Voir ci-dessus l'article Landivy
4 avril. — Date de la surprise d'Angers par les Huguenots ; ceux de Craon et de Château-Gontier s'y sont
6 avril. — Reprise d'Angers par Montpensier ; Noirieux du Cormier et Cruardière, du Craonais, parmi les suppliciés.
18 mai. — Le duc de Montpensier, lieutenant général en Anjou, Maine et Touraine, confiant des fidellitez, sagesse, expérience et bonne diligence de Mathurin d'Andigné, seigneur du Bois de la Cour, le délègue à la garde du château de Craon 2.
Avril, mai. — En ces mois et les suivants jusqu'à septembre, se passent les circonstances du gouvernement et de la conversion du sieur de la Chesnaie-Laillier, dit le
1. Le pays de Château-Gontier eut, dès l'origine, un bon nombre de gentilshommes sectateurs de Calvin: les deux Bressault, René de Charnières, les deux frères du seigneur de la Rongère les seuls de leur nombreuse famille, Joachim de Boisiourdan, qui revint de bonne heure aux catholiques, le sieur des Courants, M. de Villiers-Charlemagne, nommé Joachim du Bouchot, etc. Celui-ci et ses frères se distinguèrent à la tête du parti dans les combats du Poitou [France 'protestante. — Hist. des Protestants du Poitou, par Auguste Lelièvre).
2. Célestin Port ; Dictionnaire de l'Anjou : I, 25. Mathurin d'Andigné, vieux capitaine, qui s'était distingué dès le temps du roi François I***, par ses bons, grands et agréables sei*vices faits près et alentour de sa personne et en maintes manières et qui avait été retenu par ce prince en lestât et office de varlet tranchant (lettres du 21 février 1533), tenait au Craonnais par ses alliances et par la possession de beaux fiefs, ootammentVigrez en la paroisse de Cuillé et la Motte-Boisrahier en celle de Saint- Poix, manoir où Ton remarque de vieilles constructions non moins intéressantes que celles du Boulay et de Lépinay. Boisde-la-Cour, prenait à uraon, sous l'égide de Montpensier victorieux, la place des partisans de Condé et du seigneur de la Chesnaie-Laillier, leur capitaine, qui négociait alors avec ce prince. Le lieutenant de Laillier, René de Scépeaux, reprit le cMteau peu après, et on no peut douter que ce fait de guerre ne se soit accompli à rencontre de Bois-de-la-Cour. S*il n en fut pas ainsi, c'est que Bois-de-la-Cour n'aurait pas même pris possession de son gouvernement de Craon, arrêté par l'audace des bandes qui tyrannisaient le pays.
Roi de Craon, prédécesseur de Bois-de-la-Ck)ur. Elles sont ainsi racontées dans les Mémoires du Prince de Condé :
« Il y a dans TAnjou une petite ville qui appartient à » la maison de la Trémoille, appelée Craon et qui donne » son nom à une certaine étendue de pays. Du Chesne- » Lallier * s'en étoit emparé. C'étoit un homme qui, pour
4. Nous pensons que le Roi de Craon était le même que Guy Laillier, chevalier de Tordre du roi. seigneur de la Chesnaie- Laillier en Saint-Martin-du-Limet, souvent cité dans les titres du temps. Il avait de belles terres au pays de Mayenne, et s*allia dans la maison de Saint-Melaine, ce aui lui valut une tutelle chez les de Rieux de Château-Neuf et lui occasionna une fin tragiaue en 1579. Le château de la Chesnaie-Laillier, décrit par M. de Bodard, Chroniques Craonnaises, 548, 519, a été légué récemment à la commune de Renazé avec son domaine pour fondation d'un hospice. La maison Laillier, originaire de Cnambellé, avait fait de ce château sa résidence de prédilection : Jelian Laillier ^ une des nobles personnes de la baronnie de Craon, 1428 (Chartrier de Thouars, page 16); Emery ou Amaury Laillier, ecuyer, seigneur de la Ohesnaie-Laillier, du Boulay, etc., époux d'Anne de Feschal de Thuré, 1462, 1472, etc., avait une sœur Marguerite Laillier, mariée à Guillaume de Langellerie. Noble homme Guillaume Laillier était seigneur de la Chesnaie-Laillier, en 1505. Deux terres de la maison Laillier, la Cruardière qui est en la paroisse de Niafles et la Poterie qui s'étendait sur la Selle-Craonnaise, devinrent après ce Guillaume, partages de cadets. Elle Laillier fonda la chapelle Sainte-Catherme, desservie dans l'église de Niafles. Guillaume
?uis François, successivement seigneurs de la Cruardière, 1535, 560, 1562. Mathurin Laillier, écuyer, seigr de la Chesnaie, fit cession de la seigneurie de Besnéhart en Méral à messire Jehan du Buat, seigr de Brassé, 15 février 1528, promectant faire avoir ce contract agréable à damoiselle Andrée de la Bouessière son épouse. Il était en 1538 curateur des enfants de Jehan de Scépeaux, seigr de Gaubert et de Ballots et vivait encore en 1555. Aucun document ne nous établit encore que Mathurin Laillier et Andrée de la Bouessière aient été les père et mère de Guy Laillier, seigneur après eu^ de la Chesnaie-Laillier ; mais il paraît impossible de ne pas regarder celui-ci comme le personnage qui est surnommé le Roi de Graon dans les mémoires de Gondé. Après lui, le domaine de la Chesnaie passe à Mathieu Laillier, puis à la branche de la Poterie. Nous n'avons point à nous étenore davantage sur cette famille bien distincte, on le voit, de celle de la Chesnaie de la Lande de Niafle et de Oongrier.
» se dérober à la justice et couvrir ses crimes, ne cher-
» choit qu'à exciter des troubles. Il avoit offert ses ser^
» vices au prince de Condé, et il étoit si puissant dans le
> canton qu'on lui donnoit par plaisanterie le titre de » Roi de Craon. Pendant qu'il étoit allé trouver le prince
> à Orléaus, René de Scépeaux, sieur de Gaubert qui » commandoit dans la place, y fit entrer de l'infanterie V et quelques chevaux. On auroit peine à imaginer jus- » qu'à quel point ils poussèrent la licence, la fureur et la » rage sans égard pour qui que ce fut. Ils en vinrent jus- » qu'à cet excès de forcer l'église Saint-Nicolas, d'ouvrir » les tombeaux de l'illustre maison de la Trémoille, et » d'enlever le cercueil où étoient les os d'Anne de Laval » leur aïeule * dans l'espérance d'y trouver quelque trésor : » mais s'étant trompés ils se vengèrent sur les os, ils les » mirent en pièces et les semèrent dans les rues et les pla- » ces de la ville. Un si grand crime demeura impuni, les » magistrats se contentèrent d'amasser ces os et de les » faire remettre dans le tombeau....* »
13 juillet. — Pillage, par les sieurs de Gaubert et de la Roche le Bourgeois, de l'abbaye de la Roé^.
Juillet. — C'est dans les jours de juillet qu'il faut p,réciser la rentrée à Craon du sieur de la Chesnaie-Laillier. € Duchesne-Lallier, ajoutent les mémoires précités,
1. C'était la mère du duc Louis m et de Claude, baron de Noirmoutier. Elle était morte à Craon le 26 octobre 1558, suivant Us Documents historiques et généal, de M. le duc de la Trémoille, 58, recto. Ce serait nous aventurer trop loin que de concilier ce passage avec le récit des Etudes, .de M. Le Fizelier, qui fait transporter do Craon à Thouars les restes d'Anne de Laval. Nous ne savons s'il a raison
2. Mémoires de Condé (ancienne biblioth. des Pères de Saint- Michel, à Laval). Le crime des Huguenots ne demeura pas impuni.
3. Etude sur les misères de l'Anjou, par André Joubert. pages 322 et de 308 à 324. documents authentiques. Voir ci-apres pour la date du 13.
» revenant d'Orléans avec sa suite, marcha à leur ren- » contre (des huguenots coupables des sacrilèges commis » à Craon), les attaqua, en prit quelques-uns*. Ceux-ci » rayant gagné par les belles promesses qu'ils lui firent, » il quitta le parti du prince et il se retira chez lui pen- » dant quelque temps, jusqu'à ce que Jean de Chources » seigneur de Malicorne le priât d'accepter la cornette » de sa compagnie de cavalerie ^. »
Juillet et septembre. — L'histoire a marqué le retour à la foi catholique de plusieurs des religionnaires deCraon, notamment de la Chesnaie-Laillier, de René de Scépeaux seigneur de Gaubert de la Motte et de Ballots et de Macé de la Boissière, seigneur des Aulnais d'Astillé. Une autre cause, en attendant l'expulsion des religionnaires de Craon en septembre, contribua aussi à y ruiner leur crédit. MM. Haag en rendent ainsi compte : « Macé » Bernard, bourgeois de Craon, répondit avec empres- » sèment à l'appel de Condé, en 1562, et alla se ranger » sous les drapeaux de Morvilliers, gouverneur de > Rouen^. Beaucoup de compatriotes de Macé, ayant » imité son exemple, leur départ eut pour effet d'affai- » blir à Craon le parti protestant, ce qui facilita à Puy- » gaillard la prise de cette ville le 27 septembre^. »
27 septembre. — Le sacrilège commis par les religionnaires de Craon ne fut point puni, prétendent les MÉMOIRES de Condé : c'est une erreur. Le duc Louis m s'en émut, au grand déplaisir des coupables, aussi bien
1. La table des mémoires dit positivement que ces criminels étaient calvinistes et les documents de l'abbaye de la Roë ne laissent aucun doute à cet égard.
2. On ne saurait mieux dire que Condé; le fin renard avait été deviné de ses propres bandits, qui le quittent pour se ranger.
3. Louis de Launoy, s. de Morvilliers, envoyé à Rouen par Condé,y entre le \\ iuillet et y reste jusqu'en octobre 1562, époque à laquelle la ville fut reprise par les catholiques.