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fût, elle aussi, une borne milliaire dont l'inscription itinéraire aurait disparu. On remarque en eflfet, sur divers points de sa surface, des signes illisibles à la vérité, mais qui semblent être des traces de lettres presque complètement effacées.
M, Richard annonce qu'il se propose d'envoyer un estampage ou un moulage de l'inscription à M. Héron de Villefosse^
La Commission décide de prendre à sa charge les frais d'achat et de transport du monument.
Ancienne église du Genest. — M. Richard a également découvert, dans l'église du Genest, des peintures murales qu'il se propose de relever avec l'aide de M. L. Garnier. M. de Martonne lit une lettre d'un de ses correspondants attribuant ces peintures au XIP siècle.
Smitbsonian Institution. — M. Perrot, chargé de faire le compte rendu de plusieurs volumes de la Smitbsonian Institution, s'exprime en ces termes :
Messieurs,
Vous vous souvenez peut-être, à cause de son originalité, de Smithson, ce savant anglais d'illustre origine qui légua des millions aux Etats-Unis d'Amérique pour y fonder une Institution destinée, disait-il, à l'accroissement et à la diffusion des sciences parmi les hommes.
Son but est atteint, on peut en juger par les importants travaux que publie, chaque année, la Smitbsonian Institution, réunis dans de gros volumes qu'elle distribue libéralement.
Je ne vous présenterai que ce qui est relatif à l'archéologie préhistorique et encore dans un résumé très succinct.
1. Voir plus loin le procès-verbal de la séance du 3 novembre.
Les Américains continuent en effet à étudier leur sol avec une passion que rien n'arrête, ni fatigue, ni dépenses, quelque grandes qu'elles soient.
Quantité d'ouvrages en terre sont fouillés, mesurés, décrits. Les mounds ou tertres, qui présentent dans ce pays un caractère spécial, ont surtout été interrogés, mais ils n'ont pas encore donné leur secret. La race et l'origine des constructeurs de ces monuments sont encore mystérieuses pour leurs curieux explorateurs.
Toutefois des particularités intéressantes ressortent des derniers travaux accomplis. On a mis en évidence le caractère très souvent défensif'des mounds emblématiques ou à eflBgies. Un exemple fort remarquable en est fourni par l'ancienne cité des Aztèques, Aztalan. Les fortifications qu'on y a étudiées ont tant d'analogie avec les fortifications modernes qu'elles ont été longtemps attribuées aux conquérants de cette région au XVP siècle.
On a remarqué aussi, dans certaines localités, des mounds disposés de façon à resserrer le passage du gibier et à abriter et dissimuler les chasseurs. Dans ce cas les mounds sont des efSgies d'animaux de chasse ou de proie.
L'allusion est claire.
Un détail intéressant sur les habitudes des peuples de cette époque a été relevé, non sans un certain étonnement, c'est l'usage du tabac. Nous sommes ici en présence des premiers fumeurs connus. Un grand nombre de pipes ont été recueillies dans les mounds. M. de Nadaillac a trouvé le sujet digne d'une étude spéciale. Ces pipes sont de formes très variées, mais elles représentent surtout des animaux, tels que mastodontes, ours, castors, grenouilles, chouettes, écureuils, spermophiles, morses, etc., etc., enfin des figures humaines ; peut-être était-ce comme à notre époque, des illustrations du jour.Peut être aussi était-ce leur charge,car on en rencontre qui représentent des grotesques.
La matière employée était généralement faite de roches locales : Tardoise, la serpentine, le marbre, mais surtout la callinite ; c'est une argilite compacte qui peut prendre un poli brillant de couleur rouge ou brune. Rappelons que les auteurs de ces sculptures n'avaient à leur disposition que le silex, Tobsidienne et un peu de cuivre.
Une découverte des plus intéressantes est celle des puits à cendre (ash-pits). Elle est due à M. Puteram, conservateur du Peabody-Museum. Cet habile explorateur a trouvé auprès de Madison-ville (Ohio) des quantités considérables de ces puits. En 1883, plus de mille* avaient été fouillés. Leur profondeur est de 4 à 7 pieds et leur diamètre de 3 à 4 pieds.
Ils sont comblés avec de la cendre dans laquelle on trouve des os de mammifères, d'oiseaux, de reptiles, des coquilles, des fragments de poterie, des pipes. En outre au-dessus de chaque puits, dans la terre végétale, on trouve des squelettes, qui ont donc été étendus après le comblement des puits. On a constaté dans le voisinage de ce cimetière quelques puits également à cendre, isolés, et recouverts par des mounds.
Dans le vol. de 1884, M. Otis Le Mason, un des plus savants anthropologistes américains, donne une description très détaillée de la magnifique collection d'objets préhistoriques due à la persévérance de MM. Guesde père et fils, qui les ont- récoltés dans les grandes et petites Antilles, mais surtout à la Guadeloupe, et dont une partie a figuré avec éclat à la dernière exposition internationale à Paris. Elle renferme des quantités de pièces très variées depuis la pierre grossièrement taillée jusqu'à la hache du plus beau poli. Mais les pièces les plus curieuses sont des sculptures en bois et en pierres représentant des hommes dans des positions diverses, et qui ont dû exiger, à cette époque, bien du temps et du travail. Elles ont un caractère particulier dont la vue seule peut donner l'idée. A quelle race doit-on ces curieux spécimens d'un art
qui s'essaye ? est-ce aux ancêtres de ces Caraïbes qui habitaient les Antilles lors de la conquête, et dont la race a complètement disparu ? Tout ce qu'on peut dire, c'est que c'est possible.
Le même volume renferme une description soignée de sculptures non moins étonnantes, et qui présentent aussi des caractères particuliers observés à Pantaléon (Guatemala). Elles sont toutes en basalte noire et représentent des têtes humaines ornées de curieuses coiflFures, Comme à l'ordinaire les auteurs en sont inconnus.
Le savant M.O. Le Mason n'hésite pas à donner dans la 2® partie de ce volume (les 900 pages de lal'« partie ayant été insuffisantes) une étude sur la vannerie des aborigènes de l'Amérique du nord, art qui, selon lui, peut être appelé l'art sauvage par excellence et c'est ce point de vue qui le rend intéressant pour le préhistoricien. Cette étude est accompagnée de 100 figures.
Par le même motif, il a fait un travail sur les armes de jet des peuplades hyperboréennes du nord de l'Amérique. Il en donne 22 représentations.
Un autre savant plus spécialiste encore décrit avec soin les arcs des Esquimaux don til distingue trois types qu'il figure nombre de fois; il joint une carte de leur distribution.
Nous voyons donc que l'anthropologie préhistorique et tout ce qui s'y rapporte de près ou de loin est, comme les autres sciences, plus peut-être que les autres sciences, car il s'y mêle presque de la passion, l'objet des études ardentes des Américains du nord, et que la Smithsonian Institution y prend une large part.
Attendons donc avec intérêt, je dirai presque avec impatience, pour être à leur niveau si cela est possible, la suite des travaux de nos confrères d'outre-mer.
Communications de M. de Martonne. — Loré, dans la commune d'Oisseau. — Ce château sur lequel plane la
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grande ombre historique d'Âmbroise de Loré, an de ceux qui délivrèrent la France du joug anglais, est un mjrstère pour Tobservateur. Il ne se compose que d'une habitation basse, sans premier étage, à droite, avec perron et toit au-dessus. On n'y trouve que de grandes pièces, au nombre de neuf, pourvues de hautes cheminées, ornées de plaques aux armes des Montmorency- Laval, peu habitables et peu dignes de grands seigneurs. A gauche de la cour s'étendent les communs ; en face, au fond, se dressent les ruines d'un ouvrage avancé qui protégeait l'intervalle des bâtiments. Un grand fossé, jadis plein d'eau, entoure l'habitation. La porte d'entrée, dont le sommet a été démoli, est pourvue d'une large porte ogivale ; à l'extérieur des mâchicoulis indiquent une défense qui n'existe plus. Tout auprès une chapelle, avec cloche et clocher, se délabre dans l'abandon. Il y a peu de traces d'architecture, sauf quelques baies à meneaux en arêtes ; mais le château ayant été abandonné après la guerre anglaise il est certain qu'il lui est antérieur et pourrait remonter au XIV® ou même au XIIP siècle.
Loré est situé dans une solitude basse, commandé par des coteaux, mal défendu par un étang long, à sec actuellement et qui n'est guère que l'égout des bois des deux rives. Il est loin de la route de Mayenne à Oisseau, sans communication carrossable, étouffé xlans une impasse. Il ne commande rien et ne sert à rien. On a peine à s'expliquer quelle valeur militaire il pouvait avoir, quel poste important pouvait y être placé. Autrefois la guerre se faisait petitement et, pour ainsi dire, à coups de sièges, qu'on négligerait de nos jours. Néanmoins Loré n'a jamais pu posséder de situation stratégique de quelque mérite et il semble que sans le nom glorieux du compagnon de la Pucelle, de Dunois, de Lahire et de Xaintrailles, on s'arrêterait peu à étudier ses masures désolées ^
i. M. Jules Le Fizelier, dans ses « Etudes et Récits sur Laval et le Bas Maine, » a consacré, après M. Charles Trouillard, quel-
PRocàs-ysRBÂUx 05
Le château des Vaux en Cbampéon. — M. de Beauchesne signale à Tattention et à l'intérêt de la Commission un ancien château des environs de Mayenne qu*il a eu ce printemps l'occasion de visiter et qui, bien que peu connu et à peine cité par Le Paige, n'en mériterait pas moins, croit*-il, une étude spéciale tant au point de vue archéologique qu'au point de vue historique.
Il s'agit du château des Vaux, situé entre Marcillé-la- Ville et Champéon, sur le territoire de cette dernière commune, au flanc d'un coteau boisé qui le domine vers le sud.
Historiquement parlant, ce château est aussi ancien qu'important. Relevant à foi et hommage lige du duché de Mayenne, et s'étendant non seulement sur la paroisse de Champéon dont la seigneurie lui était annexée, mais sur celles de Marcillé et d'Aron, la terre des Vaux avait ses seigneurs dès le XIP siècle : Roland des Vaux figure en 1158 parmi les Croisés de Mayenne. Au commencement du XIV® siècle GeoflTroy des Vaux est cité parmi les seigneurs du Bas-Maine appelant contre Charles de Valois comte du Maine. Son fils Guillaume des Vaux épousa Anne de Cou terne, qui lui apporta en dot la terre et seigneurie du Horps, fut capitaine de Mayenne vers le milieu du XIV® siècle, et fut enterré dans l'église de l'abbaye de Fontaine-Daniel dont il était l'un des bienfaiteurs, en une chapelle dite depuis chapelle des Vaux, et où il avait acquis droit de sépulture tant pour lui que pour ses descendants. Son fils Geoffroy des Vaux et son petit fils Jehan des Vaux furent après lui capitaines de Mayenne. Ce dernier joua même en cette qualité un rôle considérable dan<5 l'histoire du Bas-Maine pendant les premières années de la seconde période de la guerre de
Sues pages intéressantes aux Commencements d'Ambroiso de oré. La note qui précède a été écrite à un point de vue tout différent.
Gent-Ans. Retiré, après la prise de Mayenne par les Anglais en 1425, auprès de la comtesse de Laval, d'abord à Laval, puis à Vitré, ce fut dans cette dernière ville qu'en juillet 1429 il dicta son testament dans lequel il est plusieurs fois question de la terre et de la chapelle des Vaux. Son fils Geoffroy lui succéda quelques années après et mourut sans postérité, ce qui donna lieu pour sa succession à un long procès à la suite duquel la terre des Vaux finit par être attribuée, au commencement du XVI® siècle, aux seigneurs des Vaux de Lévaré, branche cadette issue de Guillaume des Vaux et d'Anne de Couterne. Ces nouveaux seigneurs des Vaux ne le cédèrent pas comme illustration à leurs devanciers. Au début des guerres de religion, en 1567, Jehan des Vaux Ch', seig' des Vaux et de Lévaré, fut nommé par le Roi Charles IX « gouverneur et lieutenant général pour le Roy des villes, chasteaux et baronnie de Mayenne, d'Ernée, de Pontmain, de Lassai, de Villaines, d'Ambrières, de Gorron et des autres places et lieux dépendants de l'élection de Mayenne, > et en 1571, il reçut le collier de l'ordre de Saint-Michel « en considération des services qu'il avoit rendus à Sa Majesté et à ses prédécesseurs en plusieurs batailles et à cause du bon et fidèle devoir qu'il avoit fait dans la charge de lieutenant-général au gouvernement des Bas Pays du Maine où il s'étoit si vaillemment comporté, qu'il avoit fait lever le siège devant la ville et le chasteau de Lassay, avoit défait ensuite le chef des rebelles et les avoit chassés de cette province. > Au siècle suivant les seigneurs des Vaux étaient loin d'avoir déchu du haut rang de leurs ancêtres. Au commencement du règne de Louis XIV, Jehan des Vaux, Ch% Seig"" dud. lieu et M*« de Lévaré, était premier lieutenant de la grande vénerie de France. Il rendit en 1660 au cardinal Mazarin duc de Mayenne, pour raison de sa terre, fiefs et seigneurie des Vaulx,unaveu des plus longs et des plus détaillés où l'on voit :
PROCès-VBRBAUX ô?
1® Que le seigneur des Vaux éiait seigneur 4c de 'Eglise paroissiale de Champéon, de la chapelle et cimetière qui est entre lesd. Eglise et Chapelle, » et dont il était € en possession et droit de jouir de tous honneurs et prérogatives, tels qu'à seigneur fondateur appartient, avoir ses armes en escussons et alliances dans les vitres, ceinture funèbre en listre armoryée en icelle et ailleurs au dedans et au dehors de lad. église et chapelle de Saint-Médart de Champéon > etc.
2^ Que € le chasteau et maison seigneuriale de la seigneurie et terre des Vaulx scîs et situé en la paroisse de Champéon > consistait « Et premier en deux grands corps de logis l'un au haut de la cour au bout duquel est un pavillon, l'aultre au bas d'icelle au devant duquel est une grosse tour au hault de laquelle est une fuye à pigeons, et au bout est le colombier ou fuje par pied presque en ruine depuis quelque temps; avec les escuyries, une grange et estables, le chenil tant couvert qu'en herbages, le tout enclos de haultes murailles et fossés en ruine qui sont presque remplis... au dedans duquel enclos proche le jardin est la chapelle fondée à l'honneur de Dieu et soubz l'invocation du bienheureux S* Thomas évesque de Cantorbéry, martyr, > etc.
3® Que le château était entouré d'un côté par des € bois de décoration tant de haulte fustaye que taillis se joignants nommés vulgairement le bois des Yaulx > de l'autre par plusieurs étangs.
49 Que près du verger de la Fontaine il y avait « des caves et carrières profondes, avenues et sortyes souterraines faisant partie de l'ancienne forteresse de lad. maison des Vaulx > et que dans le champ du pressoir il y atait « le four à chaulx et oultre la grande carrière fort profonde qui servoit aultres fois avec ses voultes et avenues esloignées soubz terre à la fortiffication de lad.
maison et pour la deffence de ceulx qui s'y estoient réfugiés au temps des guerres. >
5® Que les principaux vassaux du seigneur des Vaux 4c estoient les seigneurs du Boisbrault et du Mesnil-Roger ainsi que le curé de Champéon qui, pour raison des choses qu'il tenoit à foi et hommage du seigneur des Yaulx faisant partie du temporel de son bénéfice, étoit obligé de faire aux prosnes des grandes messes parochiales dud. Champéon par chacun jour de Dimanche les prières nominales, recommandace et remembrences tant pour led. seigneur que pour ses prédécesseurs seigneurs des Vaulx et de Lévaré comme fondateurs de lad. Eglise parochiale chapelle et cimetière dud. Champéon. > Et qu'en outre led. curé était 4c obligé de dire un Subvenite chanté pour les prédécesseurs du seigneur des Vaux inhumés en lad. Eglise de Champéon au retour de Taspersion de Teau béniste au devant de > sa « tombe et enfeu qui est armoryé de » ses « armes au hault du cœur et chanceau d'icelle Eglise et lors en faire la recommandace et dire que c'est pour » sesd. 4c prédécesseurs seigneurs des Vaulx et fondateurs dud. Champéon... >
6® Que le Seigneur des Vaux dans toute l'étendue de sad. terre qui s'étendait dans les paroisses de Champéon, de Marcillé et d'Aron avait droit de haute, moyenne, et basse justice, ainsi que le droit de chasse à cor et à cry, sans que comme vassal du duc de Mayenne il dût à ce dernier autre chose qu'une couple de chiens courants.
Ces extraits de l'aveu rendu en 1660 par le seigneur des Vaux au cardinal Mazarin montrent quelle était alors l'importance du château et de la terre des Vaux. Du reste les propriétaires de la terre en question, s'ils n'y faisaient plus leur résidence habituelle, y venaient cependant de temps à autre, comme nous le prouvent diflférents actes, un entre autres de 1688, où H^ et F^ dame Suzanne de Nargonne, veuve de deP H* et P* seig' M" Jehan des
t»ROcés-VERBAÙX §9
Vaux, ch' M*» de Levaré, est dite « estant de présent à son château seigneurial des Vaux paroisse de Champéon. >
Enfin vers le milieu du XVIII® siècle, la branche des des Vaux de Lévaré s*étant éteinte, le château et la terre des Vaux passèrent à la famille de Jupilles qui les possédait au moment de la Révolution. Aujourd'hui ils appartiennent à M. le Pannetier de Rouessé, de Rennes.
Telle e»t, dit M. de Beauchesne, esquissée à grands traits, l'histoire du château des Vaux, histoire sur laquelle il se propose de revenir un jour pour la développer et la compléter. Mais, pour le moment, son principal but, en faisant cette communication à la Commission, est de lui faire connaître, tant par une description aussi fidèle que possible, que par les deux dessins qu'il apporte à l'appui de son dire et qu'il doit à l'obligeance de M. l'abbé Ledru, l'aspect vraiment remarquable, aujourd'hui encore, au point de vue purement archéologique, du château dont il s'agit.
D'après l'aveu de 1660 que nous avons analysé plus haut, le château des Vaux consistait alors, on l'a vu, en deux grands corps de logis, l'un au haut de la cour, avec un pavillon au bout, l'autre au bas de la même cour avec une grosse tour au devant. De ces deux bâtiments, le premier, il est vrai, a disparu ainsi que le pavillon attenant; mais l'autre est resté, et tel qu'il est, il suflît à lui tout seul pour nous offrir, dans son genre, non moins que les ruines presque voisines du Bois-Thibault, du Bois-Froult, de Froullay, et de la Chasse-Guerre, un des spécimens les plus curieux en même temps que les mieux conservés du manoir féodal tel qu'il a pu exister autrefois dans la partie septentrionale du Bas-Maine.
C'est en effet, autant qu'on en peut juger par le caractère général de son style et les défenses dont il est pourvu, un de ces manoirs fortifiés qui ont surgi à la fin du quinzième siècle. Quand on a franchi le vieux portail
100 GOBOilSSION HISTORIQUE
aux piliers carrés, flanqué d'une petite porte latérale à plein-cintre, qui donne accès dans la cour intérieure encore entourée sinon de € haultes murailles > comme en 1660, du moins de restes de vieux murs, on a devant soi, à gauche, la façade méridionale du corps de logis en question d'où se détache la grosse tour ronde dont parle l'aveu. Cette façade, percée d'un certain nombre de fenêtres étroites dont quelques-unes grillées, commande surtout l'intérêt par le galbe élégant de la porte d'entrée qui occupe, à gauche et tout près de la tour, à peu près le milieu du rez-de-chaussée. Celle-ci est à un seul vantail et à ogive, et par son encadrement dans un parement rectangulaire de pierres appareillées, par la moulure en forme de triangle qui surmonte son ogive, sent bien son quinzième siècle. La tour elle aussi a sa porte, mais plus large, à deux vanteaux ornés chacun d'un treillis de bois assez gracieux, et évidemment ajoutée après coup, au seizième siècle, comme le style l'indique.
Sur le linteau de pierre est sculpté un écusson où l'on reconnaît encore, bien qu'avec peine, les armes des des Vaux qui étaient : « de sable coupé d'argent à un lion de l'un en l'autre. » Quant à la partie supérieure de la même tour, elle conserve intact le cachet du quinzième siècle, grâce à trois mâchicoulis, espacés régulièrement, qu'on voit un peu au-dessous du toit. Voilà pour la façade méridionale avec sa tour. Le pignon ouest, situé en dehors du mur de clôture, mérite peut-être encore plus d'être décrit. Tandis que son angle nord porte une tourelle à encorbellement reposant sur trois corbeaux de pierre, près de son autre angle s'appuie un ouvrage de maçonnerie en forme de contrefort, percé intérieurement comme une cheminée, avec une ouverture au bas, à fleur de sol : c'étaient sans doute les latrines en usage à l'époque. Enfin au haut du même pignon, descendant jusqu'à la naissance du contrefort, et le touchant, est suspendu un long mâchicoulis qui servait évidemment à protéger
une poterne située immédiatement au-dessous et donnant dans le fossé aujourd'hui comblé. Des fossés en effet déjà à demi remplis lors de l'aveu de 1660 défendaient certainement de ce côté le manoir, ainsi que du côté de sa façade septentrionale, et celle-ci devait être reliée avec le bord opposé par un pont-levis aboutissant à un porche dont l'ouverture, murée il est vrai, s'y voit encore.
Tel est à l'extérieur le corps de logis des Vaux. A l'intérieur deux choses valent encore la peine d'être signalées. La première est la grande salle dans laquelle ouvre directement la porte d'entrée : avec sa vaste et haute cheminée et ses fenêtres aux baies profondes, elle nous représente bien la salle d'un manoir du quinzième siècle. La seconde chose digne d'être remarquée sont les combles dont la magnifique charpente en forme de voûte porte aussi à n'en pas douter l'empreinte du même siècle.
Indépendamment des deux corps de logis dont Tun, situé à droite du portail, est aujourd'hui complètement disparu et l'autre a été le sujet de la description qui précède, l'aveu de 1660 parle encore d'une chapelle dédiée à S* Thomas de Cantorbéry. Cette chapelle, par bonheur elle aussi préservée de la destruction, s'élève dans l'angle sud-est de la cour qu'elle occupe.
Considérée dans son ensemble, elle parait de la même époque que le corps de logis, peut-être même lui est elle antérieure. De forme à peu près carrée elle est surmontée d'un clocher à quatre pans en ardoise. On y pénètre par une porte à ogive ouverte dans le pignon qui fait face au portail. A l'intérieur, sous le plâtras des murs latéraux qui tombe en plusieurs endroits, on distingue des restes de vieilles, peintures à fresque représentant les Apôtres. Le fond de la chapelle est éclairé par une fenêtre trilobée.
Voilà, conclut M. de Beauchesne, l'aspect actuel du château des Vaux, dont les seigneurs ont tenu une si
grande place dans l'histoire du Bas-Maine, et qui luimême véritable type, dans Tunique corps de logis qui lui reste, du manoir fortifié au XV« siècle, peut être regardé à juste titre comme un des vieux châteaux sinon les plus importants, du moins les plus anciens, que possède le Bas-Maine.
Epitapbe de Jehan Gandon, à St-Mars-sur-la-Futaye. — M. Richard rapporte qu'on voit au presbytère de Saint- Mars-sur-la-Futaye l'inscription funéraire du curé Jehan Gandon, mort en 1552. C'est une plaque de cuivie assez épaisse, longue de 35 centimètres, large de 25, portant gravées en lettres gothiques l'épitaphe rimée qui suit, et aux angles les armes du défunt : écartelé, au premier et dernier de... au chevron de... accompagné de trois croissants de... , au 2 et 3 de... à trois lions de... Cette plaque était autrefois attachée au mur de l'église.
Cy gist le corps de maistre Jehan Gandon,
En son vivant curé de ce lieu cy,
Qui en amour et grand dilection
A gouverné les subie tz et régi,
Des paupvres gentz tousiours estoit amy.
Tous les actes faisoit par bon moyen,
Sans faire tort justice a ensuyvi,
Lequel recteur fut cinquante et ung an,
Ains que de mort endurât nul ahan,
Son testament a faict par bone guyse,
Dont a laissé de son bien terrien
De son vouloir vingt escus à l'église.
Ses excuteur qui la charge avoint prinse
De départir ses biens a son entente,
Pour décorer ce temple que Dieu prise,
Ont augmenté de vingt jusques a trente.
Au monde avoit vescu des ans soyxante
Et six, quant fut de la mort assailly,
L*an mil cinq cens que Ton disoit cinquante
Et deux, il fut icy ensepvely,
De septembre le vingt et sept, de luy
Fut faict céans Tinterraige pyteux.
Son corps repose soulz ce tombeau icy, Prions a Dieu que l'ame soyt aux cieulx, Mille et cinq cens messes pour estre heureux On a dictes luy estant trespassé, Et les paupvres q' venoint de tous lieux L'aulmosne ont eu. Requiescat in pace.
Sancte Medarde.
Amen.
Comptes du châleau de Vitré {XV^ siècle).--' M. de Beauchesne rapporte qu'à la mairie de la Bazouge-de-Chemeré existe un registre dont la couverture en parchemin porte écrits d'anciens comptes du château de Vitré à la fin du XV« siècle.
Sigillographie des seigneurs de Laval, — M. de Farcy annonce que la sigillographie des seigneurs de Laval est terminée et qu'elle commencera à paraître à la fin de l'année, dans la dernière livraison de la Revue du Maine pour 1887.
L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée.
SÉANCE DU 3 Novembre 1887.
La séance est ouverte à deux heures, sous la présidence de M. Floucaud de Fourcroy.
Sont présents : MM. Floucaud de Fourcroy, Moreau, de Lorière, de Farcy, Richard, Garnier, Perrot, de Martonne, Cornée, membres titulaires, et MM. de Beauchesne, Chomereau, abbé Maillard, Grosse-Duperon, Robert Triger,Trévedy, Planté, Œhlert, Ponthault, Léon Delaunay, membres correspondants.
M. le Président souhaite la bienvenue à MM. Tabbé Maillard, Grosse-Duperron, R. Triger, Trévedy, Ponthault, qui assistent pour la première fois à une séance de la Commission.
Présentations d'ouvrages. — Sur le bureau sont déposés les ouvrages suivants :
D. La Chesnais. — /. César sur les hauteurs de Rch mainville.
Journal de campagne de Claude Blanchard.
E. Moreau. — Documents pour servir à l'histoire des Rues de Laval.
P. de Farcy. — Abbayes du diocèse de Bayeux (Cerisy).
Mémoires des Sociétés archéologiques de l'Ille^t- Vilaine, de VOrne.
De Martonne. — Rapport sur les archives départementales, communales et hospitalières, 1887.
Faucon. — Une station préhistorique de la forêt de Mayenne.
Revue de l'Anjou.
Présentation de membres correspondants. — M. le capitaine Blanc de la Nautte d'Hauterive, adjudant-major au 124* et M. Port, professeur au Collège d'Ernée, sont proposés en qualité de membres correspondants.
l\ est décidé qu'à l'avenir les propositions de Correspondants devront être faites par écrit et appuyées par deux Membres.
Sigillographie des Seigneurs de Laval. — M. le Président donne lecture d'une lettre de M. Bertrand de Broussillon, relative aux frais et à la publication de la Sigillo^ graphie des Seigneurs de Laval. M. Robert Triger, membre correspondant, trésorier de la Société du Maine, annonce que les frais de clichés s'élèvent actuellement à 627 francs.
La Commission décide :
1° Qu'elle prendra à sa charge, ainsi qu'il a été convenu précédemment, la moitié des frais de clichés.
2® Que 200 exemplaires de la Sigillographie seront distribués par la Commission en même temps que son tome V, dont ils seront considérés comme partie intégrante, quoique pour plus de commodité la Sigillographie doive être brochée à part. En conséquence le tome V« sera moins volumineux que les tomes IV® et III* ; mais il convient en réalité d'y rattacher la Sigillographie qui avait dû, dans le plan primitif, faire corps avec lui.
Rubicaire. — M. le Président rappelle que, depuis la dernière séance, le fort gallo-romain de Rubicaire, situé dans la commune de Sainte-Gemmes-le-Robert, au bord de la route d'Evron à Bais, sur le flanc du mont Rochard, a été mis en vente comme immeuble dépendant de la succession de feu M. Leroy.
L'étendue du terrain qu'il occupe est de près d'un hectare.
La construction n*est pas intacte, tant s*en faut. Mais du côté de Touest la muraille en petit appareil existe encore. Il y a là en somme une station gallo-romaine indéniable. De plus le centre de la construction, qui doit être surélevé par des décombres, ne parait pas avoir jamais été fouillé.
Il a donc semblé que la Commission historique et archéologique ne pouvait se désintéresser de la question et que son rôle était de tenter au moins un eflTort pour assurer la conservation de ces vestiges.
Mais la Commission n'étant pas personne civile, ne pouvait acquérir ; en outre ses ressources ne lui permettaient aucune dépense.
Le seul moyen légal et pratique a donc paru être le suivant : faire acheter par un des membres de la Commission, sur des fonds provenant d'une soitscription, le terrain qui serait ensuite donné au département, déjà propriétaire du Castellum de Jublains.
La vente devait avoir lieu le 20 septembre dans l'intervalle de deux séances. Le Président a donc cru devoir prévenir par une circulaire tous les membres de la Commission et demander des adhésions. Le montant des souscriptions a été de 355 francs ^ , somme très supérieure à la mise à prix, fixée à 200 francs seulement.
M. Perrotabien voulu se charger de suivre l'adjudication et le 20 septembre, après des enchères assez vives, par suite de diverses compétitions, a été déclaré acquéreur, moyennant 400 francs, des murs de Rubicaire et d'un terrain en dépendant 2.
Il n'est pas inutile de rapporter ici que l'un des enchérisseurs présents à la vente désirait acheter Rubicaire pour extraire les pierres qui en forment les murs.
1. Dont il faut retrancher une dizaine de francs pour frais de poste.
% Le jardin qui forme Tintérieur du fort n*ëtait pas compris dans la vente^
Un membre rappelle que l'œuvre accomplie par la Commission n'est d'ailleurs que la réalisation d'un projet déjà ancien. En 1868, M. H. Barbe avait fait des démarches pour obtenir l'achat de Rubicaire, soit par le département soit par l'État. Il avait beaucoup intéressé à sa cause M. Darcy, architecte chargé, sous la direction de M. Bœswilwald, des travaux de conservation de Jublains. Mais l'achat ne put avoir lieu, par suite de l'intervention de M. Leroy, alors notaire et maire de la commune, qui se rendit lui même acquéreur du terrain.
M. le Président remercie MM. les Membres de la Commission qui ont bien voulu prêter en cette circonstance leur concours pécuniaire.
Etymologie de Rubicaire. —M, Grosse-Duperon , membre correspondant, communique à la Commission une note relative à l'étymologie de Rubicaire.
« Le fort gallo-romain appelé le Rubicaire, se trouve au centre d'un hameau qui porte le même nom, et occupe un point très élevé, sur le versant ouest du Mont Rochard.
« Rubicaire vient de Rupicarnim qui a pour racine rupes (roche), mot qui fut employé au moyen-âge avec le sens de castmim, castellum (prœsidhim in mpe). De là le nom de « La Roche » que portent beaucoup de châteaux. Il est vrai qu'une simple motte a suffi parfois à faire donner cette dénomination à une habitation seigneuriale.
« Le changement de P en B est normal. La labiale douce a remplacé la labiale forte.
« Le suffixe arium désigne l'endroit qui renferme l'objet, le contenant par rapport au contenu. Ex. : Sudarium, suaire (linge à sueur) ; — glossarium, glossaire (recueil de mots, de gloses).
« La langue française a, de tout temps, aimé le suffixe aire, et il ne cesse de présenter, au fond, le sens de
possession à des degrés divers. Ex. : patibulaire (écrit contient des faits relatifs aux suppliciés) ; — vendelire (mois des vendanges, qui a les vendanges penit sa durée).
: Le Rubicaire veut donc dire le lieu de la Roche, pour parler plus explicitement la hauteur occupée par ^ort, le camp, la fermeté ^ comme l'on disait jadis. Le t a ensuite pris lui-même le nom de Rubicaire par tonymie. »
nscripiion gallo-romaine du Genest, — M. Richard a oyé à M. Héron de Villefosse, membre de l'Institut, servateur des antiquités grecques et romaines au sée du Louvre, une empreinte sur plâtre de la pierre Genest. M. de Villefosse y a reconnu une borne mil- ?e, et a eu la complaisance de déchiffrer l'inscription il établit comme il suit :
[n]obilissimo caesarifla viovalerio constantio p. f. invicto
AVGrrOR
N]obilissimo Cœsari Flavio Constantio P(io) Fe(lict)
>icto Aug{usto).... Or\bis restituiori],
Constance Chlore est devenu Auguste le 1®'' mai 305 ;
st mort le 25 juillet 306 : c'est donc dans cet espace
quinze mois que l'inscription aurait été gravée.