PIÈCES ANNEXES N° I
. Proces-verbal de la séance de MM. les artistes non académiciens qui ont exposé de leurs ouvrages cette année au Salon du Louvre, laquelle seance a été tenue dans les salles de V Académie.
Aujourd’hui, 20 octobre 1791, les artistes non académiciens, qui ont exposé de leurs ouvrages cette année au Salon du Louvre, se sont assemblés dans les salles de l’Académie, y ayant été convoqués conformément aux ordres du ministre de l’Intérieur, par M. Vieyi, directeur de l’Académie, commissaire du Roy en cette partie.
En ouvrant la séance, M. Vien a notifié sa mission, et a chargé le secrétaire de l’Académie, faisant pour le moment office de secrétaire de l’assemblée, de lire :
1° La lettre du ministre de l’Intérieur, en date du 8 de ce mois, par laquelle ce ministre charge M. Vien de convoquer les artistes non académiciens, qui ont exposé cette année leurs ouvrages au Salon, de leur lire le décret de l’Assemblée nationale du 17 septembre dernier relativement aux encouragemens pour les arts, et ensuite de les inviter à choisir vingt d’entr’eux, ainsi qu’il est porté par le décret.
2° Le décret du 17 septembre.
Les dites lectures étant faites, un des membres de l’assemblée s’est levé, et a présenté à M. Vien, présidant l’as-
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semblée pour le moment comme commissaire du Roy, un nouveau décret rendu hier, 19 de ce mois, par TAssemblée nationale.
Lecture a été faite du dit décret du 19; ensuite M. Fien ayant rempli sa mission, a demandé qu’il lui en soit donné acte par l’assemblée. Dont acte le même jour et an que dessus.
Restout, président.
François et Lefebvre, secrétaires.
Extrait du proces-verbal de rassemblée des artistes convoques en vertu de la loi et des ordres du ministre de V Intérieur par M. Vien, commissaire du Roi en cette partie, ce jeudi 20 octobre 1791.
L’assemblée organisée a arrêté qu’il seroit fait part à l’instant à M. Vien de son organisation, de l’intention et de la nécessité où elle est de continuer les travaux préliminaires aux objets qui l’intéressent ; en conséquence, lui demande de donner des ordres convenables pour que le local où les artistes ont été invités soit réparé à l’effet de les recevoir demain, à cinq heures, et autres jours qui seront indiqués ; en conséquence a nommé commissaires, M*"* Sergent et Garnerey, pour donner à M. Vien communication du présent extrait, et lui remettre la copie du procès-verbal d’installation.
Pour extrait conforme : Restout, président.
François et Lefebvre, secrétaires.
pï 1290.
DE l’assemblée des COMMISSAIRES AU SALON DE I79I 89
ViEN AU MINISTRE DE l’InTÉRIEUR
Monsieur,
Ce 21 octobre 1791.
Conformément à vos ordres, j’ai convoqué hier, comme vous verrez par le procès-verbal ci-joint, tous les artistes non académiciens, dans les salles de TAcadémie. Je me suis fait accompagner par M. Renou, notre secrétaire, pour dresser procès-verbal de la mission, dont vous m’avez honoré.
Lecture faite et de votre lettre et du décret du 17 septembre dernier, étant sur le point de me retirer, un des artistes s’est levé, et m’a présenté un nouveau décret du 19 de ce mois, qui suspend la distribution des encouragemens et prolonge l’exposition publique. Cette pièce n’étoit point revêtue de la sanction du Roy, cependant le secrétaire en a fait la lecture.
Ensuite, quoique vous n’ayez fixé ni le lieu de leur assemblée, ni le^mode d’élection des 20 artistes fixés par le décret, ces Messieurs se sont emparés en quelque sorte du local, et ont procédé à nommer un président et des secrétaires; n’ayant nulle règle à leur prescrire à cet égard, le secrétaire et moi nous nous sommes retirés.
Un seul académicien, M. Restout, sans être convoqué, s’est présenté à l’assemblée. Je lui ai fait observer qu’il n’étoit pas à sa place, il a demandé à l’assemblée la grâce de voter avec elle, on la lui a accordée, et par suite M. Restout a été nommé leur président, ce qui paroît absolument contraire au décret et aux sages dispositions que vous aviez faites.
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Quant au décret sanctionné, qu’on prétend annuler, il semble que l’Assemblée constituante a voulu que l’Académie, étant une société composée du plus grand nombre de talens éprouvés, fut principalement juge en cette cause, elle n’a voulu lui donner que des adjoints.
Mais, par la demande d’un nombre égal, tant dans les académiciens que dans les externes, on voit que l’on veut atténuer l’influence des talens éminens, et faire triompher les talens encore faibles. Je doute que ce soit au profit des larts. Car quel a été le but de l’Assemblée nationale? est-ce d’encourager et de récompenser des talens véritables ou des talens médiocres qui ne donnent aucun espoir.
J’ai l’honneur d’être avec respect, etc.
Vien.
Vien au ministre de l’Intérieur
Monsieur,
Ce 21 octobre 1791.
Comme je venois de fermer ma première lettre, j’ai reçu l’extrait du procès-verbal de l’assemblée de xMM. les artistes non-académiciens. Je les ai convoqués dans les salles de l’Académie, comme dans le lieu le plus décent, mais ces Messieurs paroissent déterminés à s’emparer des salles de l’Académie, comme d’un lieu qui leur est dévolu de droit. Je leur avois dit à ce sujet, que je n’avois point d’ordre précis, et que je vous consulterois et prendrois vos intentions à cet égard.
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J’ai l’honneur de vous faire observer. Monsieur, que, si vous jugés à propos, en vertu du nouveau décret de suspendre leurs assemblées, il est essentiel que vous me fassiez faire sur le champ une lettre, à l’effet de rompre toute assemblée jusqu’à nouvel ordre de votre part.
Si au contraire, vous croyez qu’ils puissent continuer leurs nominations sans inconvéniens, il est indispensable, pour les arrêter dans leurs prétentions sans bornes, que vous me fassiez une lettre par laquelle vous disiez d’une manière décidée, que leurs assemblées ne doivent avoir d’autre objet que leurs élections, que toute autre délibération leur est interdite, et que leurs assemblées ne doivent en aucune sorte gêner les comités ou assemblées qu’il plairoit à l’Académie de tenir ; qu’ils doivent presser leurs élections, pour hâter la distribution des encouragemens ; pour accéler leurs opérations vous poùrriés leur prescrire l’usage des listes simples ou doubles, et que toujours la pluralité relative détermine leur choix. Peut-être, pour mettre une ligne de démarcation entr’eux et nous, comme le décret l’a tracée lui-même, on pourroit leur prêter, pour s’assembler, les salles du Louvre où M. le Garde des Sceaux donnoit ses audiences, ce lieu où les amis des arts ont fait exposer des tableaux.
Je soumets toutes ces idées à votre sagesse.
J’ai l’honneur d’être avec respect, etc.
Vien,
PROCÈS-VERBAL DES SÉANCES ET DÉLIBÉRATIONS
Le ministre de l’Intérieur a M. Vien, directeur de V Académie de peinture, au Louvre.
Paris, 23 octobre 1791.
J’ai reçu Monsieur, les deux lettres que vous m’avez écrites; par lesquelles vous m’avez envoyé 1° l’extrait d’une délibération de l’assemblée des artistes non académiciens, que vous aviez convoquée en conformité de la lettre que j'avois eu l’honneur de vous écrire le 8 de ce mois; 2° le procès-verbal qui vous a été délivré de la séance tenue hier par cette assemblée.
Un des membres vous a observé qu’il avoit été rendu le 19, un décret qui suspendoit la distribution des travaux d’encouragement et ordonnoit la prolongation de l’exposition du Salon jusqu’à ce que l’Assemblée nationale eût statué sur la pétition des artistes non académiciens. Je vous ai écrit ce matin pour vous faire connoître ce décret et pour vous prier de suspendre en conséquence les opérations auxquelles vous deviez procéder pour l’exécution de celui du 17 septembre. Je vous envoie, pour plus de régularité, une expédition en forme du décret du 19, afin que vous puissiez en faire usage.
Il me paroît que vous êtes incertaip, si, d’après le décret, MM. les artistes non-académiciens doivent continuer leurs assemblées et faire leurs élections. Le décret ne prononce pas textuellement la suspension des élections, mais seulement celle de la distribution des travaux d’encourage-
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ment, mais il me semble qu’en recherchant l’esprit du décret, MM. les artistes devroient également suspendre leurs assemblées et déférer leurs élections jusqu’après la décision de l’Assemblée nationale, car c’est par une suite de leur pétition, que la distribution des travaux d’encouragement a été suspendue. Leur pétition a pour objet de réclamer contre la trop grande influence que les membres de l’Académie auroient, par la supériorité de leur nombre dans cette distribution ; il me sembleroit donc qu’il seroit conforme à l’esprit du décret que MM. jles artistes suspendissent leurs élections; car, si l’Assemblée nationale fait droit sur le fond de leur pétition, il est incertain par quel moyen elle le fera ; il est possible que ce soit en donnant à MM. les artistes non-académiciens la faculté de choisir un nombre supérieur à celui de vingt, fixé par le décret du 17 septembre ; comme il est possible qu’elle réduise le nombre des membres de l’Académie à une proportion plus rapprochée de celui de MM. les artistes.
Ce n’est au surplus. Monsieur, qu’une observation que je vous fais et que je vous prie de présenter à MM. les artistes, car la loi ne prononce rien de positif à cet égard ; mais, quel que soit le parti auquel ces Messieurs s’arrêteront, il est nécessaire qu’ils se renferment dans l’objet pour lequel ils ont été convoqués, qu’ils se bornent à faire les élections auxquelles ils sont autorisés, et qu’ils ne se permettent aucune autre opération. Je suis persuadé, Monsieur, que des jeunes artistes qui sont destinés à honorer un jour la patrie par leurs talens, sauront se montrer dignes de la liberté, en se conformant au vœu de la loi.
J’ai remarqué. Monsieur, que MM. les artistes avaient fait choix d’un membre de l’Académie pour présider leur
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assemblée. Je dois vous observer, que cela est formellement contraire au décret du 17 septembre. Ce décret admet vingt artistes non académiciens, choisis par ceux qui ont exposé des ouvrages au Salon. L’objet de cette disposition étant de donner aux artistes non académiciens une part dans la distribution des prix d’encouragement, et de les faire concourir à cet égard avec les menvbres de l’Académie. Aucun académicien ne pouvait donc être admis à voter dans l’assemblée des artistes non académiciens.
Le Ministre de l’Intérieur, Delessart.