SÉANCE DU 2 JUILLET
La séance est ouverte à deux heures, dans la salle ordinaire, à la Préfecture, sous la présidence de M. de Martonne.
Sont présents : MM. de Martonne, de Lorière, de Farcy, Perrot, Pointeau, de la Broise, Cornée, Garnier, Moreau, et MM. Foucault, C. du Brossay, Savary, Chomereau et Planté, membres correspondants.
Présentation <f ouvrages. — Sur le bureau sont déposés: Histoire de Saint-Denis-d'Anjou (/'• Partie) y par A. Joubert ; — Un mariage seigneurial sous Louis XV, par le même ; — RexnjLC de V Anjou ; — Mémoires de la Société Archéologique du Morbihan.
Communications diverses. — M. le Président donne communication d'une lettre de l'Association française pour l'avancement des sciences, invitant la Commission à prendre part, à Toccasion du Congrès de Grenoble, aux travaux de la Section d'Archéologie.
M. le Conservateur de la Bibliothèque de la Société Polymathiquedu Morbihan demande l'envoi des bulletins de la Commission compris entre les années 1866 et 1878. — Il a été répondu que la société du Morbihan entendait probablement parler des bulletins de la société d'Archéologie de Mayenne.
74 COMHISSIOlf HISTORIQUE
Dictionnaire da patois. — A la Commission précédemment nommée et composée de MM. de Martonne, Richard et Savary, sont adjoints MM. Perrot, de la Broise, Moreau et C. du Brossay.
M. E. Moreau donne avis de Tenvoi des questionnaires relatifs au dictionnaire du patois. Déjà un certain nombre de personnes ont répondu à l'appel de la Commission et ont envoyé ou promis des listes.
Les listes déjà reçues sont dues à MM. Vannier, E. Queruau-Lamerie. En outre de nombreuses promesses ont été faites, dues à des membres de la Commission ou à des collaborateurs désireux de répondre à l'appel de la circulaire.
M. le Docteur Lambert, à Laval, promet une liste des noms populaires des animaux et des plantes. Cette promesse est d'autant mieux accueillie que M. le Docteur Lambert s'occupe d'histoire naturelle et que ses connaissances spéciales lui permettront des identifications difficiles ou même dangereuses pour tout philologue qui ne serait pas en même temps naturaliste.
M. Moreau donne ensuite lecture d'une mémoire de M. A. Salles, relatif à certains points de l'étude du patois.
Peintures sur bois de l'Eglise de Senonnes. — M. le Curé de Senonnes donne avis qu'en démolissant la vieille église de Senonnes, on a remarqué dans la chapelle de Saint- Sébastien des lambris en bois peint. Ces lambris portent un certain nombre d'écussons qui doivent être fort anciens, car ils n'appartiennent à aucune des familles qui ont possédé Senopnes depuis 1450.
Les panneaux sont placés sous les yeux de la Commission.
Dans les murs de l'église on a trouvé également une médaille romaine et une petite statuette de cuivre.
Haches de pierre, — M. Planté, notaire à Ballots, membre correspondant, signale deux haches de pierre qui ont été trouvées Tune à la Haltière et l'autre dans le bourg même de Ballots, au milieu d'un foyer. — La première de ces haches appartient au Musée de Château-Gontier.
Photographies. — M. O'Madden fait hommage à la Commission d'un certain nombre de photographies représentant divers objets du musée de Laval, notamment des panneaux sculptés du xvi® siècle.
Dolmen de MirwauU. — M. Perrot, en visitant le dolmen de Mirwault près de Château-Gontier, aujourd'hui fort dégradé, a remarqué sur la table un certain nombre de stries produites évidemment par le poUssage des haches et des outils de pierre.
M. Perrot s'est demandé à quelle époque remontaient ces traces.
D'après lui, elles ne peuvent être postérieures à la destruction du dolmen, qui n'a pu être abattu qu'après l'âge de la pierre polie.
Elles ne sont pas davantage contemporaines, car le dolmen devait être recouvert d'un tumulus, suivant la théorie admise ; en outre elles supposeraient un manque complet de respect pour les morts renfermés dans le tombeau, respect dont l'érection même du dolmen est la preuve.
Les traces de polissage doivent donc dater d'une époque où la pierre qui les porte n'avait pas encore été employée dans la construction d'un dolmen. Cette conclusion concorde d'ailleurs avec d'autres faits connus, et pour n'en citer qu'un seul, avec ce qu'on observe au Menhir de la Hune, près de Bazougers. Ce menhir présente plusieurs parties polies, en forme de cuvettes oblongues et ces traces se sont trouvées hors de portée de la main humaine dès que la pierre a été érigée en menhir.
Retranchement près de Cbâteau-Gontier. — M. Perrot présente un échantillon de pierre, recueilli près de Ghâteau-Gontier, et ayant subi l'action du feu. Cet échantillon offre quelque analogie avec certains fragments de « murs vitrifiés. » M. Perrot ne le signale d'ailleurs qu'à titre de simple indication et dans le but d'appeler des recherches. Il remarque que dans le voisinage du mur grossier dont cette pierre faisait partie, se trouve un lieu portant le nom de Brûlé, et qu'enfin la partie du mur restée en place, et d'autres fondations peu distantes, semblent déterminer le tracé d'une sorte de camp.
Rues de Laval. — M. Chomereau, membre correspondant, dépose une étude faite par lui, sur les rues de Chapelle et des Chevaux et le coteau des Eperons, à Laval.
Inscriptions de Villaines-la-Jubel — M. Chiron du Brossay donne lecture des inscriptions suivantes, qu'il a relevées dans l'église de Villaines-la-Juhel :
Icy gist
Ici-gist-le
Icy-gist
le cosrsp
corps de
le corps
de m cha
defuncte
de defu
laignac
Marie-du
nct-Rene
ede 7 de
Clerai-da
Morin-vi
1677 la
me-du-Ohe
vant sieu
re minis
nai-dece
r-de s-lia
.... aign
dée-le 22
..dières de
Brichetie
Aoust
cède le
... may 1669
aagee-de
aagee de 48
74 ans.
ans. Requi escat in
pace.
Gy gist Jean
Icy-gist-le co
Jovenneav:.
rps de défunt
de villape
t-veneable-et
le-jvge
discret-me-fr
des vef-ves
ancois-nepvev
le-suport
vivant-prestre
des-pawres
ecvier-prieor
le-refoge
cure-de-ceans
decede : le
leqvel-deceda
dernerjovr
le a
16 ge
apo de
de rannee
rU 45
an
requiescat
in : pace
pries-Diev :
povr le-rep
os de-son a
ame:
Toutes ces inscriptions sont en lettres Romaines. Bien entendu les U sont faits comme des V.
L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 4 heures.
SÉANCE DU 12 Novembre 1885.
La séance est ouverte à deux heures, dans la salle ordinaire, à la Préfecture, sous la présidence de M. Floucaud de Fourcroy.
Sont présents, MM. :
Floucaud de Fourcroy, président ; Couanier de Launay , vice-président ; de Martonne, Cornée, Perrot, Richard, Abraham, de Lorière, de Farcy, de la Broise, Garnier et Moreau, membres titulaires ;
Et MM. Savary, Œhlert, Tirard, Raulin, comte de Beauchêne, Ghomereau, Planté, du Brossay, membres correspondants.
Présentation de membres correspondants. — Sont présentés comme membres correspondants, MM. :
A. Bertrand de Broussillon, archiviste paléographe, officier d'académie, vice-président de la Société historique et archéologique du Maine.
Delaunay (Léon), licencié en droit, attaché au parquet de Laval.
D'Argentré, maire de Saint-Julien-du-Ter'roux.
Salles, professeur au lycée de Saint-Brieuc.
L'abbé Charles, au Mans.
L'abbé Mercier, aumônier-adjoint au lycée de Laval.
M. Raison, à Bais. •
Présentation (f ouvrages. — Sur le bureau sont déposés : Abbé Charles, Le Vieux Mans. — Faucon, Notes archéo-
logiques sur Saint-Denis-de-GastineSy et diverses livraisons des Revues du Maine et de V Anjou. — Lallemand, Histoire des enfants abandonnés.
Congrès des Sociétés savantes, — M. le Président donne communication d'une circulaire de M. le Ministre de l'Instruction Publique relative au congrès des Sociétés savantes qui sera tenu à la Sorbonne en 1886.
Dictionnaire du Maine de Le Paige. — M. Cornée communique à la Commission un document assez rare, envoyé par M. d'Argentré, maire de Saint-Julien-du-Terroux. M. d'Argentré avait déjà envoyé précédemment le texte de l'acte de décès de Réaumur. Il s'agit ici d'un exemplaire, trouvé à la mairie de Saint-Julien-du-Terroux, de la circulaire adressée par l'abbé Le Paige en vue de la publication de son dictionnaire du Maine. Cette circulaire, imprimée au Mans, chez Jacques Ysambart, au carrefour de la Sirène, est datée, à la main, du 1«' juin 1767. Elle est écrite dans im style plein de naïveté, et suivie d'un questionnaire détaillé et d'un spécimen d'article à rédiger :
< Monsieur et honoré Confrère,
» J'ai proposé au bureau de la Société royale d'agri- » culture du Mans, dont j'ai l'honneur d'être associé, » de travailler à la composition d'un Dictionnaire histo-
> rique, topographique de notre province; comme un » pareil ouvrage a beaucoup de relation avec l'objet de » l'agriculture et du commerce, ma proposition fut accep- » tée dans un bureau, où monsieur L'Escalopier, alors » intendant, présidait.
» Ce projet ne peut réussir sans le concours des habi- » tants des paroisses, et surtout de messieurs les curés
> et seigneurs de fief.
» Nous sommes tous membres d'une même Société, et » par conséquent obligés de travailler à son bien-être : » c*est ce qui me fait espérer que vous voudrez bien » vous donner la peine de m*instruire sur les objets con- » tenus dans le mémoire ci-dessous. Je vous citerai nom- » mément comme auteur de l'article de votre paroisse.
!► Pour vous donner, Monsieur, une idée du plan que » je me suis proposé, vous trouverez à la fin du mémoire » sur lequel je demande des notions, l'article de la pa- » roisse de Chemiré-le-Gaudin, dont j'ai été curé pen- » dant vingt-cinq ans, tel qu'il sera couché dans le Dic- » tionnaire dont est question.
» Si vous m'honorez d'une réponse, comme je vous en » supplie, épargnez-moi, s'il vous plaît, la dépense que » la remise de votre mémoire me coûterait par la voie de » la poste.
» J'ai l'honneur d'être avec respect, Monsieur,
» Votre très humble et très obéissant » serviteur, Lepaige, chanoine de » l'église du Mans, ancien curé de » Chemiré-le-Gaudin, et doyen rural » de Vallon.
» Au Mans, le 1«' juin 1767.
» Mon adresse est. . . • au bas des Pans de Goron, au » Mans. »
Commission historique du Nord. — M. Cornée donne ensuite lecture d'une lettre de M. Chon, professeur d'histoire à Lille, membre correspondant, qui annonce qu'un compte-rendu du troisième et très intéressant volume des mémoires de la Commission sera lu par lui à la prochaine séance de la Commission historique du Nord, et inséré au Bulletin de cette Société savante.
Photographies de tableaux du château de TAnsaudière. — M. de Farcy dépose sur le bureau de fort belles pho-
tographies, exécutées par M. 0*Madden, membre de la Commission, et représentant des tableaux conservés dans la galerie du château de TAnsaudière (Saint-Martin-du- Limet).
Ces photographies représentent :
Vue du château de VAnsaudière.
Galerie de l'Ansaudiére :
Boêland Savary , ... Les animaux sortis de l'Arche.
David Téniers Les joueurs de boules.
Adrien Ostade Une mère et son enfant.
Van der Meulen .... Entrée du duc d'Albe à Mons.
Lahire Le repos dans la fuite en Egypte.
Wouvermans Un combat sous la Fronde.
Gérard Dow La cuisinière au coq.
Le Guerchiû Jésus au pied de la Croix.
Annibal Carrache . . . Les trois Maries,
Schmidt L'arracheur de dents.
Leduc Joueurs et fumeurs.
Ph. de Ghampaigne. . . Portrait d'abbé.
Joseph Vernet Marine.
La Commission prie M. de Farcy d'exprimer à M. O'Madden tous ses remerciments.
Vase mérovingien trouvé à Laval. — M. L. Garnier présente la moitié d'un vase mérovingien trouvé dans les travaux de la cathédrale de Laval, au milieu de remblais qui doivent remonter au xv® siècle.
Ce vase est presque absolument semblable à celui que possède le musée de Laval et qui est figuré tome i, p. 26, et tome in, p. 144. Comme lui il a la forme d'un baquet et devait porter un bec et trois anses ; son ornementation se compose d'une rangée € de têtes de mort, » entourant l'orifice, et sur le corps du vase, d'un réticule losange et de petits cercles imprimés en creux.
Les poteries de cette époque ne sont pas rares dans la Mayenne. On en a trouvé plusieurs à Laval même. Leur
ornementation, comme l'a si bien démontré M. Hucher, et comme on l'admet universellement aujourd'hui, les fait remonter à l'époque mérovingienne. <c Que celle-ci ait été trouvée dans une couche de débris du xv®^ siècle, remarque un membre, cela ne prouve absolument rien. Le très beau spécimen analogue qui est conservé au musée de Laval a été recueilli dans le lit de la Mayenne, vers 1860. C'est seulement en 1878 que M. Le Fizelier le fit entrer au musée. Pendant le temps intermédiaire, il avait servi de vase à fleurs. Si un hasard malheureux avait voulu qu'il fût brisé, peut-être dans quelques centaines d'années aurait-on retrouvé ses morceaux dans une couche de débris du xix« siècle. L'archéologue futur qui eût voulu le dater d'après les conditions de son gisement eût manifestement fait fausse route. De même le spécimen présenté par M. Garnier a dû être découvert au xv« siècle puis abandonné au milieu de débris. »
Lorsque les ouvriers l'ont déterré, ce vase était entier ; il a été malheureusement brisé ; mais M. L. Garnier ne désespère pas de retrouver les morceaux qui manquent.
Notice sur le château de Mortier-Crolle. — M. Abraham communique les esquisses de charmants et très intéressants dessins dont il se propose de faire hommage à la Commission dans le but d'orner son prochain volume. Ils sont relatifs au château de Mortier-Crolle, situé dans la commune de Saint-Quentin. Ce travail, d'ailleurs, est fait en collaboration avec M. P. de Farcy, qui dans une précédente séance, a présenté un album rempli de dessins et de relevés du château de Mortier-Crolle, autrefois exécutés par lui. La Commission félicite vivement MM. Abraham et de Farcy, et les remercie de leur collaboration aussi savante qu'artistique et toujours si dévouée.
Fouilles de la Boissière (Ernée). — M. Thirard annonce qu'il a commencé près d'Ernée des fouilles au lieu de
la Boissière, déjà signalé précédemment comme station gallo-romaine. M. Thirard a découvert des substructions, un mur mesurant plus de sept mètres de longueur, des tuiles, des fragments de poterie et de ciment en grand nombre, mais aucun objet entier.
No'éls anciens, — - M. P. de Farcy donne lecture de la note suivante :
« Il y a quelques mois, j'ai acheté à Château-Gontier un recueil d'anciens noëls écrits vers la fin du xvii® siècle et j'ai pensé que quelques explications sur ce manuscrit pourraient vous intéresser, d'autant que les Noêls manceaux ont été l'objet des recherches d'un de nos confrères. Malheureusement, je n'ai pas eu le loisir d'envoyer à M. Garnier la liste des 56 noèls que contient ce volume. Je ne puis donc savoir combien il y en a de nouveaux. Il s'en trouve huit seulement parmi les anciens noëls réformés publiés à Laval, en 1884, chez Camille Bonnieux. Quelques-uns, entr'autres : Laissez paistre vos bestes, Chantons je voies en prie, etc., contiennent une foule de variantes qui modifient le sens et le rendent compréhensible ; il y a même plusieurs couplets qui manquent dans le recueil de 1884.
« Ces noêls sont en général très simples, écrits, il faut le reconnaître, sans recherche et sans souffle poétique, en un français maniéré où l'on ne rencontre d'ailleurs que peu de mots de patois. Ils sont quelquefois légèrement grossiers, mais quelques uns ne manquent ni de finesse ni d'élégance ; tels sont ces couplets :
Je cheminois l'autre nuit Mon chemin vers Bethanie ; J'entendis sur la minuit Une douce mélodie D'un rossignol gracieux ; Je gaigerais sur ma vie Que cétoit l'Ange des Cieux....
Cet oisillon s'arrêta
Sur la plaine verdoyante
Et en s'arrestant chanta
Une musique plaisante
Gloria in excelsis !
quelle voix éclatante !
On eût dit quils estoient six....
Tant plus d'eux je m'approchois Tout le long^ d'une prairie Plus clérement j'entendois Chanter la douce harmonie Des flustes et des haux bois ; Ce n'étoit que mélodie Plaines, montagnes et bois.
Je ra'acostay d'un berger Qui a la façon honneste Il s'offrit de me loger Dans sa petite logette De cyprès ou de sapin, Nous beumes la chopinette En attendant le matin.
Puis les pasteurs vont adorer l'enfant.
Tenot donna un tourteau
Et Ganot une galette,
Collinet son gras aigneau
Et Guillot une chevrette
Qui ne cherche qu'à brouster ;
Si elle avoit une sonnette
Vous la verriez bien saulter.
Alison a présenté Toute une pleine potée Du laict qu'elle a apporté Et de la fleur belutée Dont Marie en se chauffant, Dans une poisle empreuntée, Fait la bouillie à l'enfant.
Margot donna un paquet De couchettes doutées Et des guines en bouquet.
Et des cailles enjonchées De crème et de bon laict doux Et un cornet de dragées Qui sent la canelle au goût.
« Je crois ces noèls peu anciens. Il y en a même plusieurs qui ont été ajoutés d'une écriture plus récente. Les lettres ornées, dont quelques-unes étaient bien dessinées ou peintes, ont été indignement barbouillées et salies à plaisir. Elles ne sauraient nous fixer sur leur date, car on y voit tout ensemble des entrelacs formant majuscules qui à première vue paraissent copiés sur des miniatures du IX® siècle, des lettres ornées du xv® siècle, des pots de fleurs, des fruits que Ton retrouve sur les épis en faïence du xvi«, un pied de table Henri II, des cuirs allemands, des grotesques de Callot, des animaux formant lettres, etc., etc.
« En parcourant ces noêls on peut, d'ailleurs, s'assurer qu'ils ne sauraient être très anciens.
« Plusieurs de ces noêls font allusion aux protestants, aux troubles de la fin du xvi® siècle.
Priant Dieu qu'il garde des loups A jamais nostre bergerie.
€ Et ailleurs : Qu'il nous garde
De ces vieux loups et nouveaux Qui sont dans le parc de France ; Qu'il les mette en un fourt chaud Nous en paradis là haut.
« D'autres, et ils sont plus récents encore, contiennent une invocation pour le salut de la France et pour Louis XIV.
grand Dieu en qui je croy Prends en garde noslre roy De peur que la pauvre France Ne s* en aille en décadence.
Prions Dieu pour la France ensemble Pour le grand Roy Louis Car il a eu vengeance Contre les ennemis.
« D'autres, enfin, s'attaquent en termes fort vifs aux modes du temps.
Toutes fois ne nous hastons pas, Prenons habis de modestie, Ostons velours et taffetas Cheveux, carquans et bifferie.
Tous ces fatras sont en horreur A Jésus nostre rédempteur.
Ces vertugadins et gros culs Ne sentent poinct la chrétienne Il s'y commet beaucQup d'abus Reprenons la mode ancienne.
€ Ces reproches, dois-je le dire, s'adressent aux dames de Laval !
(Voir aux Docume7îts, à la fin du volume).
« Ceux-ci sont non moins curieux (p. 75) :
Allons donc et en grande chère Et menons tous Chacun sa gentie bergère, Entendez-vous.
Ne mettons cottes on troupe Qui s*enflent comme boudins Et pour leur grossir la croupe Portent des vertugadins Leur derrière enflé de boure Sy très grous Les empêcheroit de courre, Entendez-vous.
La Delé et sa voisine, Toute bouffante en cheveux, Qui ne couvre sa poitrine Que de collets à raiseaux, Sont des filets faits pour tendre A tous ces foux Qui bestes sy viennent prendre, Ente^^ez-vous.
La fille de mère Sotte A tant appris à danser
Le bal, le branle, la gavotte Pour mieux sa grâce avancer
Je la laisserois en arrière A tous les coups
Voire la fille et la mère Entendez-vous.
L'une pour faire gambade S'en va de jour et de nuit En danses et mascarades Où son plaisir la conduit ; Le bon époux n'en est marry ny jaloux Tant bien sa femme le flatte, Entendez-vous.
Une autre bien regardée son piqué corselet, Qui de houpes est bardée Ainsi qu'on voit un mulet, Assez elle fait connoistre A son espou^ D'elle n'estre pas le maistre, Entendez-vous.
Mettons au rang des muguettes Nos jeunes effuminez Portant rondes bandelettes Et leurs cheveux frisonnez ; Pour battre un vilain qui gronde Et à grand coup Ne craignent Dieu ni le monde. Entendez-vous. Etc. etc.
« Rien ne saurait nous fixer sur le pays d'origine de ces noèls. Il en est un où Ton parle de la foire de Guibray :
Je fis très belle journée Quand j'ajettay pour tout vray
Cette bouteille avinée A la foire de Guibray,
Jen poié sans rien rabattre Trois bons sols ;
Ne la donnerois pas pour quatre, Entendez-vous.
« Le pays de Laval peut en réclamer trois :
« Le Noël Nos pères miciens par saincte prophétie, où se trouve ce couplet :
Or sus bons Lavallois gayment faisons bende Allons voir Jésus-Christ et luy faisons offrende De nos biens et nos cœurs, cabinets et bouticques.
« Le noél Pastoureaux et Pastourelles, où Ton parle des diverses paroisses du comté de Laval. J'ai relevé plus de 60 variantes entre mon texte et celui du recueil de 1884.
« Et enfin le Noël Approchez-vous grands et petits, où défilent toutes les paroisses de la ville. »
(Voir ces Noéls aux Documents, à la fin du volume).
Château de Bois-Thibault. — M. de Beauchesne donne quelques détails nouveaux sur le château de Bois-Thibault.
« D*abord il rappelle qu'il y a un an la Commission, par l'organe de M. E. Moreau, son secrétaire, a bien voulu lui demander son avis relativement aux différents styles d'architecture qu'on remarque dans les ruines actuelles du vieux manoir du Bois-Thibault, près Lassay. Aux questions de la Commission^ M. de Beauchesne n'avait pu alors répondre que d'une façon approximative, ayant étudié jusque là le château en question au point de vue historique plutôt qu'au point de vue archéologique proprement dit. Mais depuis lors, grâce à une étude comparée des ruines du Bois-Thibault et du chapitre de Viollet-Le-Duc, sur les châteaux en France, dans son Dictionnaire de l'architecture, il a pu fixer avec certitude l'époque de la construction de la partie la plus importante de ce château, celle située au nord et au nordouest.
« Voici, en effet, le passage où Viollet-Le-Duc parle de l'évolution qui s'était opérée dans le style des châ-
teaux en France, sous les règnes de Louis XII et de François P*". « Dans beaucoup de châteaux, dit-il, re- » construits en partie au commencement du xvi® siècle, » on conserva les anciennes tours, autant à cause de leur » extrême solidité et de la difficulté de les démolir, que » parce qu'elles étaient la marque de la demeure féo- » dale. Mais pour rendre ces tours habitables, il fallait » les éclairer par de larges fenêtres : pratiquer des trous » à chaque étage et construire des baies en sous-œuvre, > eût été un travail difficile, dispendieux et long. On » trouva plus simple, dans ce cas, pour les tours avec » plancher de bois, et c'était le plus grand nombre, de » pratiquer du haut en bas une large tranchée verticale » et de remonter dans cette espèce de créneau autant de » fenêtres qu'il y avait d'étages, etc., etc.. . . » Or, fait remarquer M. de Beauchesne, c'est justement l'application de cette théorie de Viollet-Le-Duc que l'on voit au Bois-Thibault. On a fait entrer les deux tours du nord, qui doivent dater du milieu du xv® siècle, dans le plan d'une construction postérieure dont le style est de la Renaissance, et cela en pratiquant dans ces tours les tranchées verticales dont parle Viollet-Le-Duc. Il n'y a pour s'en convaincre qu'à comparer aux dessins dont l'auteur du Dictionnaire d'architecture appuie sa théorie, les fenêtres hautes et étroites des deux tours nord du Bois-Thibault. Et par là nous avons d'une façon à peu près certaine l'époque de la construction de la partie la plus importante de l'ancien manoir des du Bellay. Cette époque est le commencement du xvi® siècle.
« Cette donnée, ajoute M. de Beauchesne, est d'ailleurs conforme à une assertion de Lepaige qui, dans son Dictionnaire du Maine^ à l'article Courberie, fait de la partie principale et relativement ancienne du château de Bois-Thibault, alors déjà en ruines, « l'ouvrage du cardinal du Bellay. » Or, ce dernier a possédé le Bois-Thibault de 1510 à 1540 environ.
Château de Lassay. — M. de Beauchesne informe ensuite la Commission qu'il a eu la bonne fortune de découvrir, d'une façon encore plus précise que pour le Bois- Thibault, l'époque de la construction du château actuel de Lassay. M. le marquis de Beauchesne, son père, dans sa notice sur ce château, publiée en 1875, n'avait pu, en effet, faute de documents, expliquer comment, tandis que l'existence du château en question dès le xii® siècle est attestée par les preaves historiques les plus certaines, son style n'en paraît pas moins être du xv® siècle, d'où une contradiction plus apparente que réelle entre la notice sur Lassay et le château actuel. Aujourd'hui, grâce à plusieurs documents très importants découverts par l'auteur de ces communications tant aux Archives Nationales qu'aux archives mêmes du château de Lassay, le jour le plus plein s'est fait sur cette question jusqu'alors si obscure. Voici ce qui était arrivé. Il existait bien, avant la guerre de cent ans, un château fort à Lassay ; mais ce château n'était pas, il s'en faut de beaucoup, semblable à celui qui existe actuellement. D'après l'aveu que Charles de Vendôme en rendit au Roi le 3 août 1404, aveu que M. de Beauchesne a découvert dernièrement aux Archives Nationales, le château de Lassay se composait alors de « ua donjon, basse-cour, bois et fossés, » ce qui, comparé avec le château actuel, prouverait déjà l'existence de deux châteaux successifs. Mais ce n'est pas là tout. « Aujourd'hui, lisons-nous dans les remembrances de la seigneurie de Lassay, à l'année 1457, ce aujourd'hui en jugement ont esté leues et publiées les lettres roiaux pour Monseigneur contenant en effect et substance que le Roy nostre sire veult et ordonne que Mgr puisse édiffier de nouvel son chastel austrefois démoli et cheu en ruyne par la fortune de la guerre et avecque ce mande le Roy nostre sire, etc. » Ainsi, grâce à ces deux importants documents qui avaient échappé à l'auteur de la notice sur Lassay, on voit qu'il existait à l'origine à Lassay, c'est-
à-dire du xii® au xv® siècles, un château composé d'un donjon conique avec basse-cour, toit et fossés ; que dans la première moitié du xv® sièr»le, ce premier château avait été démoli et était tombé en ruines par la fortune de la guerre ; enfin, que vers l'année 1457, par suite de l'obtention de lettres roïaux de Charles VII, le seigneur de Lassay, alors Jean II de Vendôme, a dû faire reconstruire à nouveau le château actuel. Ainsi se trouve fixée de la façon la plus rigoureuse l'époque do la construction de ce château du xv® siècle, conservé jusqu'à nos jours dans son imposante intégrité.
Il y avait là une lacune véritable que M. de Beauchesne a comblée.
Pierres tombales de Cigné. — M. de Beauchesne fait part à la Commission de l'existence de plusieurs pierres tombales assez intéressantes dans le chœur de l'église de Cigné. L'une d'elles est celle d'un personnage, dont Guyard de la Fosse a parlé à la page 43 de son Histoire des seigneurs de Muyenne, de Guy-Martin de Lozé, écuyer, seigneur de la Haye-Moncorbeau, de Champs et de Cigné, mort au manoir de la Haye en Cigné, en 1744, et l'un des derniers représentants de l'antique famille de Lozé, illustrée dès la fin du xii« siècle avec Herbert de Lozé et dont une branche, la branche aînée, apparemment, a possédé le Bois-Thibault pendant les xiii®, xiv® etxv« siècles. Voici l'inscription, très difficile aujourd'hui à lire, qu'on voit, gravée sur la pierre tombale dont il s'agit :
Cy GlT LE co
RPS DE DEFFU
NT ME8SIRE Gu
Y Martin de Lozé ecuier chevallier seul seigneur
FONDATEUR DE L*EgLISB CIMETIERE BT PAROIS SE DE S^ MaR TIN DE CiGNÉ SEIGNEUR
DE Champs
DÉCÉDÉ DI lÊMB JANVIER.
Cette inscription, d'ailleurs, dont la date surtout est presque effacée, se complète heureusement par l'acte de décès du même personnage qui se trouve, à la date du 19 janvier 1744, dans les anciens registres de baptêmes, mariages et sépultures conservés à la mairie de Cigné. L'acte constate, en effet, l'inhumation « du corps de M'« Guy Martin de Lozé, escuyer, chevalier, seigneur fondateur de cette église et paroisse et de Champs, âgé d'environ 44 ans, vivant mari de dame Marie de la Roque, décédé d'hier en sa maison, etc. »
M.deBeauchesne a, d'ailleurs, le projet de faire relever, avec la permission des autorités compétentes, les pierres tombales qu'il vient de signaler à la Commission, et de les faire encastrer verticalement le long des murs intérieurs de l'église de Cigné, car aucune d'elles n'est à sa place primitive. Toutes, placées dans les sens les plus divers, ont évidemment servi, à un moment donné, à paver le chœur comme les dalles les plus vulgaires. De plus, comme elles sont continuellement foulées aux pieds, leurs inscriptions sont menacées d'une destruction complète, si on ne prend pas de mesures préservatrices à leur égard.
Erection de la baronnie de Châieau-Gontier en marquisat ; notes sur la famille de Racappé de Maguannes. —
M. André Joubert communique à la Commission la note suivante :
€ La véritable date de l'érection de la baronnie DE Château -Gontier en marquisat. — Notes sur Henri-Michel-Augustin de Racappé et sur les marquisats DE Magnannes et DE Chateau-Gontier aux XVII® et XVIII* SIÈCLES. — Daus sa Oénéalogie des seigneurs de Châteaur-Oontier, publiée dans les Procès-Verbaux et Documents de la Commission historique et archéologique de la Mayenne, notre savant confrère, M. A. de Martonne, fait observer que M. Tabbé Foucault, dans ses Documents historiques sur Château- Gontier, a négligé d'établir une première érection de la baronnie en marquisat par Louis XIII, vers 1646. Or, nous pensons que cette prétendue première érection, déjà mentionnée par M. Léon Maître, qui la place vers 1647, dans ses Tablettes généalogiqtces, n'eut jamais lieu. Voici sur quelles preuves nous nous appuyons :
« En 1647, Anne de Loyré, conseiller au Grand-Conseil, agissant contre « très haut et très puissant prince Claude de Lorraine, duc de Chevreuse, » obtenait, pour le paiemont des 5,000 livres qui lui étaient dues, la saisie de la baronnie et seigneurie de Château-Oontier. L'affiche de la mise en vente figure aux Archives de la Mayenne^ série B., 2278.
« Un procès-verbal, dressé en 1652 par le lieutenantgénéral de la sénéchaussée, constate que cet officier s'était transporté au bourg de Chemazé pour la plantation audit lieu d'un poteau aux armes du baron de Château- Gontier, seigneur féodal et fondateur dudit Chemazé. Ce procès-verbal constate aussi que la plantation avait été faite à la requête du procureur du roi, pour attester le droit du baron contre le sieur d'Ampoigné qui avait la prétention d'avoir à Chemazé un poteau à ses armes {Archives de la Mayenne, B., 2296). La seigneurie de Château-Gontier a donc toujours été qualifiée baronnie,
du vivant de Nicolas de Bailleul, décédé le 30 août 1652, comme le prouvent les deux lettres écrites par « les gens tenant le présidial de Ghâteau-Gontier, » que nous avons publiées dans notre notice sur la Démolition des châteaux de Craon et de Château-Oontier, d'après des documents inédits, 1 592-1657 . {Revue historique et archéologique du Maine, tome xvii«, année 1885, premier semestre, p. 66-100).
« L'érection de la terre etbaronnie de Ghâteau-Gontier en marquisat ne date que de 1656. Elle fut faite en faveur de Louis-Dominique de Bailleul, seigneur de Soisy, de Vatetot et d'Estiolles, président au Parlement de Paris. Les lettres patentes de création du marquisat furent données à la Fére en juillet 1656, enregistrées en Parlement et à la Chambre des Comptes, à Paris, les 27 et 31 juillet 1656. Voir le v® volume des Ordonnaïices de Louis XIV et l'aveu rendu au roi par L.-D. de Bailleul, le 29 novembre 1669, conservé dans la collection des manuscrits de la Bibliothèque d'Angers, n® 917.
= < Dans une des notes qui accompagnent la publication de la Généalogie des seigneurs de Château-Gantier, à la p. 304, M. A. de Martonne constate l'existence d'une lacune dans le manuscrit qui porte : « M. de Magnane
étant décédé le » Il ajoute qu'il n'a pu la combler
« faute de connaître assez à fond la généalogie des sieurs de Racapé. » Nous sommes heureux de donner ici quelques détails inédits, extraits des archives du château de Magnannes, que nous avons compulsées, classées et copiées.
« Henri-Michel-Augustin de Racappé était fils de Henri- François de Racappé, seigneur de Magnannes, gentilhomme de la province d'Anjou, lieutenant des maréchaux de France, ancien officier dans le régiment de Bourbonnais, blessé au siège de Mayence, en faveur duquel Louis XIV érigea la terre de Magnannes en marquisat.
par lettres patentes données à Versailles au mois d'avril 1701, enregistrées en Parlement le 6 mars 1702. Ces lettres sont conservées dans le 42*^ volume des Ordonnances de Louis XIV, au folio 120. Nous les y avons copiées sur le manuscrit original. On voit que M. Léon Maître a commis un oubli en disant, dans V Introduction au Dictionnaire topographique du département de la Mayenne, p. xii : « Dans le marquisat de Château-Gon- > tier, on ne connaît pas d'autre érection que celle du » marquisat de la Barre, au xvii« siècle. » La mère d'Henri-Michel-Augustin de Racappé s'appelait Anne Millet de Naumare. Ce personnage obtint, le 16 juin 1716, de son père, Henri-François, moyennant une rente viagère de 4,000 livres, la cession de la seigneurie de Menil.
« Le 2i février 1714, de concert avec le curé de Menil, le seigneur de Magnannes avait fondé une école pour la jeunesse de la paroisse. Après avoir servi dans les armées royales en qualité « de mestre de camp de cavalerie, puis de guidon des hommes d'armes et des ordonnances du Roy sous le titre de gens d'armes de Bretagne, » Henri-Michel-Augustin de Racappé épousa, le 6 juillet 1726, Marie-Louise-Charlotte Leroux de la Roche-des-Aubiers, fille de Pierre-Georges Leroux, comte des Aubiers, et de Françoise de Salles. Le 20 mai 1739, il acquit le marquisat de Château-Gontier de Félix Aubry, marquis de Vastan, neveu de Nicolas-Louis de Bailleul, fils du seigneur du même nom, héritier de Madeleine-Louise de Bailleul, sa mère. Le marquis de Vastan avait payé pour cette acquisition 330,000 livres. Le 30 août 1739, en vertu d'une donation mutuelle, la dame de Magnannes devint dame douairière de Château-Gontier. Henri-Michel-Augustin était aussi seigneur de Saint- Laurent-des-Mortiers, de Cré et de Sœurdres. Il s'intitulait seigneur de Saint-Martin, la Brossinière, Lervoi, Tillière, Rou, Brez et autres lieux. Il s'éteignit le 13
mars 1755, à Paris, sans laisser de postérité. Sa veuve épousa en secondes noces le vicomte^ Pierre-Georges de Rougé, chevalier de Tordre royal et militaire de Saint- Louis, capitaine au régiment de Pauly. Elle vendit le marquisat de Château-Gontier, pour le prix de 438,000 livres, à Hardy-Germain-Gilbert de Villoutreys, seigneur du Bas-Plessis, par contrat passé devant Bry, notaire à Angers, le !•' mars 1760. Elle s*unit enfin, en troisièmes noces, à Michel-Jérôme d'Andigné, chevalier de Saint- Louis, capitaine au régiment de Piémont.
€ Anne-Thérèse-Henriette de Racappé, sœur du dernier des Racappé, avait épousé, le 18 juillet 1715,paracte passé devant maître Hullin, notaire royal au Mans, M. Salomon- François de la TuUaye, IP du nom, chevalier, seigneur de Coetquelfen, du Plessis-Tison, de Coulongé, de Port- Durand, de Belle- Isle, etc., fils de M. Salomon-François de la TuUaye, P' du nom, chevalier, seigneur du lieu, du Plessis, de Bonneville, de la Mothe, procureur général en la chambre des comptes de Bretagne, époux en premières noces de Marie-Anne Morice, fille unique du seigneur de Coetquelfen et de dame Marie Geffroy. La terre seigneuriale de la TuUaye était située dans la paroisse de Saint- Germain-en-Coglais et relevait en plein fief de la baronnie de Fougères.
« Les Racappé, originaires de Bretagne, étaient établis en Anjou dès le xiv* siècle. Hs portaient : De sable à six roquets ou rocs d* échiquier d'argent à V antique ^ posés trois, deux et un, selon le feudiste Audouys, mss. 994 de la BibUothèque d'Angers. Les la TuUaye, devenus seigneurs de Magnannes, s'armèrent : Ecartelé, aux 1 et 4 d'or y au lion de gueules, qui est de la TuUaye. Yi 6 roquets ou rocs d'échiquier d'argent à l'antique^ qui est de Racappé, comme nous venons de le dire. (Voir la Généalogie des la Tullaye de Bretagne et d'Anjou, extraite du tome xi® des Archives généalogiques et historiqices de la noblesse de Fra^ice.
« Nous venons de publier, dans la Revue historique et archéologique du Afam^,. une Histoire de Menil et de ses Seigneurs, d'après des documents inédits, {1040- 1886), qui contient la description complète du château de Magnannes et renferme une série de documents nouveaux sur les Racappé. »
Notice archéologique sur Jublains, par MM, Savary et E. Moreau. — MM. Savary et E. Moreau annoncent qu'ils ont entrepris sur Jublains un travail de longue haleine. M. Savary donne lecture de quelques pages de Tintroduction.
Urne de terre trouvée à Sainte-Gemmes-le-Robert. — M. E. Moreau donne lecture de la note suivante :
« Dans le cours de cette année 1885, un cantonnier de la commune de Sainte-Gemmes-le-Robert, en creusant le fossé du chemin vicinal de Sainte-Gemmes à Hambers, à environ 150 mètres au N. 0. du moulin de Richebourg, mit à découvert une urne faite d'une terre noirâtre, et qui s'était conservée intacte. L'urne renfermait des cendres, des charbons, des ossements incinérés et un caillou blanc, que je n'ai pas vu, mais qui, d'après la description qu'on m'en a donnée, devait être allongé, poli d'un côté, un peu arrondi et strié de l'autre.
€ Prévenu par les soins du Maire, M. Gaugain, je profitai d'une excursion faite en compagnie de M. Savary, membre correspondant, pour passer à Sainte-Gemmes, et nous nous mimes aussitôt à la recherche de l'urne que nons désirions rapporter au musée de Laval. Par malheur, elle avait été brisée quelques jours avant notre arrivée. Nous ne pûmes en recueillir qu'un fragment un peu caractéristique qui, à première vue, nous parut gaulois. Désirant, néanmoins, corroborer cette opinion, j'envoyai le fragment au musée de Saint-Germain, et M. de Mortillet voulut bien me répondre, quelques jours après, que lui
aussi inclinerait à considérer ce vase comme gaulois M. (le Mortillet remarque môme que les Gaulois ayant l'habitude d'enterrer leurs morts, cette sépulture par incinération devait se rapprocher du commencement de l'ère chrétienne, et dater d'une époque où les Gaulois subissaient déjà l'influence des étrangers. »
Une carrière Gallo-Romaine. — M. E. Moreau lit la note suivante :
€ Tout près du point où a été recueilli le vase dont il est question dans le précédent paragraphe, au village même de Pierre-Aigue, se trouve une carrière de grès tertiaire ouverte depuis plusieurs années, par l'administration des ponts et chaussées, pour l'encaissement des routes. Dans une visite faite précédemment à cette carrière, au cours d'une excursion géologique en compagnie de M. Œhlert, nous avions remarqué que la carrière ne s'ouvrait pas dans la roche vive, ni dans un mélange de terre et de quartiers de roche comme cela se produit parfois dans les couches voisines du sol, mais qu'elle était pratiquée dans une exploitation ancienne. Une carrière autrefois ouverte avait été abandonnée, l'excavation comblée au moyen des déblais, puis, après de longs siècles, sans doute, le hasard avait voulu que cette carrière fût exploitée de nouveau.
tc Au fond de la carrière, parmi les déblais, nous avions remarqué un fragment cylindrique, assez peu épais, régulièrement taillé, que d'en haut nous avions d'abord pris pour une meule à main romaine, mais qui, vérification faite, était un élément de fût de colonne. Le cantonnier chargé de l'exploitation, interrogé, nous raconta que plus d'une fois déjà il avait découvert de semblables pierres régulièrement façonnées, mais que le plus souvent elles étaient brisées en deux.
« Je pensai dès lors que cette carrière, évidemment fort ancienne, n'avait pu être exploitée qu'à l'époque ro-
maine. Je ne voyais pas bien, en effet, à quel moment on aurait pu, depuis lors, dans ce coin retiré de la commune de Sainte-Gemmes, tailler des fûts de colonnes, surtout d'un diamètre trop petit pour qu'ils pussent servir à une église, la seule construction qui, dans nos mœurs, depuis quinze siècles, comporte couramment un semblable ornement.
€ Je savais qu'une voie romaine allant de Jublains au Mans, et connue encore tout prè^ de là sous le nom de Chemin de César, traversait, à quelques centaines de mètres, les landes des Rabries, landes sur lesquelles, d'après M. H. Barbe, les Romains auraient établi des tuileries. La carrière était donc très favorablement située pour expédier ses produits à Jublains.
4c Or, dans une excursion faite au mois d'août dernier à Jublains, en compagnie de M. Savary, je remarquai que les colonnes qui soutenaient le portique du théâtre étaient faites de plusieurs sortes de pierres, et que plusieurs d'entre elles avaient été fabriquées, sans doute possible, au moyen de ce grès tertiaire qu'on rencontre à la pointe N. 0. de la commune de Sainte-Gemmes-le-Robert.
€ La vérification était donc faite et nous pouvons considérer maintenant comme certain que la carrière de Pierre-Aigùe a fourni des fûts de colonnes à la ville ou tout au moins au théâtre de Jublains. »
Questionnaire relatif au Dictionnaire du patois du Bas- Maine, — M. E. Moreau rend compte de l'envoi des questionnaires relatifs au Dictionnaire du patois. Ces questionnaires ont été adressés aux personnes qui par leur profession sont le plus en rapport avec les habitants de la campagne, ainsi qu'aux membres correspondants de la Commission. Un certain nombre de réponses, quelques-unes rédigées avec beaucoup de soin, sont arrivées depuis la dernière séance.
Tapisserie du château de Saint- Amadour. — M. Planté, membre correspondant, rapporte qu'au château de Saint- Amadour (La Selle-Craonnaise), appartenant à M"« la comtesse d'Armaillé, on conserve des tapisseries représentant les noces de Gombaud et de Macée. Ces tapisseries remontent à d580. Molière en parle dans l'inventaire de Y Avare. M. Jubinal, qui s'est livré à une étude approfondie de ces tapisseries, n'en connaît que quatre exemplaires. Celles de Saint-Amadour en constitueraient un cinquième. M. Planté se propose d'envoyer à la Commission une note détaillée à leur sujet. (Voir les Documents à la fin du volume).
Monnaie de Louis- le-Déhonnaire trouvée à Asti/lé. — M. l'abbé Pointeau, curé d'Astillé, fait parvenir à la Commission une pièce d'argent de Louis-le-Débonnaire, trouvée dans un champ dit des Grands-Aulnais. Cette pièce, bien que rare, a été souvent décrite.
Inscription du château de Montesson. — M. G. du Brossay communique une inscription qu'il a relevée dans l'église de Bais :
Cy gist haute et puissante d\me
Marie de Montesson veuve ds
Haut et puissant seigneur messire
René de décédé le 2
Avril priez Dieu pour son ame
A SA mémoire
Seigneur messire René
Comte de Montesson lieutenant
Général des armées :
Lieutenant de sa
Majesté gouverneur de la ville de
Saint-Quentin
De
Pour cette tombe.
€ Toute rinscription est martelée. Elle est précédée de deux écussons accolés, celui de gauche complètement illisible, l'autre paraissant chargé de 3 étoiles par 2 et 1. Semblable écusson se retrouve sur une belle plaque de cheminée du xviii® siècle, actuellement dans l'hôtel des Quatre-Vents à Bais. »
Drapeau eu bannière fifferis par les dames de Laval eu de Mayenne, aux Suisses du régiment de Châteauvieux. — On sait qu'au mois d'août 1790 une sédition militaire éclata à Nancy, dont la garnison se composait alors de trois régiments: Régiment du Roi, infanterie ; Châteauvieux, suisse, et Mestre-de-Camp, cavalerie. Lorsque la sédition eut été réprimée par le marquis de Bouille, avec une énergie qui coûta, dit-on, de nombreux cadavres, on sévit contre les coupables. Les conseils de guerre réunis des régiments de Vigier et de Castella condamnèrent à mort trente-deux Suisses de Châteauvieux ; quarante et un furent envoyés aux galères pour trente ans. Mais ces derniers ne subirent pas jusqu'au bout leur peine. Ils ne furent détenus que pendant 18 mois environ, l'Assemblée législative leur ayant ouvert les portes du bagne de Brest. C'est à leur retour qu'ils passèrent à Mayenne, situé sur la grande route de Paris. On s'explique l'enthousiasme des citoyennes de Mayenne et de Laval, si on lit, dans les documents du temps, le récit de ce voyage, qui fut une véritable marche triomphale. A Paris, ils furent reçus au milieu de transports extraordinaires. André Chénier les chanta. Les Jacobins, sur la motion de Collot-d'Herbois, leur donnèrent un grand banquet, conservèrent leurs fers à titre de souvenir et se parèrent avec orgueil du bonnet rouge des galériens qu'ils portaient encore : telle est, en effet, l'origine de cette coiffure révolutionnaire.
A ce propos, M. Raulin, membre correspondant, communique la pièce suivante :
€ Extrait d'un registre de l'état civil, coté le 2 janvier 1792 par Jean Vincent Marie Lefebvre Gheverus, président du tribunal du district de Mayenne et déposé au greffe dud. tribunal.
€ 28 mars 1792. — Bénédiction du drapeau et de la bannière donnés aux soldats du régiment de Château- Vieux par les citoyennes de Laval et de Mayenne.
« Aujourd'hui 28 mars 1792, siir les 7 h. du matin, Messieurs les administrateurs composants le Directoire du District, et Messieurs les maire et officiers municipaux accompagnés d'un détachement nombreux de la garde nationale commandée par monsieur le Colonnel, ayant au milieu d'eux M""» les soldats du régiment de Château- Vieux dont l'Assemblée Nationale vient de briser les fers, et le sieur Vignon, citoyen de Brest, député par ses concitoyens pour accompagner sur leur route de Brest à Paris lesdits soldats, sont entrés dans le chœur de cette église au son des tambours et de la musique de la garde nationale et ont demandé la bénédiction d'un guidon donné auxdits soldats par les citoyennes de Laval ; au même instant les citoyennes de notre ville de Mayenne ont présenté aux mêmes soldats un drapeau aux couleurs nationales ; mademoiselle M. L. F. Auray, l'une d'elles, a pronoïîcë un discours où elle a exprimé la satisfaction qu'éprouvent ses concitoyennes de la délivrance de ces braves soldats : Le public présent à cette solennité a témoigné par ses applaudissements l'intérêt que lui inspirent les soldats de Château-Vieux et son approbation du discours prononcé par M«"® Marie Louise Françoise Auray. M' Vignon a reçu de ses mains le drapeau offert par les citoyennes de Mayenne et en a confié la garde et l'honneur de le porter à Monsieur Jacques Gros-Jean, l'un desdits soldats, au nom desquels il a adressé aux citoyennes et aux citoyens de cette ville les plus vifs remerciments et a prononcé le serment civique avec les formes ordinaires. Ensuite nous, curé de ladite ville et
paroisse Notre-Dame de Mayenne soussigné*, assisté de notre clergé, avons procédé avec les cérémonies et solennités usitées à la bénédiction du guidon ou bannière donné par les citoyennes de Laval, et du drapeau donné par celles de Mayenne, et avons prononcé un discours analogue à la fête et à l'événement qui en était l'occasion : il a été ensuite chanté un Te Deum en action de grâces de l'heureuse délivrance desdits soldats de Château-Vieux, détenus à Brest, lesquels sont ensuite sortis de l'église, accompagnés et dans le même ordre qu'ils y étaient entrés. Ont signé Messieurs Le Jeune, Lair, Pottier, membres du Directoire, Chevallier, procureur syndic, Gournay, maire, Morice, Jamelin, Lacour, officiers municipaux, Fougerolles, colonnel de la garde nationale, Vignon, M"®* Auray, Lair, Maupetit, etc.
« (Suivent les signatures :)
« Marie Louise Perrine Auray. — Hortense Maupetit.
— P : S : Vignon. — Jacques Grosjean — Fougerolle. — Emilie Maupetit. — Morice. — Lacour. — Gournay, maire. — Françoise Adélaïde Lair-Lamotte. — Pottier.
— R. A. Lair. — Chevalier, P' sindic. — Dauverné, curé de Mayenne. >
Ordonnance de police pour les processions de la' Fête- Dieu à Laval, — M. Raulin, membre correspondant, offre à la Commission une copie d'une ordonnance de
l. M. Dauverné, qui avait prêté le serment à la constitution civile du clergé, prit possession de la cure do Notre-Dame à la fin du mois d^oût 1791.
L'abbé Lefebvre de Cheverus, à la fois chanoine et vicaire (qui devint plus tard cardinal-archevêque de Bordeaux), ayant refusé la prestation du serment, ainsi que son vieil oncle et ses confrères, reçut l'ordre de quitter le presbytère pour faire place au curé constitutionnel. liC dernier acte de sépulture siçné : « Lefebvre, prêtre vicaire, » sur les registres de la paroisse, porte la date du 20 août 179 i.
A partir du 23 août, les actes portent la sij^nature c Dauverné, curé de Mayenne, » sauf un acte de baptême du l'''" septembre signé par Morice Delarue, vicaire épischopal (sic).
police datée du 24 mai 1777 et relative à Tordre à observer dans les processions de la Fête-Dieu à Laval. Cette ordonnance est signée de Jean-Joseph Delaunay des Cepeaux, juge ordinaire de police du comté pairi'^. de Laval. Le texte de cette ordonnance, trop long pour figurer dans les Procès-Verbaux y sera inséré dans la seconde partie de ce volume, parmi les Documents.
L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 4 heures 1/2.
Le Secrétaire général^