‹ Procès-verbaux et documents, Volume 5Chapitre 104 sur 106 · SCULPTÉ PAR FRANÇOIS LANGLOIS, DE LAVAL, AU XVIII® SIÈCLE · texte numérisé non relu

SCULPTÉ PAR FRANÇOIS LANGLOIS, DE LAVAL, AU XVIII® SIÈCLE

A peu de distance du point où la ligne de Caen à Laval se sépare de celle de Paris à Granville avec laquelle elle se confond depuis Fiers, on aperçoit, sur le territoire de la commune de Cerisi, les ruines de l'abbaye de Belle- Etoile, ordre de Prémontré. Saccagée par les protestants en 1563, cette abbaye n'eut guère moins à souffrir de la présence de ses abbés commendataires. Sous le règne de Louis XIII le P. Augustin Pannier réussît à faire revivre Tesprit monastique dans ces lieux où la règle même avait cessé d'être observée. En 1630 Belle-Etoile donna son nom à une réforme qui fut adoptée par plusieurs autres abbayes. C'est ainsi que Ton s'explique l'importance que les religieux de Belle-Etoile attachèrent à la décoration de leur abbaye devenue l'un des principaux centres de l'ordre de Prémontré. De 1659 à 1677, en effet, ils firent appel à tous les artistes les plus en renom du pays et s'adressèrent successivement à des sculpteurs d'Argentan, de Falaise, de Caen et de Laval*. En 1659, ils firent venir d'Argentan Guillaume Gougeon, sculpteur en terre, pierre et bois, auteur de plusieurs travaux très remaria Archives de l'Orne. H. 80.

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quables, entre autre des panneaux représentant les quatre Evangélistes, commandés pour leur église par les capucins d'Alençon et conservés à la bibliothèque de cette ville.

La ville de Falaise envoya François Chauvel, sieur de Cantepie, architecte, sculpteur et dessinateur habile.

Jean Postel, sculpteur à Caen, auteur des statues de saint Jean-Baptiste et de saint Jean TEvangéliste, exécutées pour l'église Saint-Jean, et de celles qui furent commandées par Tabbé de Saint-Martin-de-la-Calotte pour sa maison et sa chapelle, donna la dernière main à la décoration du chœur de Téglise de Belle-Etoile, en

Le quatrième artiste qui fut appelé à donner des preuves de son talent à l'abbaye de Belle-Etoile est François Langlois, maître sculpteur, demeurant à Laval. Le 22 juillet 1662, il fit marché avec le prieur et le procureur pour la façon d'une contretable au grand autel de 30 pieds de hauteur, dix-neuf de largeur suivant et conformément à son plan et dessin. Certaines modifications furent cependant faites au devis. « Il adjoustera au dit dessin deux pilliers de marbre aux deux côstés du quadre, lequel sera aussi de marbre, avec quelques pentes de fleurs jetant au festron des fruicts sur le milieu du quadre, et dans Tamortissement du milieu pour au lieu de deux termes qui y sont figurés, il y posera deux colonnes de marbre. »

Pour ce travail qui devait commencer à la Toussaint de l'année 1662 et être poursuivi sans interruption par François Langlois aidé de trois ouvriers, les religieux avaient alloué une somme de mille livres, plus le logement, la fourniture de deux pipes de cidre et de six charretées de bois, plus les matériaux, tant marbre que chaux.

Le prix donne une idée de l'importance du travail. Il ne fut alloué à Guillaume Gougeon, en 1659, que 200

livres, plus la nourriture pendant qu'il travaillerait à estoflfer « les figures de la façon que les religieux jugeroientplusà propos. » En 1677, il ne fut alloué à Jean Portel, sculpteur à Caen, pour des bas reliefs d'une elécution difficile, qu'une somme de 500 livres plus une pistole de vin. Or on sait que ces artistes étaient connus comme habiles. On est donc fondé à penser que François Langlois était également alors en possession d'une certaine réputation. Cependant tandis que les noms des trois autres ont survécu, celui du sculpteur de Laval nous paraît être inconnu aujourd'hui.

En signalant à la Commission historique et archéologique de la Mayenne les travaux exécutés par François Langlois à l'abbaye de Belle-Etoile, j'ai l'espoir que les recherches qui pourront être faites à Laval, sur la vie et les ouvrages de cet artiste oublié, ne seront pas sans résultat et sans intérêt*.

Louis Du val.

1. J'espère pouvoir donner au prochain Bulletin une note biographique sur le sculpteur Langlois : on lui doit, dans le pays de Laval et de Mayenne, plusieurs de ces beaux retables au X /II*' siècle, dont un grand nombre a malheureusement disparu pour faire place à des autels pseudo-gothiques, souvent dépourvus d'origmalité, de style et d effet.

J.-M. Richard

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