chargés de la rédaction d’une pétition sur la demande précédemment faite par les artistes nouvellement arrivés d’Italie, fait un rapport sur cet objet dans lequel il develope les motifs qui les ont dirigés. Après l’examen des pièces qui ont sévi de base à la dénonciation. Ils pensent que Id Société ne pourrait sans partager les crimes des dénoncés ne pas appuyer la pétition de ses freres artistes , et n’ayant pas vu les faits, ils se bornent à demander qu’elle les accompagne à la

barre pour demander que le Comité de Salut public examine les faits, approuvant d’ailleurs la destruction des ouvrages énoncés dans la dénonciation, en les livrant aux flammes ainsi que les tableaux de Doyen Menageot et autres artistes émigrés; le portrait d’Angiviller et un mauvais bas-relief représantant les arts prosternés devant un despote corrompu. »

Un membre s’oppose à cet acte de vandalisme inutile. Le fait que les accusés sont à deux cents lieues de Paris plaide en faveur de la modération. Où sont les preuves de leurs crimes! Et, quand même on les aurait, pourquoi détruire des œuvres qui n’y sont pour rien! Sur qui l’action de brider ces tableaux fera-t-elle impression! Sur le peuple! On dira donc au peuple que ces tableaux furent l’œuvre d’un traître et que la République ne veut rien «qui nous rappelle de pareils monstres!» Le membre en question a dit autre chose, mais cette autre chose on en a ordonné la suppression du procès-verbal, et en effet, les lignes qui suivent ont été biffées avec soin, pas assez pourtant pour nous empêcher de les déchiffrer. Voici ce qu’on n’a pas voulu laisser à la postérité : «Mais que demain, je suppose, l’auteur des tableaux de Marat et Lepelletier vienne a oublyer les devoirs envers la patrie, et à se soustraire à la vengeance nationale, vous verriez le peuple venir vous demander l’autodafé de ses ouvrages, et vous ne pourriez le lui refuser puisque vous lui auriez vous même donné l’exemple. L’on me répondra que les tableaux de Fabre et de GaufHer ne sont pas de bons tableaux, cela se peut : mais le peuple ne regarde pas cela. Il regardera que votre intention en bridant leurs tableaux a été de détruire leur souvenir, et il voudra en faire de même».

Soupçonner David, quel crime! Et pourtant il ne fallut pas plus de six mois pour que «l’auteur des tableaux de Marat et Lepelletier» fût arrêté sur cette accusation qu’il avait «oublié

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