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PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES

SÉANCE DU 22 Janvier 1884.

La séance est ouverte à deux heures, à la Préfecture, dans la salle ordinaire des Commissions.

Sont présents : MM. Floucaud de Fourcroy, président; Chedeau, Leblanc, Pointeau, de Farcy, Lecomte, Cornée, Moreau, membres titulaires, et MM. Richard, Couanier de Launay, O'Madden, membres correspondants.

Présentation de Membres titulaires. — La Commission présente à M. le Préfet, comme membres titulaires, MM. Sentilhes, ingénieur à Mayenne, et MM. Richard, Couanier de Launay, O'Madden, membres correspondants.

Présentation de Membres correspondants. — Sont présentés également, comme membres correspondants, MM. Almire Bernard, propriétaire à Saint-Pierre-sur-Orthe,

Morisset, docteur-médecin à Mayenne, et Angot, curé du Buret.

Communications diverses. — M. le Président fait observer que, depuis la dernière séance, un membre de la Commission, M. Perrot, a été nommé oflBcier d'académie. La Commission enregistre avec un vif plaisir la nouvelle de cette distinction, accordée à l'un de ses membres les plus anciens et les plus sympathiques.

— On fait observer que les publications qui donnent habituellement la liste des ouvrages archéologiques publiés dans l'année ne font pas mention des procès-verbaux de la Commission. Cet oubli est à signaler dans la dernière liste de la Gazette des Beaux-Arts.

Monuments historiques. ~ Il est décidé à l'unanimité que, dorénavant, tous les volumes de procès-verbaux renfermeront la liste exacte des monuments historiques classés du département de la Mayenne.

Musée de Jublains. — La commune de Jublains n'a pas encore pris de détermination relativement au musée qui devait être construit dans l'enceinte du camp. Cet état de choses est fort préjudiciable aux collections qui devraient être déposées dans ce musée. Des objets sont journellement dispersés sans qu'il soit possible de s'y opposer efficacement. M. le Maire de Jublains désire savoir si la Commission a pris des mesures ou si elle entrevoit une solution.

On fait observer que la construction du musée est à la charge non pas de la Commission, mais de la Société archéologique de la Mayenne. M. Chedeau, président de cette Société, présent à la séance, fait espérer qu'une solution propre à sauvegarder tous les intérêts sera adoptée dans un avenir très prochain.

Présentation et acquisition d'ouvrages. — Sur le bureau

sont déposés divers ouvrages : Les Mémoires de la Société Polymathique du Morbihan ; — les Mémoires de V Académie d'Angers ; — la Revice de l'Anjou ; — le Bulletin de la Société d'Agriculture, Sciences et Arts de la Sarthe.

M. le Président propose d'acheter, sur les bonis de Tannée 1883, un ouvrage indispensable à la Commission, le Maine et l'Anjou, par M. de Wismes. Cette proposition est adoptée.

Brique ayant servi de pierre d autel, dans la chapelle de la Mariette (Beaumont-Pied-de-Bœuf), — M. de Farcy donne lecture de la note suivante :

€ Lorsque je visitai la curieuse chapelle de Varennes pour y relever les sept pierres tombales dont, je compte vous entretenir dans une prochaine séance, je fus à même d'examiner une pierre d'autel des plus curieuses se trouvant dans la chapelle de la Mariette, commune de Beaumont-Pied-de-Bœuf.

€ C'est une brique immense^ mesurant 1™40 de long sur 0"80 de largeur.

€ J'avoue que jusqu'à ce moment je n'avais jamais supposé qu'on eût pu fabriquer et cuire, surtout à une

époque reculée, des briques de cette dimension. M. Le Breton, directeur du musée de Rouen, dont les travaux et les longues recherches sur la céramique française font partout autorité, n'en a jamais vu d'intacte. Il n'en signale que quelques fragments ayant pu appartenir à des pièces de ce genre. Aussi ne saurais-je trop insister pour vous faire apprécier l'importance de la brique de la chapelle de la Mariette.

« Malheureusement cette brique se détériore tous les jours. En effet, le sanctuaire de la Mariette, bâti en 1537, fut restauré en 1824, et alors aucune des mutilations qu'on pouvait lui faire subir ne lui fut épargnée. La corniche fut enrichie d'un triple rang de briques dont l'un est posé en dents de scie. On supprima les baies et la porte en plein cintre pour les remplacer par des ouvertures carrées. On scia les tirants de bois pour que rien ne vint empêcher d'admirer la blancheur du plâtre de la voûte. On fit un autel neuf, et comme la pierre de l'ancien était trop petite, on en fit un seuil de porte pour la sacristie qui dessert la chapelle. C'est là que, sans pouvoir se retourner, et dans un jour insuffisant, on aperçoit cette curieuse brique, déjà bien endommagée par le frottement et brisée en plusieurs morceaux. Au reste, elle était déjà connue et M. l'abbé S. Couanier de Launay en parle à la page 282 de ses Pèlerinages du diocèse de Laval,

« Elle est en terre rouge et fine. Elle n'a jamais été émaillée. Son épaisseur dépasse 0™10, autant que je puis le croire, car dans la position qu'elle occupe, il m'a été impossible d'en prendre la hauteur totale. Au centre, sur le devant, un carré a été ménagé en creux pour recevoir la pierre sacrée. A droite on voit un grand chifi*re : IHS, en lettres gothiques, et à gauche un écuou une bannière, traversée d'une crosse. Tout autour on lit, en caractères romains, sauf un E qui est encore gothique : PAR. lEHAN. PILO RLIE FVS FAICTE LAN MIL CINQ

CENS. TRANTE ET. SEPT. Ces mots sont espacés par neuf petits carrés portant ce qu'en blason on appelle un fretté de six pièces. Cet ornement me paraît fantaisiste, à moins que ce ne soient les armes d'une famille qui, à cette époque, aurait possédé le fief dont relevait la chapelle. En tout cas je ne saurais y voir des croix de consécration. D'ailleurs, dans le champ, de chaque côté de la pierre sacrée, j'ai constaté l'existence de deux petites croix pattées que l'état de la brique et leur peu de saillie n'avaient pas fait voir à l'estampage. Tous les ornements de cette brique, sauf les lettres, ont été faits à l'aide d'un moule en bois. Celles ci sont tracées à la pointe et évidées en biseau d'une main sûre et habile.

« Deux questions se posent tout naturellement :

« Quel est cet écu avec la crosse ?

« Où cette brique a-t-elle été fabriquée ?

« Il ne saurait y avoir de doute pour l'attribution de l'écu. Il est aux armes de la famille du Bellay. On y voit la bande fuselée, remplacée ici par 6 losanges seulement et les 6 fleurs de lys placées 2 et 1 en chef et 3 en bande en pointe. Je ne saurais y voir les armoiries de René du Bellay, évêque du Mans. Celui-ci, en effet, était bien de la même famille, mais d'une autre branche qui, comme Martin du Bellay, dont M. l'abbé Pointeau vous a montré le sceau plaqué à un certificat, écartelait ses armes de celles de Beaumont, et portait sur le tout de Vendosme. C'est ici le blason d'Anne du Bellay, sœur du cardinal, abbesse d'Etival en Charnie, de 1533 à 1545. Pour cela il ne saurait y avoir de doute. Le sens de la crosse indique non un évêque mais une abbesse ou prieure. D'ailleurs, c'était à l'abbesse qu'incombait la charge d'entretenir ou d'élever les autels des paroisses ou chapelles qui relevaient de son autorité. Dès lors, il est naturel de les trouver sur notre brique comme marque d'honneur et de l'exercice de ses droits.

€ Il reste à savoir où cette brique a été fabriquée. Si,

d'une part, nous constatons qu'à cette époque les ateliers de poterie n'étaient pas nombreux dans notre pays, et si, d'autre part, nous songeons à la difficulté d'apporter de loin une pièce aussi lourde par des chemins alors impraticables, ne sommes-nous pas autorisés à l'attribuer aux Agets ? Ce n'est pas, d'ailleurs, la seule pièce curieuse qui soit sortie de cette fabrique. C'est de là que sont venues, aux xvii® et xvin® siècles, ces statues de saints légèrement cuites et destinées à être peintes. Je me propose d'étudier plus tard cette production remar^ quable à plus d'un titre. Mais, dès aujourd'hui, permettez-moi de vous citer un bail de la terre des Agets, en 1463. Je dois la communication de ce précieux document à M. l'abbé Angot : < Procuration devant la cour de Saint-Laurent-des-Mortiers, de M« Guy du Bouchet, bachelier es loix, trésorier de la Madeleine de Vitré, s' de S* Brice,.... pour bailler à Jean Ceroceau l'ainé... à rente perpétuelle les thuilleries, maisons et fourneaux des Agetz, tout ainsi comme elle a accoustumé d'estre baillée à ferme et comme Colas Jumey les exploictoit le temps durant de sa ferme.... la dite baillée a rente faicte pour

ce prix de 30»* avecques un arc d'hommeau accordé

d'une corde suffisante et 2 bouzons accornés des deux

bouts et empennés d'empennes à soie et cire verte

avec un chapeau de boutons de roses vermeilles à 6 rangs mis et assis sur une guipce suffisante pour mettre sur la tête d'un homme ou femme. »

« Cette brique, je vous l'ai dit. Messieurs, est unique en son genre. Ne pourrait-on obtenir qu'elle fût placée dans un musée ou du moins fixée au mur de la chapelle* ?

1. Depuis cette lecture, grâce à la ffénérosité de la fabrique de Beaumont-Pied-de-Bœuf et aux démarches de la Commission Archéologique, cette brique a été déposée dans une des salles du musée de Château-Gontier. Restaurée avec soin et placée sur une table, elle est du moins à l'abri de tout danger et mieux à la portée des connaisseurs.

Par ce dernier moyen, si elle restait inconnue, elle serait du moins préservée de Tusure et du frottement. >

Commission chargée de l* inventaire des monuments mégalithiques. — M. E. Moreau annonce que la Commission chargée de Tinventaire des monuments mégalithiques a presque terminé son travail et que, très prochainement, elle s'occupera de prendre les mesures nécessaires à assurer la conservation des monuments les plus remarquables.

Richesses (Fart. — M. O'Madden présente la photographie d'un coffret en bois doré, avec plaques d'émail, appartenant à un propriétaire de Château-Gontier. M. T. Abraham se propose de fournir une notice sur cet objet.

La butte de Balisson. — M. de Martonne, archiviste de la Mayenne, lit la note suivante :

€ Balisson, dans la paroisse de Saint-Michel-de-la-Roe, est remarquable par une motte peu connue. Cette butte est intacte et n'a jamais été fouillée ni touchée, ainsi que nous l'a aflSrmé son propriétaire M.* de la Salmonière, qui s'était contenté d'y planter, il y a longtemps, un arbre au centre, lequel a péri depuis et a laissé à sa place une excavation. Elle est couverte de bois et entourée d'une douve circulaire. Bornée au nord par le ruisseau de l'étang de la Rincerie, qui se jette à cet endroit, maintenant en grande partie desséché, elle mesure cinquantequatre mètres de circonférence sur l'aire supérieure et cent trente environ dans le bas. On suppose, et l'état des lieux confirme cette supposition, que c'est un ancien château ou castrum gaulois tout en terre ; car on n'y trouve aucune pierre de construction. Située au centre d'une lande, maintenant cultivée, et dans un pli de terrain, elle a servi, au moyen âge et même jusqu'au xvii* siècle, de motte féodale, de siège judiciaire pour la tenue des assi-

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ses en plein vent, suivant un usage aussi incommode que général autrefois.

4C On trouve dans les anciens titres la preuve que la seigneurie de Balisson dépendait de celle de Brécharnon sur laquelle les archives départementales possèdent de nombreux documents ; mais il parait que leur mouvance n'était pas non plus étrangère aux droits supérieurs de la châtellenie de Senonnes, dont le château, appartenant actuellement à M™® la marquise de Bizien, renferme de riches archives comprenant plus de 60 volumes* in-folio d'aveux et autres actes féodaux.

« La paroisse de Saint-Michel-du-Roi ou de la Roe, tirée d'une forêt, comme l'indique son nom, comprenait plusieurs flefs, entre autre ceux de la Lande-Barrachon (actuellement Balisson) et celui de Brascharnon ou Brécharnon, fief dominant, qui dépendait de Graon et s'étendait sur Brains et Saint- Aignan.

« L'auteur des Chroniques Craonnaises, qui nous fournit ces renseignements, raconte que du temps que Robert d'Arbrissel gouvernait l'abbaye de la Roé (1093-1095), Guillaume de la' Lande-Balisson donna à l'abbaye la métairie des Orgeries, en Saint-Michel ; sa femme s'appelait Bélissende et son fils Normand (xvi« charte de la Roê).

« Plus tard, Guérin de Moutiers, époux d'Elisabeth de la Lande-Balisson, probablement fille de Guillaume cidessus, contesta aux moines de la Roë le pré de Mauconseil donné par sa mère.

« Peu de temps après, Elisabeth de la Lande-Balisson, alors remariée à Hovin, fit <îoncession de tous ses droits seigneuriaux sur la terre de l'Ecoublère k l'abbaye.

« En 1599, le prince de Rohan était seigneur de Brécharnon, dépendant de Senonnes {Terrier de Brecharwon), sur la même paroisse; le fief de Balisson, composé de la closerie do Balisson, des métairies de Germon, la Thibergère, la Bigottière, TOublairie, etc., appartenait en

1697 à dame Poullain, veuve de Jean Hullin, sieur de la Chabossière. Elle afferma cette terre avec Babinière, pour 1,700 livres.

€ Les archives départementales contiennent d'autres renseignements sur la seigneurie de la Motte-Balisson, appellation qui parait avoir remplacé celle de la Lande- Balisson, qui est. la plus ancienne. On peut y voir, série E, numéros 50 et 51, le registre des remembrances de cette seigneurie (1608-1650). Ce que nous avons dit nous paraît suffire pour faire apprécier l'importance locale de ce fief, perdu dans les bois, puis dans les terres et dont le seigneur résidait probablement au xi® siècle sur la butte dont nous avons fait la description, dans une espèce de maison ou château, dont le centre était sans doute un édifice en bois,. en terre, grossièrement construit, ayant pour seule défense un ruisseau contournant la motte, sorte de résidence étrange, plus digne d'un sauvage d'Amérique que d'un seigneur français.

« La butte de Balisson s'appelle dans le pays la Butte des Huguenots , on ne sait sur quelles enseignes. D'autres, sans plus de fondement, la nomment la Chaire au Diable, ainsi que nous l'avons dit la première fois en parlant devant la Commission de ce singulier tumulus, indiqué à tort sous le nom de Pâtisson.

€ Dans la ferme de Balisson, appartenant comme la butte à M. de la Salmonière, on voyait autrefois les restes d'une ancienne chapelle, actuellement détruite et remplacée par un bâtiment nouveau. On a trouvé dans l'ancienne construction deux statues en bois qui ont été placées avec soin dans des niches élevées. Ce sont deux saints, d'une forme très ancienne, mais sans style précis. Le plus petit, couvert d'un vêtement long assez semblable à la dalmatique d'un diacre, porte un livre de la main droite et de la gauche touche sa tête. On l'appelle dans le pays saint Avertin, invoqué en effet pour les maux de tête. L'autre personnage, appelé à tort saint Antoine,

puisqu'il n'est pas appuyé de son attribut célèbre, le porc domestique, porte un costume de moine, avec cucule de Tordre de Saint- Augustin ; sa droite s'appuie sur un bâton pastoral, où pend la serviette qui cachait jadis en partie les crosses épiscopales et dont on voit un exemple évident dans le bas-relief de Saulges, en la personne de saint Julien, premier évêque du Mans. La main gauche soutient une petite église. C'est évidemment un fondateur d'ordre religieux ou d'église. On peut hésiter, jusqu'à nouvel ordre, entre Robert d'Arbrissel, fondateur principal de l'abbaye de la Roê et probablement du prieuré de la Haye-aux-Bonshommes, dans la forêt de Craon, ou saint Julien déjà cité. Mais la statue ne représente guère un évêque, et la Roë ainsi que les Bonshommes, sont plus près de Balisson que le Mans. Je laisse à d'autres cette question. »

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée.

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