PARIS
JEAN SCHEMIT
INTRODUCTION
Le lé septembre 1791, Beauharnais présentait à l’Assemblée législative un rapport concluant à la création de prix annuels pour l’encouragement des artistes; l’Assemblée approuvait par le vote d’une loi les conclusions de ce rapport.
Cette loi attribuait une somme de 100.000 francs aux prix d’encouragement. 70.000 devant être répartis entre les peintres d’histoire et les sculpteurs, et 30.000 entre les peintres de genre et les graveurs (tant en tailledouce qu’en pierres fines et médailles). De plus sur cette dernière somme on prenait 10.000 francs pour achever la série des Ports de France de Joseph Vernet.
Le jury devait se composer des membres de l’Académie royale de peinture et sculpture, agréés compris, de deux membres de l’Académie des Sciences, de deux membres de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres^ et de vingt artistes non académiciens élus par les exposants du Salon de 1791, tous les artistes, académiciens ou non, ayant été admis à exposer leurs œuvres. (Voir Procés-verhaux de r Académie royale, t. X, p. 129.)
I. L’Académie des Inscriptions désigna pour la représenter l’abbé Barthélemy çt Bréquigny ; l’Académie des Sciences Jeanrat et Leroy.
INTRODUCTION
Ce décret, qui cherchait à rétablir la concorde dans le monde des artistes, ne contenta personne. Profondément divisés entre eux par la querelle des académiciens et des simples agréés, les membres de l’Académie firent taire leurs rancunes pour faire face à leurs ennemis communs, les artistes non académiciens. Ils envoyèrent une députation à l’Assemblée pour lui porter une pétition et refusèrent de siéger dans le jury.
Les artistes non académiciens trouvaient au contraire que l’on donnait encore trop d’importance aux corps privilégiés et réclamaient de leur côté. Devant toutes ces pétitions contradictoires, l’Assemblée se crut obligée de suspendre l’exécution de son décret et chargea Quatremère deQuincy, membre de la commission de l’Instruction publique, de rédiger un nouveau projet.
Or Quatremère étant un adversaire acharné de l’Académie, son projet fut des plus défavorables à celle-ci et réduisit à vingt le nombre de ses membres devant faire partie du jury, mettant ainsi les non académiciens sur un pied d’égalité complète avec les. académiciens.
Le 3 décembre enfin paraissait le décret de l’Assemblée qui adoptait le rapport de la commission de l’Instruction publique, sauf sur un point ; les membres des Académies des Sciences et des Inscriptions étaient remplacés par cinq membres du directoire du département de Paris.
Les artistes non académiciens s’organisèrent en assemblée peu après la promulgation de la loi, afin d’élire ceux de leurs confrères qui, au nombre de vingt, devaient les représenter dans le jury. Dès la publication du rapport
INTRODUCTION
de Beauharnais, les artistes non académiciens setaient organisés en assemblée sous la présidence de Restout, révolutionnaire fougueux. Ils avaient été jusqu’à s’emparer des salles de l’Académie, émettant la prétention de s’y réunir librement trois fois par semaine ; le ministre de l’Intérieur s’était vu obligé de leur faire retirer les clefs de ces locaux. Après la publication du décret du 3 décembre ils s’organisèrent régulièrement et se réunirent d’abord au couvent des Cordeliers, puis dans l’église haute de la Sainte-Chapelle. Mécontents de ces locaux, ils pétitionnaient auprès du ministre de l’Intérieur pour en obtenir un autre, quand, le 27 février 1792, commencèrent les opérations du jury.
Il pourrait sembler que dès cet instant leur réunion n’avait plus de but, leurs commissaires ayant été élus et siégeant dans le jury. Or loin de se disperser, les artistes non académiciens continuèrent à se réunir, pour surveiller les opérations du jury et y intervinrent plusieurs fois avec violence ; le ministre de l’Intérieur qu’ils harcelaient de leurs réclamations, donnait d’ailleurs raison aux commissaires.
En étudiant attentivement la liste des artistes non académiciens qui prétendaient avoir exposé au Salon, on relève avec un certain étonnement une foule de noms totalement inconnus et qui ne figurent dans aucun livret. i L’on remarque aussi, parmi les adversaires les plus acharnés de l’Académie, les noms des artistes qui comme Restout, Garnerey, Sergent, se feront remarquer par leur zèle révolutionnaire, et joueront un rôle, soit à la Convention soit à la Commune des arts.
IKTRODUCTION
Le manuscrit original des procès-verbaux du jury des arts se trouve aux Archives nationales dans le carton” F‘7 1056. Il se compose de quatre cahiers de petit format, le texte en est peu correct, par suite d’interpolations. Nous en avons corrigé l’orthographe pour en faciliter la lecture. En ce qui concerne les noms propres, leur orthographe variant sans cesse, nous avons dû la rendre uniforme; nous avons adopté celle de M. Maurice Tourneux dans sa table des archives de l’art français et de M. Guiffrey dans sa table des artistes exposants aux Salons du xviii® siècle.
M. Furcy-Raynaud.